1) Que l’idée d’indépendance énergétique donne naissance à un plan articulé, d’accord, mais, pour le moment, les déclarations de Landry — ou de n’importe qui d’autre — sur le sujet sont plutôt très vagues et un peu simples, pour ne pas dire davantage.
2) L’indépendance énergétique ne représente qu’un item dans un projet de pays qui reste à venir, car aucun parti indépendantiste ne présente un tel projet présentement. Par ailleurs, je ne crois pas qu’il faille proposer publiquement une telle plateforme électorale en plein été ; la préparer, oui, mais pas la lancer au moment où presque personne n’écoutera.
3) En dépit des qualités, de l’expertise et de l’expérience de Bernard Landry, et compte tenu de ses défauts, dont le moindre n’est pas de n’être pas toujours solidaire au moment où il le faudrait, je ne vois pas l’intérêt stratégique de fonder un parti indépendantiste de plus, à moins d’une conjoncture assez improbable où ce parti, quel qu’en soit le chef, soit réellement en mesure de bouffer ou de phagocyter le PQ et le PI. Je ne connais personne capable de réussir cela, à moins d’un séisme politique de magnitude 9,9.
4) Quelle que soit l’opinion qu’on puisse avoir de Bernard Landry, le refus du PI de le compter dans ses rangs peut se comprendre : il est évident qu’advenant son adhésion, il ne pourrait qu’en prendre très rapidement la tête, et ce n’est pas pour se retrouver avec un chef ex-Premier ministre péquiste que s’est créé le PI, d’autant plus que le simple "PQ bashing" de ce dernier se transformerait alors en guerre à mort entre le pot de terre et le pot de fer. En dépit des rodomontades du PI, on voit bien qui est le pot de terre, et ce n’est pas le PQ, même si on peut le regretter.
5) Tout le monde ou presque prétend souhaiter une coalition, mais aucun parti n’en prend le chemin. « Tout le monde veut aller au ciel, mais personne ne veut mourir », vieille chanson connue de Petula Clark... Qu’on l’aime ou pas (et je ne le porte pas dans mon coeur), seul le PQ aurait la capacité de jeter les bases d’une coalition avant des lustres, mais on a vu ce qu’il en est : il ne mettra pas d’eau dans son vin, ce qu’il songerait peut-être à condescendre s’il plongeait sous la barre des 25% dans les intentions de vote pour une période significative. Le paysage politique indépendantiste actuel et l’humeur de ses composantes ne plaident certainement pas pour une coalition maintenant.
Quant à l’ADQ, qui croit sérieusement que son appareil se collerait à un projet de pays même s’il était menacé de rétrécir encore davantage au lavage ? Il faudra plutôt aller chercher les indépendantistes qui s’y trouvent (peut-être) encore un à un. Une véritable coalition avec ce parti, on devrait bien s’en douter, ne serait possible que dans les limites d’un nationalisme au mieux confédéraliste, voie sans issue sauf sur le papier, au risque de voir sévir M. Bousquet à la suite de cette affirmation...
Je me remettrai à croire à une coalition le jour où les états-majors du PQ, du PI, de QS et des Verts contresigneront une déclaration commune où ils s’engageront à ne présenter des candidats que dans les comtés où ils devancent les autres coalisés dans les sondages. Une coalition où la campagne électorale les opposerait partout n’aboutirait qu’à donner le pouvoir au Parti libéral les doigts dans le nez, même avec la majorité des votes aux coalisés : aucun intérêt ! On ne fait pas l’indépendance à partir d’une victoire morale mais à partir d’une victoire électorale, même s’il faut ensuite sacrifier au rite du referendum, n’en déplaise à ceux qui se croient encore en 1970 et ignorent que le Kossovo n’est ni une nation ni un État réel mais une base militaire américaine, Camp Bondsteel, la plus grande à l’extérieur des États-Unis, administrée par l’OTAN, c’est-à-dire par les USA.
C’est lapidaire et incomplet, mais qu’on me prouve le contraire à partir du terrain réel et non de la seule logique.
Raymond Poulin, indépendantiste ordinaire depuis 46 ans et tanné de voir avorter les projets les plus mirifiques au nom de la pureté de la cause. La pureté, parce que je suis poli, je l’ai dans le nez. Et le nez, je l’ai... Laissez faire !
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