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Fin de party
Lysiane Gagnon
La Presse
jeudi 7 décembre 2006


Le party fini, il faut payer les dettes Telle est la dure réalité à laquelle sont confrontés les candidats au leadership du Parti libéral du Canada.

Le plus mal pris, en principe, est Bob Rae, qui doit rembourser d’ici 18 mois la somme faramineuse de 845000$, dont 750000$ empruntés à son frère John. John Rae est le vice-président exécutif de Power Corporation, où il a occupé des postes de premier plan depuis 1971. À moins que le Parti libéral ne vienne à sa rescousse (on en reparle dans une minute), Bob Rae est légalement obligé de rembourser son frère : selon la loi actuelle, les candidats au leadership des partis politiques canadiens ne peuvent recevoir de dons de corporations, et les dons provenant d’individus sont limités à 5000$ pour l’instant, car le gouvernement Harper s’apprête à amender la loi pour abaisser le seuil maximal à 1000$.

Même pour un chef de parti, une pareille somme serait difficile à rembourser à coup de chèques de 1000$. Pour Bob Rae, qui a été battu et ne pourra donc jamais accorder quelque faveur que ce soit à ses bienfaiteurs, le défi est impossible.

Aussi son camp s’active-t-il à chercher des échappatoires. Comme de demander au parti de rembourser au moins une partie de ses dettes. Cela serait bien le comble, non seulement parce que cela grèverait la caisse du parti à quelques mois des élections, mais surtout parce que l’argent des partis politiques vient en partie des fonds publics.

L’autre solution envisagée, tant par M. Rae que par les autres candidats endettés, est de se prévaloir du précédent dont a bénéficié Paul Hellyer, l’ancien ministre devenu chef d’une obscure formation qui lui devait 829000$ depuis 1997. Devant l’impossibilité pour ce parti d’acquitter sa dette, M. Hellyer l’a tout simplement "effacée", avec le feu vert d’Elections Canada. John Rae et les autres créanciers des candidats au leadership libéral pourraient faire de même.

Autre échappatoire possible, le Directeur des élections pourrait allonger indéfiniment le délai requis pour le remboursement, de 18 mois à la semaine des quatre jeudis Ou alors, il pourrait imposer une pénalité insignifiante aux fauteurs une petite amende par exemple.

Le NPD a bien raison de protester contre la tournure des choses. Car cela transforme en farce la loi sur le financement des partis.

Après Bob Rae, c’est Stéphane Dion qui est le candidat le plus endetté, avec une dette de 430000$ dont 50000$ dus à l’homme d’affaires Rod Bryden, l’un des deux "experts" à qui il a confié la direction du comité de transition qu’il vient de mettre sur pied.

L’opposition proteste, encore ici avec raison. Car s’il ne s’agit pas d’un retour d’ascenseur caractérisé (M. Bryden ne sera pas payé pour ces fonctions), il reste que le généreux donateur se trouvera au coeur de l’influent cénacle de l’homme qui deviendra peut-être premier ministre et qu’il en recevra éventuellement diverses gratifications.

M. Bryden a d’ailleurs toute une histoire comme quémandeur de faveurs officielles. En 2000, cet ancien propriétaire des Sénateurs d’Ottawa avait convaincu John Manley, alors ministre de l’Industrie, de subventionner la Ligue nationale de hockey ! Le tollé fut tel que M. Manley dut reculer, mais l’affaire a scellé la réputation de M. Bryden.

Ce dernier, comme le signalait hier notre collègue Hugo de Grandpré, a encore fait parler de lui en 2003, alors que son protecteur, le même John Manley, était intervenu auprès de la banque CIBC au sujet d’un emprunt contracté par les Sénateurs.

Après quoi M. Bryden finit par déclarer faillite en 2003, pour échouer finalement dans le camp des organisateurs de Stéphane Dion, à qui il a gentiment allongé un prêt de 50000$ une somme appréciable pour un homme qui relève d’une faillite et n’a pas remboursé ses propres créanciers. On n’a aucune raison de croire qu’il s’agissait là d’un engagement désintéressé.

M. Dion, dont l’intégrité personnelle a été jusqu’ici inattaquable, aurait intérêt à rembourser au plus vite la dette qu’il a contractée auprès de M. Bryden, et à trouver ailleurs ses conseillers. Il ne manque pas d’anciens hauts-fonctionnaires à Ottawa qui seraient de toute façon beaucoup mieux qualifiés qu’un homme d’affaires raté pour co-piloter un comité de transition.

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