Contrairement à ce que plusieurs commentateurs affirment, le projet sur la citoyenneté québécoise du PQ reçoit un appui non négligeable. Le plus récent sondage indique que 23 % des répondants l’approuvent, tandis que 39 % y adhéreraient si des amendements étaient apportés. Cela fait en tout 62% de la population qui serait favorable sur le fond. Compte tenu de l’offensive tous azimuts des fédéralistes, des adéquistes et de Québec solidaire visant à dénigrer le projet, on peut d’ores et déjà affirmer que la question identitaire est importante pour la majorité des Québécois.
Comme j’ai l’ai dit dans ma chronique du 28 octobre dernier, la frénésie et la mauvaise foi fédéraliste aurait quelque peu pu être contenues si les éléments susceptibles d’irriter les Canadians avaient été circonscrits à leur proportion la plus congrue. Et ça continue : le 18 novembre dernier, Rima Elkouri de La Presse (encore elle) balance une fois de plus un pavé dans la mare d’eau boueuse de la démagogie et de la manipulation. Cette fois-ci, c’est Josh Freed – un journaliste et humoriste montréalais anglophone - qui lui servira de faire valoir. René Lévesque n’aurait jamais été d’accord pour appuyer une loi créant deux classes de citoyens, lui dit Freed lorsque interrogé sur les projets de loi 195 et 196 de Pauline Marois. Pourtant, le lien entre la citoyenneté québécoise et la connaissance du français était déjà inscrite dans le programme du PQ dès 1970. Il est de bon ton chez les fédéralistes (et pas seulement eux…) d’invoquer Lévesque à toutes les sauces. Récupération oblige. Elkouri lui a-t-elle demandé s’il avait lu les projets de loi du PQ ? Nenni. Pire encore : Freed affirme que les anglos et les allophones considèrent aujourd’hui Pauline Marois comme leur ennemie ! Elkouri tente-t-elle de temporiser ? Pas du tout !
Mais ce n’est pas tout. Josh Freed avoue avoir frissonné (d’horreur, s’entend) lorsqu’il a écouté Jean-François Lisée à « Tout le monde en parle » à propos du « nous ». Discours de droite, dit-il. Elkouri lui a-t-elle demandé s’il a lu le livre de Jean-François Lisée ? Bien sûr que non. Ce qui me fait dire que la chronique d’Elkouri n’a qu’un but : culpabiliser les Québécois inquiets de leur avenir jusqu’à les faire taire. Vouloir survivre en paix, vouloir consolider une petite nation qui ne représente que 2% de la population nord-américaine est un péché de « droite ». Bref, Josh Freed s’énerve, Elkouri s’en sert, même si Lisée n’a fait qu’expliquer pourquoi il existe un malaise à propos des accommodements raisonnables, même s’il fait preuve d’une ouverture d’esprit hors du commun dans son dernier essai intitulé « Nous » lorsqu’il aborde les questions de l’intégration des immigrants et de l’importance de maintenir la vitalité de la communauté anglophone du Québec. La manipulation et la désinformation sont devenues la norme. Odieux.
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Nos bien-pensants ne s’émeuvent guère de la réalité. Les droits individuels doivent primer sur les droits collectifs, disent-ils. Idéologie dominante oblige. Le film de Karina Goma, Un coin du ciel, présenté récemment, est la preuve éclatante des dégâts accomplis par les politiques du laisser-faire : dans Parc Extension, le quartier le plus multi ethnique de Montréal avec Côte-des-Neiges, les immigrants vivent la pauvreté quotidiennement. Et comme par hasard, le français n’y est à peu près pas parlé, surtout parmi les femmes, dont plusieurs consacrent l’essentiel de leur vie active dans les usines de textile. Parc Extension est la preuve de la faiblesse de notre politique de francisation et d’intégration. Le gouvernement Charest s’en émeut-il, lui qui a décidé d’augmenter substantiellement le nombre d’immigrants au cours de la prochaine décennie ? Aucunement, et les coupures prévues au ministère de l’Immigration en font foi. Pour le PLQ, comme pour nos défenseurs des droits individuels, ces citoyens condamnés à la pauvreté et à l’isolement doivent à tout prix être protégés contre la « vile » tentation des Québécois de vouloir faire d’eux des citoyens à part entière, des citoyens enfin capables de s’affranchir d’un multiculturalisme aliénant, et surtout de communiquer avec ceux et celles qui les ont accueillis.
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Ce qu’il faut retenir de cette histoire, c’est que quoi qu’on fasse, on tentera toujours de nous faire passer pour des provincialistes attardés, des frileux sans envergures, un petit peuple fermé sur lui-même et surtout incapable de vivre avec les différences. Pour fermer la porte à ces charges intempestives – et totalement injustifiées -, il faudra s’approprier l’essentiel du projet Marois et démontrer à nos concitoyens que ce projet vise justement à éviter aux nouveaux arrivants de vivre comme des citoyens de deuxième zone.
Quiconque a lu le projet Marois sait que celui-ci entend soutenir les nouveaux arrivants dans leurs efforts d’intégration. Le projet de loi 195 prévoit modifier la Chartre de la langue française afin de promouvoir la langue de la majorité dans les PME. C’est écrit noir sur blanc, mais cela n’a pas empêché des souverainistes s’affichant à gauche (Amir Kadir et Françoise David, notamment) d’affirmer haut et fort que la francisation des entreprises est essentielle et qu’il faut mettre en place les moyens qui assureront la francisation des nouveaux arrivants ! Mauvaise foi, ou ignorance ? Pour ma part, une riposte vigoureuse s’avère nécessaire compte tenu que le projet de loi 195 contient tout cela. Il est malheureux de voir QS jouer la même carte que les libéraux et les adéquistes, au lieu de participer au débat de manière constructive en proposant des amendements ou des bonifications. Une belle occasion ratée de faire de la politique autrement.
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Bien entendu, le projet Marois ne fait pas dans le détail. Après la loi, il y a les règlements, les politiques de mises en œuvre, et tout le bataclan qui suit. Il ne suffit pas d’appuyer bêtement l’initiative du PQ. Plus tôt que tard on devra nous informer de ce qu’un gouvernement péquiste comptera réellement faire en la matière. Le droit qu’accorde le projet de loi 195 aux immigrants d’apprendre le français devra être assorti de programmes sérieux qui seront à la hauteur de nos attentes et de celles des nouveaux arrivants. En Europe, où le multiculturalisme est de plus en plus mis à mal, la connaissance de la langue nationale est généralement exigée si l’on souhaite devenir citoyen. C’est le cas de l’Allemagne, de la Hollande, de la France, du Danemark, voire même de la Grande-Bretagne et de l’Irlande. Dans ces pays, les immigrants ont droit à des cours totalisant 700, 800, 900 heures d’apprentissage de la langue nationale, auxquelles heures s’ajoute souvent une formation sur les valeurs et l’histoire du pays d’accueil (Le Devoir, 17 novembre). Alors, s’il vous plaît, pas question de mesures à rabais, comme on a déjà connu !
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Enfin, en terminant, soulignons la décision de Maka Kotto de tenter sa chance dans Bourget, un comté francophone. Voilà un candidat de qualité pour l’Est de Montréal, un candidat issu de l’immigration qui n’a pas peur, lui, de devenir un citoyen québécois. Cet homme, reconnu pour ses positions progressistes, a refusé de sauter dans le train de la démagogie et de la petite politique. Au contraire, il entend défendre les projets de loi 195 et 196, tout en militant en faveur d’amendements qu’il juge nécessaire (10% du contenu devrait être modifié, selon lui). Cette dernière déclaration a-t-elle épouvanté les ténors du parti ? Il semble que non, puisque Pauline Marois appuie publiquement sa candidature. À suivre.

