Faut-il changer Pauline ?

Pauline ne sera pas lynchée. Elle sera reconnue.

vendredi 11 novembre 2011


C’est la question politique de l’heure, au Québec. Pauline a-t-elle le leadership nécessaire pour devenir notre premier ministre ? Est-elle capable de mener les rétives troupes péquistes au pouvoir ?

Si on se fie aux sondages, non. 90% des gens pensent que non. La cause est-elle entendue ? Oui, si on veut vivre dans un Far-West politique. Il ne nous reste qu’à terminer le lynchage commencé en juin dernier - mais espéré et fomenté depuis bien plus longtemps.

Le problème pour la foule, les uns hurlant, les autres indifférents, c’est qu’ils n’ont pas encore trouvé l’arbre assez solide pour lyncher le poids-lourd qu’est Pauline.

Ce qui fait que moi, pendant qu’ils cherchent l’arbre, je crie stop ! On n’est pas au Far-West, quand même. On va lui faire un procès à Pauline, avant de la lyncher.

Alors, on commence.

Premier témoin, le Peuple.

Alors vous, Peuple, jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité. Je le jure, mais je sais pas trop ce qu’est la vérité.

Qu’avez-vous à reprocher à l’accusée. Euhhhh... Ben... elle a un trop beau foulard. Ah oui ! Aussi, elle a une trop grosse maison et encore pire, son mari a réussi et ils ont de l’argent. Ça m’offusque.

Avez-vous d’autres faits à reprocher à l’accusée ? Euhhhhhh... Elle passe pas.

Elle passe pas ? Que voulez-vous dire ? Euhhhhhh... elle manque de charisme, qu’y disent.

Au tour de la défense maintenant de contre-interroger le témoin.

Peuple, avez-vous une grille d’analyse pour voter pour votre futur chef ? Euhhh... non.

Peuple, vous avez voté le 2 mai dernier pour des gens que vous n’aviez jamais vu et qui, des fois, ne se sont même pas montrés. Peut-on en conclure que ça ne vous intéresse pas de connaître qui sont ceux pour qui vous votez ? Euhhh... j’y avais pas pensé mais ça ben l’air que c’est ça.

Second témoin, le Media.

Alors vous, Media, jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité. Je jure de dire la vérité que j’ai entendue mais je ne dirai pas mes sources.

Qu’avez-vous à reprocher à l’accusée ? Moi, rien.

Alors, pourquoi parlez-vous toujours d’elle et de ses « problèmes de leadership » ? Ben, ça fait de l’action et moi, de l’action, c’est mon pain, mon beurre. Faut bien que je vive, moi.

La défense, maintenant.

Media, êtes-vous d’avis que les accusations de Peuple sont sérieuses et fondées ? Non. Peuple, il est pas informé, il est juste diverti.

Mais votre rôle fondamental, Media, n’est-il pas d’informer ? Oui, mais Peuple, ça l’intéresse pas beaucoup d’être informé. Il préfère s’amuser, alors je l’amuse, c’est bien plus payant que de l’informer. Pis je m’en fous moi, c’est le fun couvrir un lynchage. Fait que je m’organise pour que ça arrive. Pas bien difficile. J’ai rien qu’à charrier les rumeurs, des fois en créer, pis à moment donné, tout le monde pense la même chose : Pauline, au poteau !

Troisième témoin, le Parti.

Parti, jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité. Oui, mais pour moi, la vérité c’est celle des autres.

Qu’avez-vous à reprocher à l’accusée ? Pas grand-chose.

Mais encore ? Euhhh... elle passe pas avec Peuple.

Déjà entendu ça, tiens. Défense, votre tour.

Si vous n’avez pas d’accusations plus précises à formuler, pourquoi entretenez-vous un discours ambigu sur elle. Pourquoi la contestez-vous ? Ben... Media passe son temps à parler de lynchage. Moi, je l’aime bien, Pauline. Je trouve que 93% du temps, elle fait ce qu’il faut. Mais... quand j’écoute Media parler, je pense que Peuple veut la lyncher. Kess tu veux que je fasse. Des jours j’ai le goût de la défendre, d’autres jours je me dis que si je la laisse pas se faire lyncher, c’est moi qui va se faire lyncher, comme c’est arrivé à mon ami Bloc. J’ai la chienne.

Quatrième témoin, le Caucus.

Caucus, jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité ? Oui, mais j’ai peur.

Vous avez peur de quoi, Caucus. J’ai peur de moi, j’ai peur de perdre la tête. Il y a des jours où je me sens manipulé, d’autres où je me sens ignoré, d’autres où je veux devenir chef, d’autres où je ne sais plus ce que je veux. J’ai des problèmes, j’aurais besoin d’un psy des fois. Ces jours-là, je confie mes angoisses à un peu n’importe qui, le plus souvent à Media. Je me sens souvent coupable quand je vois ce que Media fait avec ce que je lui ai dit. Alors je sais plus. J’ai de si beaux talents, de si belles forces, j’ai fait des belles études, j’ai de l’expérience, je pourrais tout réussir. Mais il y a des jours où je m’enfarge, pire que ça, je me tire dans le pied. C’est évident que je mets à boiter après ça. Je passe par toutes les humeurs, je suis dans tous mes états quand je vois que si Pauline est dans le trouble, dans le fond, c’est de ma faute.

Défense, à vous le témoin.

Je n’ai pas besoin de contre-interroger le témoin, Votre Honneur.

Alors, moi, Louis Germain, j’ai entendu le procès et j’en tire mes conclusions.

Pauline n’est pas coupable. Elle n’est que méconnue d’une part et cible choisie d’autre part.

Les Québécois ont devant eux une femme de valeur qu’ils sont en train de jeter aux orties parce qu’ils ne la connaissent pas, parce qu’ils se laissent emporter par l’hystérie collective du moment.

Hystérie oui, car quel est le principal reproche qu’on adresse à Pauline Marois ? Elle n’a pas de charisme, elle ne passe pas, paraît-il. Et puis après ? On s’en fout du charisme quand il s’agit de choisir un dirigeant compétent. Le charisme, c’est la cerise sur le sundae, ce n’est pas le sundae. Robert Bourassa était-il charismé ? « Monsieur » Parizeau passait-il, quand il était chef de l’opposition ? Aujourd’hui, les hordes de groupies poursuivent-elles ce géant charismatique qu’est Stephen Harper ?

Alors, la vraie question qu’on doit se poser au sujet de tous nos leaders en général et de madame Marois en particulier c’est : a-t-elle les compétences et l’expérience nécessaires pour faire le travail ? Et à cette question, curieusement, la très grande majorité des gens répondent oui.

Alors, si elle a les compétences, où est le problème ?

Y a-t-il certains problèmes au cabinet de Mme Marois et dans l’aile parlementaire du PQ ? Oui. Sont-ils bien gérés par le caucus ? Visiblement non. Madame Marois doit-elle partir pour ça ? Non.

On parle de changement. Tout le monde trippe sur le changement. Mais quel changement ? Le vrai changement, c’est ce que Pauline nous propose. L’intégrité. Et un projet de société.

L’intégrité tient d’abord à la personne qui est au sommet. Pauline Marois est une personne intègre. Tous ceux qui la connaissent vont vous l’affirmer. Il n’y a que ses détracteurs les plus intellectuellement malhonnêtes ou les plus superficiels qui vont dire le contraire. Lorsqu’elle dirigera le Québec, l’intégrité coulera en cascade dans tout le système. La confiance de la population reviendra. On reviendra graduellement de 60% à 80% de participation au scrutin.

Ça c’est un vrai changement. Un changement fondamental.

Le projet de société maintenant. Tous les éléments sont dans le programme. Il reste à les assembler dans un portrait simple et global de la maison qu’on veut construire. C’est la tâche du Parti. Il faut que Peuple voie la photo de la maison qu’on lui propose, pour qu’il la trouve belle et qu’il en ait le goût.

Puis il comprendra que pour accéder à cette maison, il faut la souveraineté. Et ça, c’est vraiment un grand changement.

Mais j’avoue que le PQ n’a pas fait un bien bon travail pour mettre en évidence la grande qualité de ce projet. C’est pourquoi bien des gens n’en voient plus la pertinence. On va y remédier. Et vite.

Il y a 40% de souverainistes au Québec. Si on amène 80% de ces gens-là à voter PQ lors de la prochaine élection, voter PQ parce qu’ils sont convaincus que des gens intègres et motivés à faire le pays sont à sa tête, on obtient 40% du vote populaire et on forme le gouvernement.

Et là, vraiment, tout devient possible.

Et je dis à tous les souverainistes, à tous ceux, au PQ, présidents de comté, députés ou autres, qui regardent les sondages avec effroi et demandent à Pauline de partir : Mais qu’est-ce qui vous prend, vous ? Avez-vous des convictions ? Vous laissez-vous emporter par l’hystérie collective ? Êtes-vous prêts à sacrifier une femme de valeur et précipiter une fois de plus le parti dans une course à la chefferie parce que vous acceptez l’effet de forces occultes et de la superficialité de trop de gens ?

Allez, debout ! Loyaux, persévérants !

Pauline ne sera pas lynchée. Elle sera reconnue.

On passera enfin aux « vraies affaires », au vrai changement. L’intégrité et la nouvelle maison.

Louis Germain

Président - Parti québécois de Taschereau

Vice-président - Parti Québécois de la Capitale-Nationale

Membre de la Commission politique du Parti Québécois


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