Plus de sept années se seront écoulées depuis les évènements de septembre 2001 et plus de dix-huit mois depuis que le village d’Hérouxville a adopté son ‘code de vie’. Le corollaire pourrait paraitre étonnant mais pourtant si peu éloigné de la réalité. D’une action toute citoyenne, traitée par les médias au deuxième degré, en passant par la Commission Bouchard-Taylor, il n’y a qu’un seul constat : les politiciens n’établissent plus de projets politiques mais se contentent plutôt de ménager les susceptibilités aux seules fins de prendre le pouvoir ou le maintenir.
J’en veux pour exemple cet engouement soudain de la part de tous les partis politiques fédéraux pour ces groupes religieux issus de la nouvelle immigration. Parions que l’ethnicité nouvelle au Canada se veut d’abord et avant tout une ethnicité religieuse. Tout en souhaitant une parfaite intégration des nouveaux arrivants dans une société canadienne jusqu’à récemment absente des anciens courants religieux, les politiciens sont devenus de véritables missionnaires auprès de l’électorat afin d’assurer la survie de leur parti. On s’étonnera alors d’aboutir à l’élection de gouvernements minoritaires.
Paradoxalement, nos politiciens condamnent l’intégrisme religieux tout en en tirant profit. Comme l’immigration canadienne actuelle propose la venue de gens très religieux parfois proches d’un certain intégrisme, on constate une tendance à ce que l’ethnicité devienne objet de comportements religieux faisant bon ménage à l’intérieur des concepts de diversité. Parlons ici d’une diversité proche d’un amalgame fait parfois de mets exotiques, d’éléments culturels mais surtout d’intégrismes religieux. Ne serait-il pas acceptable de prétendre plutôt que cette diversité n’a que compromis jusqu’ici le fragile équilibre des forces en présence ?
Depuis la consécration idéologique du multiculturalisme de Pierre Trudeau, il devient de plus en plus clair que l’utopie a fait place aux bonnes intentions. Chacun revendique maintenant son héritage religieux à tous les niveaux, qu’il s’agisse d’exiger des accommodements religieux ou même tenter d’introduire la charia ou autres décrets de manière à imposer des préceptes religieux rendant les lois actuelles inapplicables.
Depuis septembre 2001, en comparant les discours politiques anciens et nouveaux, on constate que nos politiciens sont prêts à accueillir toutes les théories religieuses en autant qu’elles rapportent des votes. Personne n’échappe à cette règle. Le Parti Conservateur accorde depuis quelques années déjà des sommes d’argent considérables aux communautés religieuses ethniques de Toronto, Mississauga et Brampton. Comme jamais auparavant, les candidats de l’Ouest Canadien affichent avec éclat leurs couleurs religieuses. M Jason Kenney, ministre de l’identité Canadienne ne cesse depuis trois ans d’offrir ses meilleurs vœux aux groupes religieux canadiens manifestant leur foi avec ardeur. Remémorons-nous ces souhaits de ‘Mawlid al-Nably’ de mars 2008 et récemment ‘Ramadan Mubarak’.
Curieusement, il n’a jamais souhaité ‘Joyeux Carême’ aux catholiques, erreur de parcours probablement. Le NPD recrute de plus en plus de candidats issus de ces mêmes communautés. Samoura Laouni dans Bourassa en est un bel exemple. L’Opus Dei se rapproche également du politique. Quant au Parti Libéral du Canada, inutile de constater davantage l’engouement des Torontois d’origine sikhs qui appuient ce parti.
Soudain, c’est comme si Allah, Buddha, Vishnu ou autres étalent apparus à nos politiciens.
Or, cette politique partisane animée d’un regard religieux ne peut que diluer le discours politique et le rendre de plus en plus éloigné des véritables préoccupations des citoyens et citoyennes de ce pays. Pendant que le Québec revendique une société laïque où la religion ne serait qu’affaire personnelle, les politiciens fédéraux s’enfargent dans les fleurs de la carpette religieuse afin de tenter de consolider l’appui de fébriles partisans dont le but ultime est d’indiquer à la face du monde que la religion doit dominer tout autre intérêt.
Est-ce là l’héritage qu’on nous prépare ? Ne le souhaitons pas.
Bernard Thompson
Hérouxville


