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Exécutions sommaires au pays des chartes
Ce n’est pas seulement le Taser qui tue, c’est également celui qui l’utilise.
Louis Lapointe
Billet de Louis Lapointe
mardi 27 mai 2008      200 visites


Nous le savons, le Taser n’a pas pour fonction de remplacer le pistolet des policiers. C’est une arme qui doit être utilisée de la façon et dans des circonstances appropriées puisque toute arme, la matraque comme le poivre de Cayenne, est intrinsèquement dangereuse et peut être mortelle. Même le poing nu d’un homme peut avoir des conséquences funestes. C’est donc moins l’arme qui doit être remise en question que le jugement de celui qui la porte. Ce n’est pas seulement le Taser qui tue, c’est également celui qui l’utilise. Ce n’est pas le poing qui frappe, c’est l’homme !

Dès qu’un policier utilise la force, il sait qu’il y a un risque de mort d’homme. Dès qu’un homme frappe de son poing un autre homme, il sait que si cette personne a une condition préexistante qui la fragilise, il peut tuer cette personne, il sait donc qu’il y a responsabilité criminelle. Les policiers savent également que l’ignorance de la condition préexistante n’est pas une excuse, qu’elle ne changera rien au résultat, la mort peut être la conséquence de l’utilisation de la force, peu importe qu’elle ait été minimale, nécessaire ou abusive.

Dans ces circonstances, nous devons donc d’abord nous interroger au sujet de la formation des policiers, de leur compétence, de leur jugement, de la connaissance des armes qu’ils utilisent, de leur sens des responsabilités, de leur capacité à fournir des explications raisonnables après le fait et à rendre compte de leurs agissements dans des situations où ils ont dû utiliser la force, même s’il n’y a pas eu mort d’homme, puisque dans toutes les situations où la force est utilisée, ce risque existe invariablement.

Si nous arrivons à la conclusion qu’un ou plusieurs policiers et même une pluralité de ceux-ci n’ont pas ces capacités requises, nous devrions non seulement leur interdire de porter un Taser, mais également toute autre arme. Comment ne pas les empêcher d’utiliser la force dans tous les cas lorsque nous savons qu’ils n’ont pas le jugement requis pour le faire dans le cas particulier du Taser qui est une arme objectivement moins dangereuse qu’un pistolet ? Pas de jugement, pas d’armes. Voilà la vraie nature du moratoire que nous devrions imposer aux forces de l’ordre.

Dire que les policiers ne devraient utiliser le Taser ou toute autre arme qu’ils portent uniquement dans les cas où cette force est absolument nécessaire pour neutraliser la personne visée et, compte tenu des statistiques dévastatrices que nous connaissons dans le cas particulier du Taser, seulement dans des situations s’apparentant à la légitime défense relève du bon sens. Si nos policiers ne peuvent pas comprendre cela comme le commun des mortels le comprend, c’est qu’ils n’ont pas encore saisit que leur rôle était de protéger le public, pas de le mettre en danger par des attitudes irréfléchies et téméraires.

L’insouciance que nous observons actuellement chez plusieurs policiers nous indique tout simplement que certains d’entre eux ne méritent tout simplement pas d’être policiers. Un moratoire sur le Taser, même s’il est justifié, ne changera rien au fait que ce n’est pas le Taser qui tue de nombreuses victimes innocentes, ce sont les policiers qui les portent !

Il est étonnant qu’on puisse exécuter aussi facilement une personne dans un pays où la peine de mort n’existe pas, où on doit d’abord lui déclamer ses droits avant de la fouiller ou de l’arrêter, où elle a le droit de subir un procès avant d’être déclarée coupable hors de tout doute raisonnable. Or, peu importe les circonstances de l’affaire, dans les mains des policiers, le Taser est une arme comme toute autre arme, il peut tuer rapidement et sans avertissement, éludant ainsi tous les droits des citoyens à une justice pleine et entière.

Dans un pays où les chartes règnent sans maîtres et sans partage, n’est-il pas étonnant que le Taser soit tenu comme le principal responsable de ce qui apparaît être des manquements beaucoup plus fondamentaux aux règles de justice pénale, alors qu’on peut facilement tuer une personne sur la place publique pour une infraction qui n’occasionnerait même pas de peine d’emprisonnement ?

Dans un pays où le gouvernement Conservateur ne se soucie peu ou pas des tortures ou de la peine de mort qu’on peut infliger à des ressortissants canadiens à l’étranger, on n’est guère étonné que le même gouvernement s’émeuve si peu du fait que la GRC exécute de sang-froid, sur la place publique, de simples badauds ou des touristes étrangers parce qu’ils étaient trop agités.

Le Canada de Stephen Harper est-il en train de devenir un état policier où la présomption d’innocence et l’habeas corpus existent uniquement pour ceux qui ont eu le temps de se payer les services d’un avocat avant de se faire abattre dans la rue comme des chiens enragés ?

Louis Lapointe

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