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Voix publique
Et vous, qu’en pensez-vous ?
Alors, que se cache-t-il réellement derrière cette nouvelle obsession de l’"écoute" ?
Josée Legault
Voir - www.voir.ca
jeudi 21 juin 2007


Il y a un drôle de discours qui prend forme dans le merveilleux monde de la politique québécoise. Drôle, inquiétant et déconnecté de la nature même du leadership et de l’action politique.

C’est le "discours de l’écoute", du genre "et vous, chers Québécois, qu’en pensez-vous ?" Comme si les partis se prenaient pour une émission de ligne ouverte. L’arrivée de Mario Dumont à la tête de l’Opposition officielle a convaincu libéraux et péquistes que LA raison de leur recul serait un manque d’écoute envers les citoyens. Un problème que l’ADQ, croient-ils, n’aurait pas.

Le diagnostic est simpliste. La solution l’est donc aussi : ÉCOUTER. Jean Charest et ses ministres poivrent chaque discours du même mantra. Pauline Marois l’a écrit dans son petit manifeste : "Pourquoi notre parti a-t-il perdu la confiance de bon nombre de Québécois ? Parce que nous n’avons pas su ÉCOUTER ce qu’ils nous disaient." Et vlan ! C’est magique. Écoutez, et vous recevrez !

Elle dit même avoir entendu LA population lui dire des choses qui constitueraient, dit-elle, "les changements nécessaires qu’ELLE nous propose". Vous saviez ça, vous, que vous aviez proposé des changements ?

Dans ce texte, il paraît donc que vous ne voulez pas parler "maintenant" de souveraineté ou de référendum, la dette vous pompe l’air, "certains dogmes" de la Révolution tranquille vous énervent, vous voulez plus de "collaboration" avec le privé, vous voulez vous occuper de votre famille, sauver la planète, etc.

Bon. Vous direz que ce sont là des généralités.

Mais vous direz peut-être aussi : "Un instant ! Ce n’est pas ce que JE pense. Pourquoi ne m’a-t-on pas ÉCOUTÉ, moi ?".

Tout cela pour dire que dans la réalité, le discours de l’écoute a très peu à voir avec l’écoute. Pourquoi ? Parce qu’il est impossible d’écouter et de refléter les positions de LA population qui, par définition, n’est pas un monolithe.

Dans toute société hétéroclite, il y a une multitude de points de vue, parfois même contradictoires. Aucun chef ne peut donc prétendre refléter LA vision du peuple sur une kyrielle de sujets. Si vous ÉCOUTEZ vraiment, Dieu merci, vous entendrez des divergences la plupart du temps, et non un discours unique facile à refléter.

QUI M’AIME, ME SUIVE

Alors, que se cache-t-il réellement derrière cette nouvelle obsession de l’"écoute" ? Depuis la gifle du 26 mars, au PLQ et au PQ, on sent une difficulté à exercer un leadership clair et à visière levée. On se cherche. On veut ÉCOUTER, qu’on dit. Mais surtout, on cherche à calquer l’ADQ dans l’espoir d’y piquer le plus de votes possible. On veut la recette secrète de Mario pour l’apprêter à la sauce libérale ou péquiste.

Pourtant, sans nier la nécessité d’écouter lorsqu’il le faut, être chef de parti, c’est quoi ? C’est assumer l’action de conduire, d’inspirer, de persuader, d’imprimer un sens et de l’incarner dans des politiques précises. C’est risquer de prendre position et refuser d’embrasser des opinions contradictoires pour plaire. C’est choisir.

C’est travailler à ce que suffisamment de citoyens partagent la vision d’un parti et de son chef pour qu’ils leur permettent de l’appliquer en leur donnant le pouvoir. C’est aussi accepter que le pouvoir pourrait ne pas arriver cette fois-ci. C’est ce qu’un premier ministre nommait le principe du "qui m’aime, me suive".

C’est pour cela qu’il y a des partis politiques et des chefs : pour offrir un choix, des visions différentes, comme on en trouve dans la population. Si certains chefs avaient préféré le supposé "discours de l’écoute" à des choix peu populaires à l’époque, on aurait manqué le bateau souvent.

Le PQ n’aurait jamais adopté la souveraineté au moment où à peine 20 % des Québécois l’appuyaient. Pierre Trudeau n’aurait pas sorti l’État des chambres à coucher. Il n’y aurait ni assurance maladie, ni loi 101, ni assurance automobile. La peine de mort n’aurait pas été abolie, l’avortement serait clandestin, l’hydro-électricité ne serait pas nationalisée, et j’en passe.

Remarquez que dans le cas de Madame Marois, il y a peut-être aussi un brin d’autre chose dans ce grand besoin d’écoute. De réputation social-démocrate, se pourrait-il qu’au fil des ans, elle en soit tout simplement venue à pencher vers le centre-droit et à se fatiguer de son "boulet" référendaire.

Ça fait sûrement mieux de dire que c’est le fruit d’une grande ÉCOUTE que d’avouer que c’est le reflet d’une vision, disons, plus conservatrice.

(...)

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