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Examen de conscience
Marie-Andrée Chouinard
Éditorial - Le Devoir
lundi 17 décembre 2007


Partie sillonner le Québec pour percer son malaise identitaire, la commission Bouchard-Taylor stoppe sa course et passe en mode bilan. Salutaire, l’exercice est déjà riche d’enseignements dans lesquels chacun devrait puiser. Examen de conscience au fil d’arrivée.

C’était l’occasion pour le Québec entier de s’étendre sur un divan thérapeutique. Il n’aurait servi qu’à cela que l’exutoire collectif nommé commission Bouchard-Taylor aurait été bénéfique. Combien de sociétés ont eu l’audace folle de s’ausculter ainsi dans le but de redessiner les contours d’un nouveau pacte social alliant diversité culturelle et cohésion collective ? Ne serait-ce que pour cela : chapeau !

Mais cette Commission aura permis bien plus qu’une délivrance. MM. Gérard Bouchard et Charles Taylor ont beau se retirer maintenant pour ordonner leurs idées et en tirer des recommandations, ils ne peuvent porter à eux seuls le poids de tout un bilan ! Dans une matière riche déclinée en mémoires et témoignages, bien d’autres ont de quoi tirer des leçons et passer aux actions.

- Une leçon de discrimination, pourquoi pas, destinée à l’ensemble des citoyens du Québec. Si l’ouverture et la tolérance ont bel et bien coloré de grands pans de cette consultation, il serait inconséquent de ne pas retenir que se dessine aussi en parallèle une islamophobie impossible à détacher du contexte politique mondial. Des témoignages troublants confirment un malaise : des immigrants qualifiés ont confié être stoppés dans leur recherche d’emploi par la seule consonance de leur nom ou par le port du hidjab.

- Un enseignement - espérons-le porteur - réservé tout spécialement aux médias. Transformant parfois jusqu’à la caricature des situations d’accommodement qui n’en étaient pas, l’appétence médiatique a contribué à un joyeux dérapage, étendant sur le Québec entier une spectaculaire couche de préjugés. Après l’annonce d’une tempête, on s’est étonné de découvrir un calme relatif : dégagée d’une lentille déformante, la crise des accommodements raisonnables s’est avérée en effet une zone de compromis et d’ajustements, comme l’ont admirablement montré écoles et hôpitaux.

Alors que le gouvernement souhaite revoir la Charte pour réaffirmer l’importance chez nous de l’égalité entre hommes et femmes, d’autres valeurs ne peuvent échapper au remue-méninges des commissaires : l’affirmation du fait français, la laïcité ouverte, le respect de la diversité. En marge de leurs réflexions, qui doivent passer de l’abstrait philosophique au concret du réel, certains cris du coeur doivent déjà trouver écho du côté du gouvernement.

Les libéraux ont annoncé leur intention d’accroître de 20 % le niveau d’immigration d’ici à 2010 ? Ils ne peuvent donc pas se contenter d’ouvrir les vannes pour soigner une démographie malade, mais ils doivent aussi s’assurer d’être à la hauteur de l’image de société d’accueil responsable projetée ailleurs. Des actions s’imposent.

- S’il souhaite extraire de la pauvreté plusieurs immigrants qualifiés et diplômés, prêts à enrichir une main-d’oeuvre affaiblie, le gouvernement devra s’attaquer au vigoureux corporatisme de certains ordres professionnels, qui jouent encore trop souvent le rôle d’empêcheurs de tourner en rond. L’intégration au travail reste sans contredit la voie royale pour un interculturalisme paisible.

- L’école, incubateur des générations futures et passage obligé pour les nouveaux arrivants, doit lancer tel que convenu son programme d’éthique et culture religieuse. Certains réclament inutilement moratoire et commission parlementaire sur un débat qui a été fait, et bien fait. Après des décennies d’enseignement religieux s’annonce effectivement une révolution dans les classes, mais, malgré les craintes - naturelles - de plusieurs parents devant ce changement de culture, ce sera une façon d’assurer au Québec de demain une dose supplémentaire d’ouverture et de tolérance.

Après les leçons et les actions, restent les défis, qui appartiennent aux deux sages désignés par Jean Charest pour apaiser une apparente crise identitaire. Certaines brûlantes questions ont survolé la Commission pendant trois mois. Qu’est-ce au juste qu’une laïcité ouverte ? Que faire des lieux de prière dans les écoles ? Et du port du hidjab par certains agents de l’État ? Comment éviter les différends liés aux congés religieux en milieu de travail ? Dans un trimestre, des réponses à ces questions doivent baliser la route.

machouinard@ledevoir.com

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