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Fatigue afghane
Mario Roy
Éditorial - La Presse
samedi 22 décembre 2007


Le 22 décembre 2001, il y a six ans aujourd’hui, Hamid Karzaï était placé à la tête du gouvernement intérimaire afghan, quelques jours après la débâcle des talibans. Depuis, on a vu une guérilla s’installer graduellement, en particulier dans le Sud où combattent les Canadiens. On comptera cette année 6000 morts, un record.

Le 22 décembre 2007, donc, où en est-on exactement ?

Vu d’ici, le paysage est celui que composent nos 73 militaires tués au combat ; l’hostilité de la population canadienne à cette intervention (70% au Québec) ; et le doute quant à son succès, parfois proche de la certitude de son échec. Car il n’y a plus personne aujourd’hui pour prévoir une « victoire » à court terme. C’est-à-dire l’établissement d’un État stable, d’une démocratie fonctionnelle, d’une économie en réel état de marche, d’une sécurité intérieure assurée par un système correct de police et de justice.

Ce doute quant au succès - ou cette certitude de l’échec - s’est glissé jusqu’aux plus hauts échelons des administrations concernées.

Avant-hier, le président George W. Bush lui-même a dit craindre plus que tout que « les gens se fatiguent de l’Afghanistan et pensent à s’en retirer » - il parlait évidemment des forces armées des quelque 35 pays agissant sur les lieux.

Cela se traduit aussi par le refus répété des membres de l’OTAN, surtout européens, de s’engager dans les zones de combat. « L’implication française est déjà très importante », proteste ainsi le ministre français de la Défense, Hervé Morin, en refusant de commettre des troupes dans le Sud. « Nous nous concentrons dans le Nord et c’est ce que nous prévoyons continuer à faire », ajoute la chancelière allemande, Angela Merkel

Le degré zéro de l’enthousiasme est atteint.

Par conséquent, un processus de révision de la mission est en cours. C’est le cas aux États-Unis, à la fois au Pentagone et au département d’État. Les pays de l’OTAN se réuniront à Bucarest, en avril, afin de définir une nouvelle stratégie. Ici, le gouvernement Harper a mandaté John Manley pour étudier la situation ; son rapport est attendu le mois prochain.

On connaît la volonté du premier ministre Stephen Harper de prolonger la mission canadienne jusqu’en 2011, l’affaire devant éventuellement être soumise au Parlement.

Il serait sage de ne prendre aucune décision avant de connaître les intentions des autres membres de l’OTAN en général, et de Washington en particulier. Dit brutalement : il faut d’abord savoir si la communauté internationale s’intéresse encore vraiment à l’Afghanistan.

Car, pour être franc, ça n’a jamais été très évident.

Dès le début, les États-Unis se sont précipités à Bagdad, négligeant Kaboul. Les forces de sécurité déployées ont été presque 20 fois moins importantes en Afghanistan qu’en Bosnie (1 contre 19 par 1000 habitants). Les sommes allouées au nation building ont été huit fois moins élevées dans un cas que dans l’autre (57 contre 679 dollars par habitant). Il n’y a jamais eu de stratégie cohérente de « conquête des coeurs et des esprits ». Le problème crucial de la frontière pakistanaise a été négligé, tout comme celui de la culture du pavot

Tout cela étant et si rien ne change de façon radicale, il faudra le répéter : le Canada a fait plus que sa part en Afghanistan. Et il n’y aurait aucune raison de continuer à sacrifier des vies pour une cause à laquelle personne ne croirait plus.

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