Hier, au club de la presse de la RTBF, les journalistes s’interrogeaient sur le sens de tous ces événements. Beaucoup de gens, tant en Wallonie qu’en Flandre possédait des actions de Fortis, estimant qu’il s’agissait là d’un placement de bon père de famille. Mais cette action qui a valu 35 € n’en vaut plus qu’un seul aujourd’hui. Bien que l’on n’ait aucun chiffre précis quant au nombre de gens qui ont perdu leur poire pour la soif dans l’aventure, on devine qu’il y en a pas mal dans la petite ou moyenne bourgeoisie belge. L’Etat belge est intervenu vigoureusement en septembre et octobre 2008, acquérant la banque Fortis, de manière analogue à bien d’autres Etats. Et a proposé que la banque Fortis, qu’il n’a pas l’intention de nationaliser, de revendre ses parts à la grande banque française BNP, lui-même en demeurant le second actionnaire.
Furieux de ne pas avoir été consultés (et furieux d’avoir perdu tant d’argent..., mais sans que que ce ne soit la faute du gouvernement), les petits actionnaires ont mené un combat juridique en vue de suspendre la procédure initiée par le gouvernement fédéral. Celui-ci, à la dernière minute, songea à utiliser 125 millions d’actions qu’il possédait dans le holding, mais réputée non votantes selon les uns, votantes selon les autres, pour assurer une majorité de OUI à l’AG en faveur de ses décisions. Cette manière d’agir aurait été mal perçue. Les 125 millions d’actions n’ont pas été considérées comme votantes. Finalement, le plan du gouvernement a été rejeté par l’AG par 50,3 % des voix (votantes à l’assemblée), dont celles du plus important actionnaire, un Chinois, détenant 5% des actions. Mais ne s’agit-il pas surtout d’un mouvement de mauvaise humeur ? Par ce vote, l’AG du Holding Fortis refuse que l’Etat belge (déjà propriétaire des 49% de parts de la banque correspondant à l’augmentation du capital de septembre - ce qui n’est pas mis en cause), demeure aussi propriétaire du reste des parts rachetées en octobre. Mais le holding n’a pas les moyens de rembourser l’Etat qui semble bien par là demeurer le maître du jeu.
Dans Le Monde, à la Une, Anne Michel et JP Stroobants estimaient vendredi que ce vote « fragilise » le gouvernement belge. C’est possible que cela le fragilise et il est vrai que le gouvernement fédéral belge, avec cinq partis au pouvoir, trois partis wallons et deux partis flamands, qui se tirent dans les pattes tout le temps à quatre mois d’élections capitales, semble bien donner raison à ceux qui pensent que le pouvoir en Belgique doit aller aux Régions (Flandre, Wallonie, Bruxelles), le niveau fédéral semblant vraiment cafouiller. Mais cela ne veut pas dire nécessairement qu’on est à la veille d’une catastrophe, loin de là. La Belgique est un pays qui fait souvent parler de lui par d’épouvantables drames ou des querelles terribles. La division entre Flamands et Wallons est profonde, très profonde mais la capacité des uns comme des autres à s’en tirer ensemble, même en formant des entités politiques de plus en plus séparées, autonomes voire indépendantes est intacte à mon avis. La Belgique est déjà à ce point constituée d’entités très autonomes, qu’on doit penser qu’elle va continuer à disparaître. Mais tout un chacun a intérêt, justement parce qu’il a déjà créé sa niche entre cette presque post-Belgique, à ce que cette disparition soit lente.
Le très libéral (au sens économique) Didier Reynders, vice Premier Ministre et ministre des finances, le principal responsable de toute l’affaire, tout en ne se fermant pas aux doléances des actionnaires estimait, dans La Libre Belgique de ce 14 février, que le Gouvernement belge avait d’abord à se soucier des contribuables qui sauvent Fortis. Comme la vice-Première socialiste insistant deux jours avant sur les 4 millions d’épargnants et les 20.000 employés de la banque (qui soutenaient la position du Gouvernement). La place de Fortis est vitale dans l’économie belge. A l’heure actuelle, on ne sait si les accords avec BNP seront honorés. La BNP est elle aussi en difficultés, son titre ayant perdu 60% de sa valeur (depuis les accords). Il y a beaucoup d’incertitudes, mais on ne peut pas dire que les responsables paniquent. Ni les clients de la banque. Et par ailleurs, il ne me semble pas que le vote de l’AG, rejetant indirectement l’accord conclu par le gouvernement avec BNP, soit anti-français ou le symptôme d’un sursaut de nationalisme belge. En plus, tout le monde s’attendait à ce vote qui est peut-être surtout l’expression des affres de gens très aisés qui ont perdu des dizaines, des centaines de milliers voire des millions d’€. Cependant, selon Le Monde, il pourrait y avoir, à court terme, des problèmes de liquidité à Fortis, ce qui n’est pourtant pas le sentiment qu’expriment les responsables politiques ou les dirigeants de la banque.

