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Le PQ en déconfiture
Et le souverainisme ?
Xavier Dionne
Tribune libre de Vigile
mercredi 7 février 2007      234 visites


Il devient de plus en plus évident que l’exercice électoral sera déclenché avant la fin du mois de mars. D’ailleurs, le PLQ a tout intérêt à le faire : le PQ bat manifestement de l’aile et donne l’impression d’être viscéralement divisé, les sondages annoncent la probabilité d’une réélection pour les libéraux et surtout, le rapport du juge Grenier sur Option Canada approche à grands pas. C’est donc le meilleur moment, pour M. Charest, de profiter du contexte pour augmenter ses chances d’être réélu.

Or, face à l’imminence de ces élections, le PQ semble foncer vers une défaite cuisante. Après la défection de Bernard Landry, les militants péquistes prévoyaient une transformation profonde du parti. Cette transformation annoncée devait renouer avec le projet d’indépendance et de social-démocratie en plus de désigner un nouveau chef charismatique pouvant porter l’idéal du PQ. En ce sens, plusieurs motions ambitieuses ont été adoptées par les différentes factions du parti. Par exemple, on prévoyait nationaliser l’électricité éolienne, élaborer une constitution, faire de l’éducation publique la priorité d’un Québec indépendant, etc. À propos, le SPQ-Libre (club politique syndicaliste intégré au PQ) encensait les propos d’André Boisclair au mois de juin 2006. Dernièrement, le même club dénonçait la vision d’André Boisclair en la comparant à celle de Tony Blair. C’est dire combien les choses ont changé.

Si les choses ont autant changé, c’est en raison de l’ambiguïté récurrente qui teinte les démarches du chef du PQ. Par exemple, le projet de nationalisation de l’éolien – bien qu’appuyée par une partie importante de la population ainsi que par une vaste majorité des membres du parti – est rapidement tombé, entre les mains du nouveau chef, en désuétude. Pourtant, lorsqu’il briguait la direction du parti, M. Boisclair répétait à qui voulait l’entendre qu’il se devait de respecter la volonté de la base du parti. Il s’est rétracté une fois la victoire acquise, en affirmant que le programme devrait s’adapter au contexte, question de stratégie. Puis, il y a quelque mois, il assurait être en mesure de constituer une équipe de rêve pour les prochaines élections. Pourtant, plusieurs membres éminents du parti ont pris la porte, l’un après l’autre. M. Boisclair disait aussi qu’il ferait de la souveraineté l’enjeu principal de son prochain mandat. Son silence sur la question illustre de façon formidable mon propos. S’en suivent une série de déclarations onéreuses pour sa crédibilité et son leadership (pensons à celles sur les syndicat, par exemple).

Aujourd’hui, le PQ n’est pas prêt. Malgré le désir de faire transparaître l’unité et la solidarité, on sent bien le malaise chez les membres et les députés péquistes. Si la courbe de popularité du PQ ne change pas d’orientation, le PLQ maintient de bonnes chances d’être investi d’un deuxième mandat. Et si on se fie à l’état du PQ, on peut croire que ce sera le cas : la tenue éventuelle d’élection en mars obligerait le PQ, contrairement au PLQ, à précipiter une série d’assemblées d’investiture.

Beaucoup de souverainistes, face à cette conjoncture particulière, perdent espoir. Pourtant, la chance apparaît aujourd’hui aux souverainistes dissidents (et ils semblent être de plus en plus nombreux) de profiter du temps qui leur sera alloué pour reprendre le débat en main et recomposer une alternative souverainiste. Le temps est venu pour ces souverainistes, de relancer un débat sur les fondements et les articulations du projet d’indépendance. Québec-Solidaire représente la première élaboration d’un tel type de projet. Le contexte est manifestement propice à la recomposition des forces indépendantistes : loin d’être en position de faiblesse, les souverainistes constituent près de la moitié de la population québécoise et ce, en l’absence d’une campagne référendaire et en la présence de partis fédéralistes tant au fédéral qu’au provincial. Simultanément, la division sur le leadership péquiste en la matière se fait de plus en plus sentir dans les milieux souverainistes. Un certain clivage entre les indépendantistes et la ligne officielle du PQ est palpable.

Bref, malgré les apparences, le débat sur la souveraineté n’est assurément pas clos. Loin de là : la majorité des jeunes de 18 à 24 ans est indépendantiste (dans un proportion qui approche les deux tiers). Reste cependant à voir ce qui sera fait de ce potentiel…

Xavier Dionne
Étudiant de premier cycle en science politique à l’Université du Québec à Montréal

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