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Un journaliste étoile négocie en douce, dans un très court laps de temps, un atterrissage doré dans une circonscription qu’on dit sûre. Maladresse ? Peut-être. Apparence de conflit d’intérêt ? Peut être aussi. Au maximum. Mais avec un ton et une intensité dramatique qu’on réserverait au grand criminel, la meute, auto proclamée gardienne de l’éthique, à la fois juge, condamne et cherche à immoler. En direct. Mob rule. Puis, le temps d’une conférence de presse transformée en tribunal d’inquisition on rivalise d’agressivité. On ne veut pas entendre de réponses. On interrompt. On cherche la jugulaire. Le vrai journaliste c’est celui qui se démarque du traître à la meute. Pas celui qui veut informer. Ici et là on perçoit des accents de règlement de compte.
Éthique ? Je ne sais trop mais on est loin de l’austère audition en comité de discipline ou au tribunal des professions, forum où l’on juge les fautes déontologiques dans une quarantaine de professions. On prend le temps. On écoute tout le monde. On enquête. Puis on décide. L’éthique procédurale des journalistes doit être différente. À un point tel qu’on sympathise spontanément avec les accusés qui n’ont même pas le loisir de savoir clairement de quoi il est question.
Qui juge-t-on de façon si cavalière ? Un militant indépendantiste ? Un citoyen libre de faire de la politique ? Ou un journaliste qui abuse de ses fonctions ? Dans la violence de la réaction de certains de ses ex-collègues, quelle part attribuer au règlement de compte ? Quelle part à la frustration de ne pas avoir été informé ? Quelle part à l’indignation légitime devant une possible situation d’apparence de conflit d’intérêt ? Nous ne le saurons jamais. Cette drôle de justice a fait son oeuvre et ça laisse comme un goût bizarre.
Pendant 48 heures, fébriles, on s’énerve comme des puces. On monte en épingle les jérémiades des « spin doctors » adéquistes et libéraux. Mais très peu ont pris soin d’enquêter et de parler de, ou de parler avec Patrick Leblanc ? Mis à part un chroniqueur du journal Le Devoir, presque personne n’a parlé de Monsieur Leblanc qui menait campagne depuis des semaines à l’interne du PQ pour remplacer la députée sortante. L’entente s’est scellée au sommet entre Messieurs Boisclair et Drainville. Qui a demandé à Monsieur Leblanc ce qu’il en pensait ? Dans ce contexte, pas difficile de deviner qui va l’emporter à l’investiture. Parlant d’éthique politique, il y aurait eu quelques belles questions à soulever de ce côté. Que reste-t-il à décider au niveau local lorsque le chef a parlé ?
Mais si, au fond, les vraies questions d’éthique journalistique étaient ailleurs, dans un registre beaucoup plus lourd. Tellement lourd que seuls quelques organismes osent rarement soulever la question. Celui du droit à une information complète et rigoureuse dans un contexte où les moyens d’informations, au Québec, sont concentrés au sein d’un duopole de fait. Même qu’on recycle, qu’on se refile le même produit d’information d’un maillon à l’autre de cette nouvelle grande chaîne de production. Ça s’appelle la convergence. Qu’en disent les journalistes ? Belle question d’éthique, sociale celle-là, à débattre en campagne électorale. Si vos patrons sont d’accord, bien sûr...
François Cyr
Avocat, l’auteur est candidat de Québec Solidaire dans Marie-Victorin. Il
s’exprime à titre personnel.

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