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Le couronnement de Marois
Femme de rêve
Gilbert Lavoie
Le Soleil
jeudi 28 juin 2007


Femme de rêve, femme d’espoir heureux." Il y avait autant d’espoir dans l’air que dans la chanson de Claude Dubois, hier soir au Capitole, où les péquistes ont couronné Pauline Marois. Et quand Gilles Vigneault s’est amené sur l’estrade, on a retrouvé, l’espace d’un instant, le PQ des belles années. Une bien belle soirée, pour une femme qui le méritait bien. Une belle soirée pour la princesse Pauline.

Parce que c’est ça, au fond, que les péquistes ont célébré hier soir : le couronnement d’une Cendrillon qui a trouvé son prince. Ciel que Gilles Duceppe ne cadrait pas dans ce conte de fées !

Malgré ce bel enthousiasme, il était difficile, en voyant les péquistes serrer les rangs derrière Pauline Marois, d’oublier qu’ils faisaient la même chose derrière André Boisclair il y a à peine trois mois, derrière Bernard Landry en 2005, derrière Lucien Bouchard, derrière Jacques Parizeau. "Au suivant !" comme dirait Brel.

Cinq chefs différents en 12 ans, c’est terriblement épuisant pour une formation politique. Il n’y avait aucune surprise dans ce sondage d’hier, montrant que 72 % des Québécois doutent que le Québec devienne un jour un pays souverain. Cinq chefs en cinq ans, c’est quatre échecs, et cinq nouvelles tentatives. Depuis hier soir, c’est au tour de Pauline Marois d’essayer. C’est un parti essouflé, épuisé et endetté dont elle assume maintenant la direction.

François Gendron n’aurait pu mieux résumer la situation, lorsqu’il a lancé : "Pauline, pour le temps qui me reste, je ne veux pas d’autres chefs." Il parle simplement, M. Gendron, mais il dit vrai.

C’est également un parti désuni dont a hérité Mme Marois. Chaque changement de chef a vu les députés et les militants se diviser en autant de petits clans qu’il y avait d’aspirants. La dernière course à la direction, qui a opposé Mme Marois à André Boisclair et aux autres, a été marquée par des querelles qui ont laissé des séquelles. Le couronnement de Bernard Landry, en 2001, a causé un froid sibérien entre Pauline Marois et François Legault quand ce dernier l’a laissé tomber au profit de M. Landry. La tentative musclée de Gilles Duceppe de s’imposer à la succession d’André Boisclair a accru la méfiance entre bloquistes et péquistes. Au fil des ans et des changements de chef, le Parti québécois est devenu le parti de la chicane.

Voilà la première tâche à laquelle devra s’attaquer Pauline Marois. On dit d’elle qu’elle est une femme d’équipe. Elle a laissé de bons souvenirs dans tous les ministères où elle a oeuvré, particulièrement à l’Éducation, à la Santé et aux Finances. On la dit respectueuse des gens qui l’entourent.

Mais la confiance envers l’équipe commande une loyauté à toute épreuve. Quel lien de confiance et de loyauté pourra-t-elle établir avec un François Legault, par exemple ? Ils sont déjà nombreux au PQ à se poser la question. À quoi s’attendre de la part d’une Louise Harel qui a joué un rôle obscur dans les manoeuvres de Gilles Duceppe ? Bernard Drainville sera sans doute un allié solide, mais on entend déjà de la grogne à son endroit au sein du caucus. Il prendrait trop de place, trop vite. Bref, le Parti québécois a beaucoup plus qu’un nouveau programme politique à bâtir. Il doit refaire l’unité au sein de son caucus, de ses instances et de ses membres.

À l’interne, Mme Marois offre déjà un contraste avec le style d’André Boisclair, à qui on a reproché d’imposer ses vues avec arrogance. Mais elle est bien loin du politicien populaire et populiste à la René Lévesque, dont elle se réclamait hier. Elle a du pain sur la planche, la Pauline.

"Femme de rêve, femme d’espoir heureux", chantait Dubois. C’est toujours ça de pris !

Pour joindre notre chroniqueur : glavoie@lesoleil.com

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