En attendant une politique énergétique québécoise

Au lieu d’ouvrir ses propres filières et développer ses propres compétences, le Québec se met platement derrière les objectifs du Fédéral

Chronique d’André Savard
mardi 3 juin 2008
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Pour ceux qui s’inquiètent du coût à la pompe et qui rêvent de la formule qui remplacera l’essence, voilà une bonne nouvelle. Des chercheurs de l’Institut de catalyse de Rostock ont développé un procédé pour le stockage de l’hydrogène, combustible utilisé pour le fonctionnement des piles. Jamais le projet d’un véhicule à piles alimentées en hydrogène n’a paru aussi réalisable. Un gros bémol cependant, ils n’en sont même pas à la première application qui touchera davantage les appareils électroniques et les ordinateurs portables.

L’équipe de Rostock dit avoir produit de l’hydrogène à partir d’un acide à température ambiante. Si cela s’avère fondé, on peut se mettre à rêver de l’hydrogène comme matière énergétique propre utilisable mondialement, ce qui n’est évidemment pas le cas de l’hydroélectricité.

On aurait tort de sacraliser et d’héroïser ce genre de travail. Il doit être mis à l’épreuve, subir de multiples transformations. Souvent les résultats fabuleux annoncés se perdent dans les sables. Il est maintenant à espérer que le Québec marquera bien clairement ses filières de recherches plutôt que de choisir béatement d’attendre le travail des autres.

Étant donné l’obsession pour les énergies de remplacement, nous avons été portés à croire que les efforts visant à développer les véhicules électriques se trouvaient largement appuyés partout. L’électricité comme l’hydrogène demande une source d’énergie pour être produite. Le Québec est un des rares endroits au monde en mesure de produire de l’électricité à grande échelle sans émettre des gaz à effet de serres.

Si le monde entier était dans la situation du Québec, les efforts pour développer un système convaincant de voiture électrique auraient été appuyés beaucoup plus largement au niveau planétaire. Il existe un tel remue-méninge aux quatre coins de l’horizon qu’on se dit que les solutions vont fatalement arriver. Mais le Québec a-t-il raison d’attendre ainsi une solution mondiale à son problème énergétique ?

La solution électrique serait applicable ici alors qu’elle l’est de façon beaucoup plus limitée ailleurs. Le Québec est un des rares cas à même de pourvoir une flottille de voitures électriques sans construire des centrales nucléaires ou au charbon pour recharger les piles. Notre gouvernement a pourtant été remarquablement timoré envers les avancées de la recherche portant sur la propulsion électrique.

Le Québec a défrayé la chronique il y a longtemps avec son moteur-roue financé par Hydro-Québec. Le projet fut finalement miné par les querelles internes avant de refaire surface dans d’autres projets au Québec et en France. Et maintenant, on se croise les doigts en espérant juste que ceci ne se perdra pas dans les sables.

Alors que la France et l’Allemagne freinent le développement massif des biocarburants, le Canada les favorise. Ceci se comprend puisque la stratégie du Fédéral vise explicitement à « impulser de nouveaux débouchés économiques pour agriculteurs canadiens ». Le gouvernement canadien investit 500 millions de dollars dans de nouvelles technologies permettant la transformation de matières organiques en carburant renouvelable.

On se demande (comme toujours) que fait le Québec. L’avenir étant pour lui plus du côté du moteur à piles que dans celui du moteur à combustion et ses carburants, son horizon de recherche technologique devrait se poser bien différemment. Au lieu d’ouvrir ses propres filières et développer ses propres compétences, le Québec se met platement derrière les objectifs du Fédéral : établir une teneur de 2% en biocarburant dans le diésel et le mazout d’ici 2012 !

La politique énergétique du Québec est frappée d’anesthésie. On veut bien songer à développer le nord québécois mais on ferait bien aussi de corréler plus étroitement nos industries et l’usage des véhicules automobiles en conséquence. Ce n’est pas un budget de 500 millions afin d’agrémenter le pétrole des sables bitumineux de composés des producteurs de céréales de l’ouest qui dessinera un horizon énergétique proprement québécois.

On a besoin d’une politique énergétique basée sur les types d’activités du Québec. C’est un travail qu’il faut faire soi-même. Les 500 millions investis sont prisonniers des postulats qui découlent de la structure économique canadienne, pas de la québécoise. C’est au Québec de reprendre ses fonds d’investissements pour donner des contenus réels à sa propre politique énergétique.

André Savard

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