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Les célébrations du 400e anniversaire de Québec sont propices aux débats intenses qui déchirent la capitale. L’un d’entre eux, c’est la grande visite. Qui inviter ? Le nouveau maire de Québec, Régis Labeaume, a demandé au premier ministre Stephen Harper d’inviter les chefs d’État de France, d’Angleterre, d’Irlande et des États-Unis.
Il y aura des flammèches. L’idée d’inviter la reine Élisabeth a déjà suscité de vives réactions. Le chef bloquiste Gilles Duceppe s’y est opposé et le leader souverainiste Gérald Larose, avec son tact habituel, a traité de « colonisés » ceux qui auraient souhaité sa venue.
Cette question peut servir de point de départ à une réflexion sur le sens de cette célébration, et sur le rôle de l’histoire. Mais aussi sur nos valeurs. On ne veut pas de la reine. Soit. On n’est pas chaud à l’idée que l’impopulaire George Bush soit là, et on lui préférerait son prédécesseur, Bill Clinton. Mais pourquoi Benoît XVI ou le président français Nicolas Sarkozy ? Le Québec n’est pourtant pas un DOM-TOM.
Il faut reprendre les choses dès le début. Si les organisateurs des fêtes du 400e, le maire de Québec et le gouvernement québécois souhaitaient que l’on invite la reine, ce n’est pas par profession de foi monarchique, mais pour attirer le plus de dignitaires possible, pour en faire un événement international qui mette Québec sur la carte.
Cette stratégie ne plaît pas à tout le monde, notamment parce qu’il est difficile de concilier le formalisme de célébrations officielles avec la spontanéité d’une fête populaire. Mais les trois ordres de gouvernement n’ont pas accepté d’injecter 85 millions $ dans ces fêtes pour simplement amuser les gens de Québec. Une telle dépense n’a de sens que si c’est un investissement, un tremplin qui permette à Québec de faire un bond en avant.
Reste à savoir qui inviter. Cela dépendra beaucoup de ce que l’on veut fêter. La fondation de Québec en 1608 ? Ou les 400 ans d’histoire de la ville ? Ça change tout.
Fêter la fondation de Québec, c’est concentrer l’énergie sur le passé, célébrer la naissance de l’Amérique française. Dans un tel cadre, la reine, qui symbolise la conquête et la disparition de la Nouvelle-France, est une intruse. Mais on peut noter que le fait d’inviter le président français serait une autre façon d’être colonisé, parce que la pertinence de sa présence repose sur le fait qu’il est le représentant indirect de la monarchie qui a contribué à la fondation de Québec, pour ensuite l’abandonner.
Si on fête les 400 ans d’histoire de Québec, c’est tout autre chose. On célèbre alors Québec comme lieu d’arrivée, de passage et d’interaction. C’est d’ailleurs le thème officiel des Fêtes : la rencontre. L’histoire de ces quatre siècles, si on évite une lecture sélective, c’est le choc pour les Amérindiens de l’arrivée des Européens, la fondation de Québec et de la Nouvelle-France, la bataille des Plaines, le régime anglais, les tentatives d’invasion américaines, les vagues d’immigration. C’est aussi le fait que Québec a longtemps été une ville britannique, ce qui se voit dans son héritage architectural, des remparts au Château Frontenac.
Mais pour célébrer l’histoire de ces quatre siècles, on n’invite pas de la même façon et on convie tous ceux qui ont contribué à façonner la ville : les autochtones, les Français, les Anglais, les voisins américains, les Irlandais, très présents, et tous ceux pour qui Québec a été un point d’entrée en Amérique.
C’est une approche plus complexe, mais plus à même d’aider une ville à se projeter dans l’avenir. Un arbre a besoin de ses racines, mais ce qui fait sa beauté, ce sont ses branches.
Mon cher Monsieur Dubuc,
Pouvez-vous me dire pourquoi vous considérez que Sarkozy représente la monarchie française ? Ne les a-t-on pas tous guillotinés ? Alors, comment peuvent-ils avoir un représentant.
Quant à la vieille madame anglaise aux airs hautins, qu’on l’invite et que ça presse ! Ça va faire un méchant « party ». Pourquoi pas lui faire chanter des chansons à répondre en jouant de l’accordéon. Au moins elle servirait à quelque chose pour une fois, et ça serait pas pour venir prétendre que son sang est plus pur que le nôtre.
Bernard Colagrosso
Un Québécois qui se respecte
Il faudrait savoir ce qu’on fête exactement... Le 400ième anniversaire de la ville de Québec ou le 248ième anniversaire de la Conquête anglaise ?
Si c’est le 400ième anniversaire de la fondation de la ville de Québec par Champlain, il est plus que normal je crois de mettre l’accent sur les origines françaises de la capitale nationale. D’accord avec les branches (les feuilles, les fleurs et les fruits) mais il ne faudrait quand même pas exagérer l’importance de ce qu’on voit au détriment des racines, sources de la beauté et de la solidité de l’arbre. Un bel arbre est un arbre bien irrigué.
Ce qui fait l’intérêt de Québec ce sont ses origines françaises et non sa conquête par les Anglais. C’est cette originalité française que l’on doit mettre en exergue, sinon n’importe quelle ville de la Nouvelle-Angleterre ferait l’affaire, de Boston à Manchester…
Quant à son architecture d’origine anglo-saxonne que d’aucun considère comme étant propre à cette capitale, il ne faudrait quand même pas exagérer son importance pour mieux justifier les invitations… Lors du Siège de Québec par les Britanniques en 1759, siège qui dura près de 75 jours, où les canonnières de Wolfe installés sur la pointe des Pères à Lévis, détruisirent la presque totalité des bâtiments à Québec, les assaillants n’eurent aucune hésitation avant de mettre à feu et à sang 150 ans de développement français. Facile de reconstruire dans ces conditions quand on a détruit…
Le mieux je crois est de déclencher des élections provinciales au printemps et de revoir les invitations…

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