Un premier juillet tellement révélateur

Du patriotisme au fétichisme canadian

Cette fête est un pacte de soumission plus que d’amitié

Chronique d’André Savard
dimanche 4 juillet 2010
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Lors de la dernière fête nationale, on interrogeait des Québécois parmi la centaine de milliers d’adulateurs. On avait pris soin de cueillir un couple d’amis qui se promettait de revenir l’année prochaine, son copain étant fou de la reine.

« Depuis qu’il est tout petit, mon ami adôôôre la reine ! » Hou, là là !

Et tous deux, mains en l’air, contrôlaient à peine leur enthousiasme. Le gros chandail rouge Canada du dévot de la reine alignait des feuilles d’érable avec emphase. On comprenait que la royauté correspondait dans leur cas à une sorte de fétichisme.

Le fétichisme, c’est adorer une partie et prendre la partie pour le tout. La reine est ainsi, une grande dame, ayant appris le français, et avec de belles manières, la partie justifiant le tout. On joue le grand jeu qui vise à adorer un fragment, un fantasme qui nous cachera le tout.

On dit que la reine est une dame gracieuse, bien attentionnée, et on peut très bien se douter que cela soit vrai. Toutefois, avec ses chapeaux, la reine se pavane comme une sorte de fétiche vivant sur la place publique et on peut se demander, fétiche de quoi ?

***

La fête du Canada prend une signification particulière au Québec et ce n’est pas un hasard si on fait témoigner des francophones dans la foule. Ils sont les signes du consentement à l’immense union accomplie. La présence de la reine d’Angleterre marque les origines morales et ethniques du peuple unificateur. La reine d’Angleterre règne et, que sa gouverneure coloniale dûment nommée soit d’origine haïtienne est censé démontrer que toutes racines sont mélangées, ne formant plus dans leur diversité qu’une seule statue.

En même temps que l’on dit que tous les Canadiens sont confondus en une seule famille, on note l’attachement du Fédéral, et de la reine, légataire du génie anglo-saxon, aux droits de la personne. Dans la grande famille canadienne, il y a en effet des distinctions de sens moral, l’ethnie Anglo-Saxonne étant jugée la grande qualifiée des droits de la personne.
En ce premier juillet, les médias firent ample publicité aux droits de la personne, croyance unanime du Fédéral et de la reine. Les Canadiens tiraient particulièrement fierté d’être la patrie des droits de la personne, nous disait un sondage. La reine allait inaugurer le musée des droits de la personne et rendrait hommage au pays qui leur accorde tant d’importance.

***

Dans la foule de 100,000 personnes venues en braves sujets devant la reine, il y avait une grosse madame, du type belle-sœur, qui expliqua d’une voix nasillarde qu’elle était ici parce qu’elle était une bonne canadienne française. Elle mit l’accent tonique sur “canadienne française”, montrant bien dans quel sens elle payait de sa personne en venant livrer hommage avec le reste de la foule. Cette dame, bien qu’elle voulait signifier le contraire, montrait à quel point elle soutenait plus un pacte de soumission que d’amitié.

Autant les commentaires officiels déballaient des valeurs sublimes, autant la trame sociologique réelle du Canada éclatait entre les mots. C’est au nom des droits de la personne que l’on a dit que le Québec ne pouvait pas reprendre à son gré une indépendance complète. C’est au nom des droits de la personne que l’on a fait du peuple québécois un peuple limitrophe qui ne possède pas le territoire du Québec, C’est au nom de la personne canadienne qu’on lui a nié le moindre énoncé de droits nationaux. C’est au nom des droits de la personne canadienne que l’on a décrété que la nation québécoise était intrinsèquement conjointe à la grande nation.

C’est au nom des droits de la personne que, dès que ceux-ci sont apparemment lésés au Québec, il se trouve des Canadiens pour répéter que cette malheureuse situation est attribuable à un atavisme français et latin sévissant dans la belle province. Avez-vous entendu ces mêmes Canadiens dire des arrestations arbitraires survenues à Toronto qu’elles s’expliquaient par un atavisme Anglo-saxon ?

Cette idée de faire des droits de la personne l’héritage d’un régime fait, des adversaires de ce régime, des ennemis potentiels de ces droits. C’est la reine qui, symboliquement, installe le musée des droits de la personne sur la place publique et, fatalement, à titre de reine d’Angleterre, c’est en raison de son origine qu’on lui donne l’autorité de parler au nom des droits de la personne.
Ce ne sera qu’une des nombreuses contradictions de ce pays qui se dit émancipé de l’Angleterre et qui a semé les couleurs British sur tant de ces emblèmes et drapeaux provinciaux. Une des uniques provinces à avoir renoncé aux couleurs de l’Angleterre, le Québec, s’est fait souvent reprocher d’avoir un drapeau trop ethnicisant...

On a fait remarquer qu’il s’agissait probablement de l’une des dernières visites du monarque. Le problème, c’est que même si le Canada renonce à la monarchie british, le Fédéral restera le signe de l’alliance des clans canadiens. Il continuera à inspirer le même fanatisme, la même passion orangiste, chaque tribu pouvant être la figure multipliée de la fierté anglo-saxonne au Canada.

Le problème, c’est que la disparition de la monarchie ne va pas enrayer le caractère colonial du Canada. Le Fédéral veut que la province du Québec lui prête une grande puissance. Le décorum entourant le 1er juillet est une manifestation surtout esthétique de cette intention.

Il y avait des dîners de palais prévus le 1er juillet, une réception pour l’arrivée de la reine, un laïus en l’honneur du départ de la vice-reine Michaëlle Jean, son émissaire, qui s’envolait en voyage officiel en Chine. Alors que la gouverneure coloniale allait se promener en Chine, on nous apprenait que la célèbre voyageuse pourra poursuivre sa carrière de célèbre voyageuse, cette fois mandatée par l’Unesco. Elle n’aura qu’à retranscrire ses discours sur les peuplades fusionnées dans l’amour. Elle n’aura qu’à remplacer le mot “Fédéral” par les mots “ solidarité planétaire” et le tour sera joué. Pas la peine d’ailleurs, elle le faisait déjà si souvent.

Le vice-roi dit préférer les mots « canadien-français » car le mot “ Canada “ a tellement plus de grandeur que le mot “ Québec “. Ce qui montre encore une fois la hiérarchie dans ce pays où le Québécois est placé sous la protection de la grande nation unificatrice.

André Savard

Commentaires

  • O, 7 juillet 2010 20h20

    Il y a une certaine Louise, en Alberta, qui prétend que les jeunes Québécois se comportent mal à la Fête nationale sur les Plaines (fédérales) contrairement aux Canadians, bien éduqués, qui se couchent tôt on Canada Day. Aujourd’hui, on apprend une exception :

    http://www.canoe.com/infos/societe/archives/2010/07/20100706-122541.html

    Une dame de 92 ans, à Edmonton, agressée sexuellement par un trentenaire à la Fête du Canada... (tous bien éduqués)

  • Tétraèdre, 7 juillet 2010 11h35

    Au départ ce n’est pas une fête nationale mais une fête fédérale et Ottawa est la capitale fédérale et non pas la capitale nationale . Et cette fête fédérale ou les francophones sont sur-représentés n’est en fait que de la propagande et pas une fête

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