Ci-dessous un article publié dans Le Devoir de ce matin au sujet de la Finlande proposée comme modèle pour les temps actuels et transmis par Jean Claude Pomerleau.
La Finlande est l’État le plus nordique de l’Europe. Elle entrerait entre cinq et six fois dans la superficie du Québec. Sa population ne dépasse pas cinq millions d’habitants, comprenant une majorité finnoise (Suomis), et deux minorités :
1. Les Suédois de Finlande (Svers), présents sur place depuis plus de 700 ans, soit 600 ans pendant que la Finlande est demeurée inféodée à la Suède jusqu’en 1814, alors que le Congrès de Vienne a décidé de la transférer à la Russie. Cette minorité suédoise est toujours sur place.
2. Les Lapons, qui ont leur propre territoire au nord et leur capitale régionale : Rovaniemi. Ils sont les grands experts du monde dans l’élevage du renne.
Le sud de la Finlande est déjà au 60e degré de latitude nord. C’est l’Ungava au Québec, inhabitable et presqu’inhabité. Le golfe de Finlande en face est gelé la moitié de l’année. La saison végétative ne permet qu’une seule récolte par année en Finlande. Tout le territoire de la Finlande est dominé par un bouclier précambrien de roches cristallines et métamorphiques, analogue au bouclier québécois. De plus, le territoire de la Finlande est buriné par les glaciations du Quarternaire, comme au Québec.
Inféodée à la Suède pendant 600 ans, la Finlande est demeurée longtemps un pays pauvre et voisin de la misère. Aux débuts du X1Xe siècle, les guerres napoléoniennes ont été un facteur dans la décision du Congrès de Vienne de faire passer la Finlande sous domination russe.
Ce fut pour les Finlandais le commencement de mouvements d’indépendance nationale, qui ont exigé un siècle pour éclore. Cette indépendance leur a été accordée à la faveur de la révolution russe d’octobre 1917.
Le traité fut signé à Tartu, en Estonie, par Staline.
N’ayant aucune expérience de la souveraineté, les Finlandais commencèrent leur indépendance par une féroce guerre civile qui dura quatre ans.
Ils refusèrent les recommandations du maréchal Mannerheim d’organiser leur défense territoriale d’une manière crédible afin que soit leur neutralité déclarée soit reconnue.
Mannerheim (né en 1867 et mort en 1952 si ma mémoire en bonne), faisait partie de la minorité suédoise et ne parlait pas le suomi. Devenu officier de cavalerie de l’armée russe, il devait mener le grand train de vie de l’aristocratie russe alors qu’il n’était qu’un membre des classes moyennes pauvres et fauchées de l’ouest de la Finlande. Il est resté criblé de dettes jusqu’à sa mort.
Beaucoup de Finlandais ont servi dans l’armée russe. Doué et surdoué, Mannerheim est monté général.
Pendant la guerre 1914-18, il avait commandé une division russe contre les Autrichiens en Bessarabie.
Pendant la révolution d’octobre, les généraux de l’armée russe furent assassinés par leurs propres soldats, mais Mannherheim qui était étranger, a été épargné et est retourné en Finlande voir son pays devenir indépendant.
Lorsqu’éclata la deuxième Guerre mondiale, Staline refusa de reconnaître la neutralité finlandaise et il avait malheureusement raison. Les Allemands avaient décidé de se servir de la Finlande comme d’un tremplin pour envahir Saint Petersbourg en passant par les lacs Ladoga et Onega et la Finlande leur était ouverte.
Les Finlandais n’avaient pas compris que vouloir la neutralité est une chose, faire reconnaître cette neutralité en est une autre. Comme les Québécois actuels qui veulent un Québec indépendant et neutre mais ne savent pas quelles conditions il faudra remplir pour que cette neutralité soit crédible et reconnue.
Si la neutralité finlandaise avait été reconnue, ni les Russes ni les Allemands, ni les Français, les Anglais et les Américains ne se seraient préoccupés de la Finlande.
Pourquoi pensez-vous qu’il y avait tellement d’attachés militaires en Finlande en 1939. La réponse s’appelle le nickel de Petsamo dans le nord, que tout le monde convoitait parce que le nickel est matériau stratégique et qu’en temps de guerre, ces matériaux prennent une importance vitale pour les belligérants.
La Russie y a investi le paquet, s’est emparé des mines de nickel, a construit un chemin de fer entre Petsamo et Murmansk. Le cas du nickel de Petsamo, devenu Petchenga, était réglé.
Tous les attachés militaires étrangers en poste à Helsinki sont partis et ont laissé les Finlandais seuls contre les Russes, très préoccupés par la défense de Léningrad (St Petersbourg) et des lacs Ladoga et Onega, qu’il leur fallait défendre puisque le ravitaillement russe vers la ville passait par ces grandes étendues d’eau.
Vieux soldat de 75 ans, usé par les rhumatismes, Mannerheim prit charge de la défense finlandaise, qui réussit finalement à s’imposer aux Russes et aux Allemands.
Son action témoigne d’une connaissance rigoureuse des principes de stratégie d’État, en temps de guerre comme en temps de paix, dont le principe central de concentration de l’effort et des moyens dans l’espace et dans le temps, avec son corollaire : le principe d’économie de l’effort.
La Finlande est sortie endommagée de cette guerre, mais elle était libre.
Ce qu’il est advenu ensuite est de l’histoire récente, dont font partie les événements actuels expliqués dans l’article du Devoir d’aujourd’hui.
À lire et à retenir.
JRMS

