Puisque Stéphane Dion semble disposé à s’écraser de nouveau, nous pouvons continuer à discuter des choses vraiment importantes.
C’est le Parti Québécois, on le voit, qui est le plus directement interpellé par le rapport Castonguay sur l’avenir du système de santé. Pour des raisons philosophiques surtout, mais aussi pratiques.
Depuis des mois, les militants péquistes sont invités à réfléchir à plusieurs des questions abordées dans le rapport : le ticket modérateur, gentiment rebaptisé « franchise » par monsieur Castonguay, les assurances privées et la révision du panier de services couverts par le régime public.
Ces militants doivent se réunir à la mi-mars. On peut comprendre qu’il soit délicat pour la direction de trancher ces questions avant de les avoir entendus.
Dilemmes
Mais la prudence des commentaires exprimés jusqu’ici par l’aile parlementaire montre surtout que le parti est aujourd’hui face à un Rubicon, un moment-charnière de son histoire.
Sur la question sociale et financière la plus névralgique de toutes pour l’avenir du Québec, il faudra forcément se brancher. Voici venu le vrai test de sa capacité à évoluer.
Jusqu’ici, on nous a gentiment expliqué que la priorité devait aller au système public. Connaissez-vous quelqu’un au Québec qui soutienne le contraire ? Ou qui propose sérieusement d’adopter le modèle américain ?
Si on rejette fonds privés et franchise, et puisqu’on ne peut plus couper ailleurs, il faudra nécessairement augmenter les impôts et les taxes. C’est mathématique. Prêts ?
On nous dit qu’il faut améliorer la « productivité » du système. Mais si on veut des améliorations sérieuses, il faudra avoir une discussion franche avec des syndicats qui défendent leur pouvoir avant tout. Prêts ?
Radotage
Cela fait vingt ans, depuis Marc-Yvan Côté, que l’on cherche à améliorer le fonctionnement du système public sans rien y changer de fondamental, en y engloutissant des milliards qui ne donnent pas leur pleine mesure. La main sur le cœur, on déplore ensuite que l’État n’ait plus les moyens pour s’acquitter de ses autres missions.
La santé ne doit pas être une marchandise, nous dit-on. C’est vrai jusqu’à un certain point. Mais pourquoi l’argument ne vaut-il pas pour l’instruction, puisque nous acceptons l’école privée subventionnée ?
L’Europe est pleine de sociétés aussi « progressistes » que la nôtre où ces réformes ont été faites il y a des décennies. Expliquez notre système presque cubain à un socialiste français et il n’en reviendra pas.
Blocage
La pénurie de personnel, c’est vrai, complique les choses et commande la prudence. Mais il crève les oreilles que cette objection est utilisée pour justifier a posteriori un refus d’évoluer qui est d’abord idéologique et psychologique.
L’explication de ce blocage, qui doit absolument être surmonté, est simple. Chez les jeunes, c’est une soif d’absolu, de pureté, d’idéalisme qui n’est pas sans noblesse. Chez les plus âgés, c’est le sentiment que changer, ce serait renier, voire trahir ses combats passés.
Alors plutôt mourir avec la satisfaction morale d’être resté fidèle à ses « valeurs », même si cette paralysie contribue à transformer le système en une caricature de ce qu’on voulait qu’il soit à l’origine. C’est compréhensible, mais c’est surtout d’une infinie tristesse.
Source
http://www.josephfacal.org/evolution-nest-pas-trahison/


