Vigile.net
La privatisation des réseaux publics, celle qui divise et brise les liens sociaux, se réalise toujours quand le peuple s’est assoupi, fatigué de se battre pour ses droits. - Dominic Desroches
             
Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production.
Financement 2008
 16501$  83%  
Objectif : 20000$
En pièces détachées
Raymond Poulin
Chronique de Raymond Poulin
samedi 27 octobre 2007      1011 visites      1 message


À la lecture des articles de Christian Rioux et d’un collectif dans Le Devoir du 26 octobre, à propos du projet de loi sur l’identité québécoise proposé par Pauline Marois, on se rend compte de l’inanité de presque toutes les attaques et critiques formulées par les éditorialistes et analystes officiels des quotidiens canadiens et québécois, sauf sur un point. Il appert en effet que d’après la Charte québécoise, aucun citoyen qui ne parle pas le français ni même l’anglais ne peut être interdit de vote ou de candidature à quelque poste électif à l’Assemblée nationale, dans une municipalité ou une commission scolaire : cela est considéré discriminatoire.

Comment en sommes-nous arrivés à promulguer une charte permettant une telle aberration ? Pourquoi le Québec pourrait-il, en principe, se retrouver avec des députés ne parlant, par exemple, que l’allemand ou le russe, c’est-à-dire des gens qui auraient obtenu la citoyenneté canadienne — puisque, pour le moment, il n’existe pas de citoyenneté québécoise — sans connaître au moins l’une des deux langues du pays, ce qui contrevient, sauf erreur, aux lois canadiennes ? Non seulement sommes-nous restreints par le fédéral quant aux pratiques québécoises visant le bien commun et protégeant notre intégrité comme nation, nous en ajoutons une couche, comme si nous voulions à tout prix nous nuire à nous-mêmes tellement nous voulons montrer patte blanche. Nous ne nous contentons pas d’être annexés et colonisés, nous en redemandons. Nous pratiquons l’auto-abjection. La Charte québécoise, faut-il le rappeler, n’a pas été corrigée davantage sous le gouvernement péquiste que sous le régime libéral. Évidemment, s’il avait fallu qu’on l’amende sous le PQ, on entend d’ici non seulement les vociférations des fédéralistes mais même celles de députés du parti : il ne faut pas prêter flanc à des attaques qui... etc. Si nous en sommes encore là, ben l’indépendance, on repassera.

C’est vrai, même la correction de la Charte québécoise ne changerait rien puisque nous sommes en premier lieu soumis à la Charte fédérale, me souffle mon petit démon. Ah oui ? Tous les gouvernements québécois — répétez après moi — ont refusé de reconnaître la Constitution de 1982. Si ce refus signifie quelque chose, cela veut dire que, depuis 1982, le Québec est de facto un État indépendant, ce que l’agir des gouvernements québécois successifs depuis ce temps a contredit. Donc, tous, depuis 1982, sont en contradiction avec eux-mêmes. Avons-nous, oui ou non, refusé la constitution d’Elliott-Trudeau et, par voie de conséquence, la Charte qui va avec ? Si oui, il faut voter de nouveau, dans leur état original, toutes les lois adoptées depuis et confirmer notre indépendance. Sinon, il faut faire avaliser cette constitution et renier notre refus.

Mais nos politiciens ont le cuir aussi épais que leur crédibilité est mince. Ils ont refusé cette constitution "pour le fun" et l’ont acceptée dans les faits, satisfaisant à la fois leur ego et leur peur. Puisque le Parti québécois prétend maintenir son projet de loi, il doit du coup proposer le rejet effectif de la constitution Trudeau de même qu’un amendement à la Charte québécoise des droits et libertés, et faire valoir ce que signifie le rejet de cette constitution.

La situation vous paraît sans issue, péquistes et libéraux ? Dans cette affaire, vous avez été minables depuis 1982. Vous avez disposé de 25 ans pour trouver une issue. Trouvez-la.

Mais que dis-je là ! Tout ça n’est pas sérieux ! À l’égal d’un personnage de Michel Tremblay dans En Pièces détachées, nous pouvons nous permettre n’importe quoi dès que nous portons nos lunettes noires. Le problème, c’est que la croissance mentale du personnage de Tremblay s’est arrêtée à l’âge de cinq ans. Dans son cas, la parole ne signifie rien dans le monde réel puisqu’il vit dans un autre univers. Il semble que ce soit également notre cas. Alors faisons comme lui, allons manger un cornet de crème glacée (au Ottawa Snack Bar) en attendant le prochain fantasme.

Raymond Poulin

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

Envoyer un message privé à Raymond Poulin

Suggérer cet article par courriel


Vos commentaires:
  • En pièces détachées
    27 octobre 2007, par Gilles Bousquet

    Tous derrière Mme Marois ! L’ADQ qui a la citoyenneté et une constitution québécoises dans son programme devrait aussi participer à la place de boycotter cette initiative du PQ.

    Si l’ADQ n’aime pas ces 2 projets, qu’ils en profitent pour présenter les leurs pour en voir la différence et permettre une négociaton entre le PQ et l’ADQ sur les modalités malgré nos Libéraux très provinciaux "full fédéralistes" qui vont tout faire pour ne pas que ça se passe mais...ils sont "full minoritaires" à "ce moment ici".




Premier colloque annuel

L’Institut de recherche sur le français en Amérique tiendra son premier colloque le 28 novembre prochain
  • Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production.
    Joignez-vous aux Amis de Vigile.
  • Objectif 2008: 20000$
     16501$  83%  
  • Pour contribuer en ligne 
         Nom:
    Courriel:
       Anonyme
    Montant: $

  • Contributions récentes :
    4/12 Marc Potvin : 200$
    4/12 Giselle Chagnon : 15$
    28/11 Jean-Pierre Papineau : 100$
    23/11 Christian Montmarquette : 30$
    22/11 Noëlla Bélanger : 25$
    22/11 José Fontaine : 100$
    22/11 Pierre Fortier : 100$
    Toutes les contributions
  • Merci beaucoup! -Vigile.net