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Comme il fallait s’y attendre, le gouvernement Charest a banalisé la minorisation des Montréalais de langue maternelle française, se fiant exclusivement au critère de la langue parlée à la maison. Il n’a donc voulu voir dans le recensement 2006 que des "statistiques très encourageantes" concernant certains progrès du français chez les allophones. Sa conclusion : "tout va très bien".
Lesdits progrès ne concernent pourtant que la cohorte des immigrants de 2001 à 2006 et sont surtout le fait de la pré-sélection de davantage de candidats connaissant déjà le français avant leur arrivée au Québec. Rien n’indique donc que le pouvoir d’attraction du français dans l’environnement linguistique montréalais se soit amélioré. Si le critère de la langue maternelle ne convient pas à certains, mettons-le de côté et adoptons celui de la langue parlée à la maison. Cela ne changera rien à l’observation principale : un déclin du français à Montréal sous cet angle aussi. C’était déjà le cas au recensement de 2001. A nouveau, si on tient mordicus à ignorer le fameux seuil psychologique des 50% de langue maternelle française pour plutôt se concentrer sur la langue parlée à la maison (54%), on ne règle rien, cet autre passage sous les 50% n’étant qu’une question de temps.
On aurait tort de sous-estimer les conséquences socio-politiques de cette éventualité. Au moment des fusions municipales de 2000, le gouvernement Bouchard avait fait adopter le projet de loi 171 qui modifiait les critères pour qu’une municipalité soit désignée officiellement bilingue. Une majorité de langue maternelle anglaise plutôt que non-francophone serait désormais requise, ce qui mettait fin à cette anomalie faisant des allophones une clientèle naturelle pour les services municipaux en anglais. Les arrondissements bilingues ont été créés selon le même principe. Tout le découpage des arrondissements de l’île de Montréal avait été fait pour maintenir le bilinguisme des anciennes villes sans créer de nouveaux arrondissements bilingues. Bref, sur ce plan, c’était le prudent statu quo.
Après les élections municipales de 2001, ces fameux Montréalais "de langue maternelle française" ont vu les Robert Libman, Peter Yeomans et autres intraitables du "West Island" accéder au Conseil exécutif, y exercer le pouvoir et signifier leurs ambitions pour une généralisation du bilinguisme municipal. Chacun sait combien les anglophones de l’Ouest sont électoralement solidaires quand ils jugent qu’il le faut. Les francophones de l’Est, sous le choc, étaient relégués à l’opposition à l’Hôtel-de-ville. Depuis ce temps, ces francophones savent ce qui les attendait n’eut été de la loi 171 (qui utilise le critère de la langue maternelle) et des défusions de juin 2004.
La grande leçon du recensement de 2006, c’est que si le territoire de Montréal s’étendait toujours à toute l’île et si une majorité anglophone-allophone était encore la règle, un Conseil exécutif de Montréal comme celui de 2001-2004 n’aurait paradoxalement qu’à invoquer l’application de la loi 101 pour que Montréal soit désignée ville bilingue.
C’est de ça que beaucoup de francophones, pas seulement à Montréal, ont une peur bleue, et ils ont raison. Sur le plan du maintien de la paix sociale ici, le déclin du français sur l’île comporte un risque, car il est permis de croire qu’un débat public sur l’octroi du statut de ville officiellement bilingue à Montréal ferait passer les dérapages de la commission Bouchard-Taylor pour de la petite bière.
Voilà une excellente raison pour les ministres Christine Saint-Pierre et Yolande James de mettre de côté leur optimisme débridé et souhaiter très vivement au moins le maintien de la proportion de Montréalais francophones.
Christian Gagnon
Montréal
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
Cher Monsieur Gagnon,
je prends un instant pour vous féliciter pour votre article, car il pose un problème majeur. D’ailleurs, je ne comprends pas pourquoi les internautes naviguant sur Vigile ne lisent pas davantage votre texte.
Une seule petite chose à ajouter : ici, il faudrait voir comment les langues, ailleurs dans le monde, modifient le paysage social. Pour ma part, j’ai rappelé récemment pourquoi Montréal, à l’instar d’autres capitales du monde, n’était pas à l’abri d’une crise majeure. Comme Bruxelles, Montréal n’a pas bien intégré ses nouveaux arrivants car elle n’a pas tenu compte de la majorité francophone. Il fallait éviter les ghettos, qu’ils soient culturels, linguistiques ou économiques. L’intégration reposera toujours, en dernière analyse, non pas exclusivement sur le travail, mais sur des politiques de service et de solidarité sociale, d’éducation et la valorisation d’une langue commune.
Le déclin du français à Montréal, confirmé depuis un certain temps déjà, c’est-à-dire bien avant le recensement du gouvernement fédéral, pose des problèmes très importants d’intégration et nos dirigeants, selon moi, ont tort de ne pas les considérer sérieusement. Le court avenir nous le montrera...
Bonne continuation.
Monsieur Gagnon,
Votre article sur la diminution du français à Montréal va dans la ligne de ce que tous les Québécois de langue française constatent, à savoir que leur langue demande que les lois la défendent, ainsi que des mesures réglementaires pour l’enrichir (dans les écoles), pour la promouvoir (dans les cours d’intégration aux nouveaux arrivants), la prioriser (dans l’espace public).
À l’appui de vos propos, j’ai visé les commissaires Bouchard et Taylor, qui, durant la dernière semaine de novembre 2007, ont ouvert les assemblées publiques en anglais. C’était là non seulement un accommodement dérasonnable, mais, au sens de la Chartre québécoise de langue française, une illégalité. Car seule la langue française est autorisée dans l’espace public au Québec. J’ai donc porté plainte à l’Office de la langue française et les ai avisé de ma démarche.
Si, pour se justifier, ils devaient répondre qu’ils se réfèrent à la loi d’Ottawa sur le bilinguisme, nous aurions la démonstration d’une juxtaposition conflictuelle linguistique sur notre territoire ; et, ça, nous le savons tous. Et, dans ces conditions, de jour en jour meurt notre langue.
De voir que le gouvernement actuel, réprésenté par des personnes d’origine, de culture et de langue française (Les Courchesne, Saint-Pierre), ne se révoltent pas du recul de leur propre langue,dépasse l’entendement et mérite leur renvoi de notre scène politique.
Jean-Marc Labrèche

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