L’élection 2007 au Québec signe-t-elle la fin du projet indépendantiste ? Je n’en crois rien. Mais si la stratégie casse-cou d’un référendum « le plus tôt possible » demeure à l’agenda, on peut être assuré de la marginalisation définitive du PQ. On a beau accuser André Boisclair d’avoir dilapidé l’avance confortable dans les sondages à son arrivée à la tête du parti, personne n’aurait pu faire mieux que lui dans les circonstances.
La raison de cette conduite d’échec est simple : préférant le zèle militant et la surenchère obsessionnelle autour d’un troisième référendum « le plus tôt possible », les apparatchiks du PQ se sont déconnectés de leur clientèle électorale qui, mécontente entre autres des fusions forcées, ne voulait rien savoir dans l’immédiat d’un autre référendum.
Le problème n’a rien à avoir avec la foi en l’idéal souverainiste. C’est une simple question de tactique et d’opportunité. Mario Dumont l’a parfaitement compris. Et l’électorat l’a suivi. C’est lui désormais qui contrôle le centre de l’échiquier.
Je le répète : ce n’est pas une question de conviction, mais simplement d’abordage. Si on ne peut pas prendre de front un adversaire, il est préférable de recourir aux voies obliques.
Certains zélateurs de l’indépendance semblent oublier ce qui justement a permis au PQ de s’imposer dans les années 1970 : la convergence d’une aile radicale et d’un courant plus conservateur qui est à la racine même de notre conscience historique.
Une révision en profondeur de la stratégie péquiste s’impose. Mais ce n’est pas en se gargarisant avec une autre « saison des idées » qu’on va y parvenir.
Soyons clair : la tenue d’un référendum doit marquer, sinon le couronnement, du moins un tournant décisif dans la démarche d’appropriation par les Québécois de tous les attributs de la souveraineté. On ne peut en faire l’économie. L’idée est inscrite dans nos mœurs. Il n’y a cependant rien de honteux à en suspendre l’exécution tant que les circonstances ne s’y prêteront pas.
Entre-temps, la souveraineté et l’indépendance doivent continuer d’être promues. On a ici besoin désespérément d’imagination et d’un renouvellement des idées afin de connecter avec le vrai monde.
Entre-temps, les péquistes ne doivent surtout pas se gêner en endossant le projet autonomiste de l’ADQ. Ça aussi c’est une vieille croyance profondément enracinée dans la mentalité des gens d’ici. Puisque la balle est dans le camp de l’ADQ, on ne peut plus se contenter de rhétorique : Mario Dumont n’a pas le choix, dans les prochains mois, il est tenu de mettre un peu de viande autour de l’os.
Nous savons tous que cette idée d’autonomie ne mènera nulle part. Elle est incompatible avec l’union fédérale. Relisons le texte de Simpson, mardi dernier :
« two separate countries would be better than the constitutional monstrosity of the ADQ’s "autonomous Quebec" within Canada. »
Je propose aussi comme thème de réflexion un article récent de James A. McPherson dans The New York Review of Books, vol. LIV, no. 5, 18-19, « What Did He Really Think About Race ? » :
« Lincoln was a politician, a pratitioner of the art of the possible, a pragmatist who subscribed to the same principles [le projet radical d’émancipation des Noirs] but recognized that they could only be achieved in gradual, step-by-step fashion through compromise and negociation, in pace with progressive changes in public opinion and political realities. »
Savoir naviguer en eaux troubles par temps brumeux est un art dont on ne peut faire l’économie.
François Deschamps
