Empreinte conservatrice

vendredi 30 mars 2012

Armé de sa majorité, le gouvernement Harper se frottait les mains à l’idée de présenter un vrai de vrai budget conservateur qu’aucun parti ne pourrait menacer de défaire. Et il s’est fait plaisir. Les compressions annoncées sont plus sévères que celles promises en campagne électorale (6,9 % au lieu de 4 %) et elles s’inscrivent dans un plan d’ensemble dont la saveur ne trompe pas. Par les choix faits, le vocabulaire employé, les projets de loi annoncés.

Rationalisation, efficacité, modernisation, allégement réglementaire, élimination du double emploi, consolidation des services, il n’y a pas d’erreur, tout est en place pour le grand ménage. Ce qui n’est pas nécessairement mauvais. Il y a toujours des programmes désuets ou moins performants.

Mais quand le budget de l’aide au développement, déjà plafonné depuis deux ans, est amputé de 9,7 % sur trois ans, il est difficile de croire que ce soit attribuable à une perte de pertinence. Ce qui ne fait pas de doute cependant est que le Canada fera encore mauvaise figure sur la scène internationale en consacrant moins de 0,34 % de son produit intérieur brut à l’aide aux plus pauvres de la planète, l’objectif onusien étant de 0,7 %.

Ce gouvernement n’a pas beaucoup d’état d’âme pour les gagne-petit ou l’environnement. Cette dernière question est d’ailleurs complètement dissoute dans le magma du « développement responsable des ressources naturelles ». Le processus d’examen environnemental sera revu et corrigé pour exclure « des milliers de projets de moindre envergure », dont on ne précise pas la nature, et pour accélérer la réalisation des projets majeurs. L’objectif est de rehausser « la confiance des entreprises et favoriser l’investissement et la création d’emplois ».

En fait, ce budget promet plusieurs mesures législatives qui pourraient changer en profondeur les façons de faire d’Ottawa. En plus de la refonte de la Loi sur l’évaluation environnementale, il annonce sans offrir de précisions des changements à l’assurance-emploi « afin d’étoffer et de préciser les obligations des personnes qui reçoivent des prestations régulières » et cherchent du travail. Il confirme l’intention du gouvernement d’examiner avec les Premières Nations l’adoption de « mesures législatives autorisant la propriété privée à l’intérieur des limites actuelles des réserves ».

La Société Radio-Canada est mise au régime, sans explication, la nouvelle se cachant dans un tableau. L’embêtante Table ronde sur l’environnement et l’économie disparaît sans autre forme de procès. Dans la foulée de ses attaques contre les groupes environnementaux, le gouvernement veut exiger plus de transparence des organismes de bienfaisance au sujet de leurs activités politiques et de leurs sources étrangères de financement.

Et ce qui se cache derrière la recherche d’économies laisse parfois songeur. Ainsi, l’Agence d’inspection des aliments devra partager services de soutien, expertise scientifique et locaux avec Agriculture et Agroalimentaire Canada, le ministère chargé de promouvoir l’industrie.

Les plus petits en profiteront le moins

Le gouvernement peaufine certains programmes, faisant croire à une plus grande générosité, mais en y regardant de plus près, on réalise que ce sont encore les plus petits salariés et les gens à faible revenu qui en profiteront le moins. Ainsi, le gouvernement annonce que les prestataires de l’assurance-emploi pourront conserver une plus grande partie de leurs gains de travail. L’idée est intéressante et peut encourager des personnes à travailler davantage, mais les retombées promises ne se vérifient pas lorsqu’une personne reçoit des prestations modestes et a un très faible salaire horaire ou travaille trop peu d’heures. Bref, moins une personne gagnera, plus elle sera pénalisée par la nouvelle formule, qu’elle veuille travailler ou non.

Les changements à la Sécurité de la vieillesse s’appliqueront graduellement mais uniformément à tout le monde, peu importe la dureté du métier exercé. Les premiers à en subir les contrecoups seront les personnes incapables d’envisager un départ à la retraite sans ce revenu, c’est-à-dire des petits salariés sans fonds de retraite et qui, faute de moyens, n’ont pas d’économies suffisantes.

Ce budget compte plusieurs mesures intéressantes. Les investissements dans l’innovation, la recherche et développement forment un tout cohérent et porteur. Le resserrement de certaines mesures fiscales destinées aux entreprises est bienvenu. Le gouvernement épargne aussi les peuples autochtones et annonce des investissements importants dans l’éducation dans les réserves, les infrastructures hydrauliques et la santé mentale. La gestion de plusieurs ministères sera resserrée.

Mais quand on examine où Ottawa puisera ses revenus au cours des prochaines années, on comprend que la classe moyenne portera une part toujours plus lourde du fardeau, contrairement aux entreprises. Le gouvernement prévoit que les rentrées provenant de l’impôt sur le revenu des particuliers croîtront en moyenne de 5,4 % par année d’ici 2016-2017. Celles venant de l’impôt des sociétés, de 4,1 %.

« Choix responsables »

Le ministre des Finances, Jim Flaherty, parlait hier de « choix responsables » et de compressions faites de « façon modérée et sensée ». Après tout, on ne fait état que de 1,5 milliard d’économies cette année, de 3,1 milliards l’an prochain et de 5,2 milliards en 2014-2015, un montant qui deviendra récurrent. C’est oublier cependant que ces sommes s’ajoutent à d’autres réductions et à un gel des dépenses imposés au cours des dernières années par les conservateurs et dont l’effet commence seulement à se faire sentir.

Quand on prend toutes les mesures d’austérité en considération, on obtient, selon le ministère des Finances, des réductions de dépenses totalisant déjà 5,5 milliards cette année, 8,5 milliards en 2013-2014 et 11 milliards en 2014-2015. Quand on lit ces chiffres, on mesure mieux l’ampleur de l’exercice et le choc que l’appareil fédéral subira au cours des prochains mois. Un choc tout ce qu’il y a de conservateur.


Suggérer cet article par courriel
Budget Harper 2012
Dépendre du Canada anglais...

Financement de Vigile

N’hésitez pas à contribuer à sa production

Joignez-vous aux Amis de Vigile

Objectif 2014: 60 000$
20 933$  35%
Paiement en ligne
Don récurrent

Contributions récentes :

  • 22/10 Claude Bariteau : 150$
  • 21/10 Nicole Hamel : 50$
  • 21/10 Marcelle Viger : 100$
  • 21/10 Fernand Lachaine : 20$
  • 21/10 Gérard Héroux : 500$
  • 21/10 François Morneau : 30$
  • 21/10 Robert Lecompte : 50$
  • 21/10 Jean-Pierre Potvin : 50$

Toutes les contributions

Merci beaucoup!