Fédéralisme canadien

Du « fédéralisme rentable » au « fédéralisme masochiste »…

… Ou l’impossible mission de vente du duo de choc de La Presse

Tribune libre de Vigile
jeudi 8 mars 2012
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Il fallait lire dans La Presse d’hier l’éditorial d’André Pratte sur une page, et le billet d’Alain Dubuc en face à face sur l’autre.

Le premier se permettait de donner une leçon de fédéralisme aux premiers ministres Charest et McGuinty, allant même jusqu’à suggérer qu’ils le comprenaient mal ! Et d’inviter ces messieurs à faire preuve d’une plus grande hauteur de vue :

« Néanmoins, on souhaiterait que se trouvent au pays plus d’acteurs politiques capables d’articuler une vision cohérente et constante du fédéralisme canadien, une vision fondée sur des principes plutôt que sur les intérêts politiques à courte vue. »

En effet, tout le monde sait que le poste d’éditorialiste à La Presse investit illico le détenteur de cette charge d’une sagesse infinie et de la capacité de savoir bien mieux que les premiers ministres concernés le genre de fédéralisme qui convient à leurs administrés.

À moins que… Et bien à moins que le genre de fédéralisme que préconise André Pratte soit davantage celui qui convient aux intérêts de son maître, Paul Desmarais. Et lorsqu’on lit la phrase qui conclut son éditorial, l’hypothèse est confirmée :

« Cela permettrait aux Canadiens, en particulier aux Québécois, de mieux comprendre les vertus de cette formule qui n’est pas que querelles entre politiciens. » [Mes caractères gras]

L’approche est si peu subtile qu’elle en devient épaisse et vulgaire, en plus de témoigner d’un mépris profond pour l’auditoire qu’elle cherche à convaincre.

Et comme s’il était nécessaire d’en remettre, Alain Dubuc prend le relais. Regardez-le aller, ce serait brillant si la manœuvre n’était pas si grossièrement transparente :

« Un des grands défauts du fédéralisme canadien, ou de la façon dont on le pratique, c’est qu’il a souvent tendance à infantiliser les provinces et à transformer leurs premiers ministres en ados boudeurs.

On en a eu un exemple lundi, quand le premier ministre Jean Charest, en visite à Toronto, et son homologue ontarien Dalton McGuinty ont tenu une conférence de presse où ils ont accusé le gouvernement fédéral de vouloir pelleter ses problèmes financiers dans la cour des provinces.

C’est une très bonne chose que les provinces collaborent et travaillent ensemble. Le fédéralisme gagne en souplesse et en capacité d’innovation quand les idées viennent d’en bas, plutôt que d’être imposées par le gouvernement central. Mais pour cela, il faut dépasser la solution de facilité qui consiste pour les provinces à s’entendre pour casser du sucre sur le dos du fédéral.

Le Canada est actuellement confronté à plusieurs enjeux nouveaux, difficiles, comme les séquelles de la crise sur les finances publiques, la transformation de l’économie provoquée par le développement pétrolier ou encore le choc des valeurs engendré par l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement réellement conservateur.

Ces questions exigent certainement une réflexion, un débat public. Une « conversation », comme on dit dans les milieux intellectuels anglophones à la mode. Mais cette conversation, pour être utile, doit être adulte. »

Admirez le choix du vocabulaire : infantiliser, ados boudeurs, conversation adulte. Tout pour discréditer les premiers ministres et leur pratique du fédéralisme et illustrer la supériorité de la méthode « Papa a raison »* que maîtrise si bien notre duo de choc.

Cela dit, au-delà du caractère complètement risible de cette démarche simultanée de nos deux fumistes, il faut y voir le signe d’une certaine alarme qui semble les gagner à la perspective de la zone de turbulence majeure dans laquelle le fédéralisme canadien est désormais engagé.

Finie la belle et facile époque du « fédéralisme rentable » où il suffisait d’agiter la menace de la perte des paiements de péréquation ou d’une décote de la note de crédit du Québec (et même Lucien Bouchard a osé utiliser cet épouvantail) pour faire rentrer les Québécois dans le rang.

Voici l’ère du fédéralisme monarchique, militariste, va-t-en guerre, pro-américain à outrance, pro-sioniste à en lécher la carpette, pro-armes à feu, fascisant, anti-Kyoto, bitumineux « au boutte », totalement inculte, anti-gay, anti-avortement, anti-Québec, « mange-canayen », « cheap à mort » et « mean » à souhait !

Par ici les coups de pied au cul !

Vous avez dit « adulte », M. Dubuc. Dans votre vocabulaire personnel, le terme « adulte » aurait-il le même sens que « masochiste » ?

— -

* Du titre d’une série culte de la télévision américaine dans les années 1950 et 1960 qui sous couvert de divertissement distillait tant aux parents qu’aux enfants des principes élémentaires de psychologie imprégnés des valeurs du système américain.

Commentaires

  • jacques h. grenier, 11 mars 2012 16h50

    Le texte de Dubuc dans la Presse de samedi est une attaque de fond contre la Nation Québécoise. Relisez-le et faite le lire. C’est du délire. Il avait probablement pris connaissance des derniers sondages avant nous. ( Pre-emtive strike)

    Jacques H. Grenier

  • 9 mars 2012 12h00

    M. Le Hir,

    Je vous fais parvenir un message que j’ai envoyé à M. Justin Trudeau en février dernier suite à ses déclarations sur sa vision du Canada qui ne reconnaissait plus à cause des conservateurs au pouvoir.

    Je commence à mieux percevoir que malgré mon désir de voir le Québec devenir un pays, il y a des peurs plus ou moins conscientes qui me poussaient encore à espérer une réforme du Canada qui permettrait au Québec de s’assumer pleinement et de maintenir un rapport égalitaire avec le reste du Canada.

    La réponse de M. Justin Trudeau au texte que je lui ai fait parvenir fut que cela ne correspondait pas à sa vision du Canada. Dans mon cas, j’y voyais le dernier espoir de voir un changement des rapports entre les deux peuples fondateurs du Canada dont l’un est soumis à la domination de l’autre.

    Je vois avec encore plus de conviction que le Québec n’a qu’un seul choix pour assurer sa survie et c’est de faire l’indépendance, de créer son propre pays. En ce qui me concerne, fin des ambiguïtés actuelles et des valses hésitations. Justin Trudeau, la prétendue relève politique, par sa réponse à l’ancienne à un problème moderne, rend évident le chemin que les québécois doivent prendre : faire du Québec un pays. Un pays à notre image.

    M. Justin Trudeau, député

    Pour que le Canada devienne Les États Canadiens Unis.

    Vos inquiétudes sur l’avenir du Canada, suite aux gestes politiques posés par les Conservateur, sont à mon avis réelles. Je ne ferai pas un long texte pour exprimer ma pensée. Le Québec, ne restera pas dans le Canada si les conservateurs continuent à appliquer leur idéologie de droite dont les résultats plus que néfastes de cette idéologie se font sentir partout dans le monde et de manière très marquée en Europe. C’est aussi vrai même au USA.

    Il n’y a qu’une seule possibilité pour que le Canada puisse se sortir de cet éclatement éventuel du pays, et c’est une réforme en profondeur. Je pense sincèrement que le Canada devrait devenir ce que j’appellerais Les États Canadiens Unis. Les provinces devenant des États souverains avec ce que cela implique d’être souverain. Certaines provinces pourraient même sur une base volontaire se regrouper pour former un état plus grand et efficace.

    Ainsi, le Québec souverain pourrait enfin assurer pleinement sa survit comme nation en prenant les décisions appropriées dans tous les domaines politiques, juridiques, économiques, immigrations, etc. Ce qui serait également vrai pour les autres états canadiens.

    Un gouvernement représentatif au service des États devra être mis en place pour assumer certaines responsabilités qu’il resterait à définir. Responsabilités qui en aucun moment ne doivent s’opposer à la souveraineté des États canadiens.

    Fondamentalement les québécois souhaiteraient demeurer dans un rapport égalitaire avec le reste du Canada. Il y a des liens historiques qui font que les deux peuples fondateurs ont dans une certaine mesure appris à s’apprécier et à réaliser des choses ensemble.

    Un tel projet, je le crois, serait emballant pour un nouveau parti politique dont vous pourriez prendre la tête. Il faut comprendre que même le Parti Libéral du Canada, est dans l’impossibilité d’emmener les changements politiques nécessaires à un renouvellement du Canada dans lequel le Québec y trouverait sa place et continuerait à jouer un rôle majeur dans un rapport de force égalitaire et non plus comme nation dépendante des décisions d’une autre nation. Ça, je pense que vous le savez ou sinon vous le découvrirez un jour ou l’autre. C’est un parti sclérosé, prisonnier de valeurs anciennes, moins idéologique que les conservateurs, mais que certaines forces maintiennent dans un état de soumission à leurs diktats dont une de leurs valeurs est le maintient du Québec dans un état de domination et de dépendance. Une nation sans contenu et incapable d’agir dans son intérêt.

    En espérant que vous aurez au moins pris le temps de me lire.

    En tout respect.

    Merci et bonne journée.

    François Tremblay

  • L&8217;engagé, 8 mars 2012 23h07

    Y A comme une grosse contradiction...

    Ou on donne le pouvoir aux gens et les moyens d’atteindre leurs buts ou alors on ne leur en donne pas.

    Si on donne un pouvoir (et la taxation qui va avec), on doit alors dire à « l’adulte » de fermer sa gueule et de travailler pour obtenir ce qu’il veut, puisqu’il en a désormais les moyens.

    Mais si on réduit quelqu’un à l’impuissance, si on agit à sa place, alors tout ce que cette personne peut faire, c’est chialer. C’est tout ce qui lui reste.

    Pratte se plaint donc que l’on chiale et que l’on n’est donc pas adulte... Mais en même temps il ne fait pas la démonstration que les provinces sont gagnantes de l’existence d’un régime fédéral.

    Pratte prétend donc qu’il est mieux d’être privé de moyen et de se taire. C’est à cette condition que le fédéralisme fonctionne ? C’est cela, les grandes valeurs supérieures ?

    Qu’est que ça voudrait dire « faire fonctionner la fédération » sinon que de s’entendre avec nos partenaires actuels, pour mettre la hache dedans ?

    Où le fédéral est capturé pour une région au détriment des autres, ou le fédéral travaille pour lui seul, au détriment des provinces.

    Le fédéralisme, c’est bon pour la poste, les douanes et peut-être la gestion de quelques accords légaux. Pour le reste, c’est une perte de ressources et d’énergie. Comment peux-tu maintenir l’unité pour un pays aussi gros et aussi économiquement disparate ?

  • 8 mars 2012 19h58

    Monsieur Le Hir

    Ce sont les Québécois qui mériteraient des coups de pieds au cul pour vouloir continuer de demeurer dans ce pays méprisant à notre égard. Du vrai masochisme collectif hérité de la religion catholique qui n’avait d’égard que pour nos colonisateurs anglos et leur establishment économique.

    André Gignac 8/3/12

  • PP (Papy pour le Pays), 8 mars 2012 14h16

    Et vlan, Monsieur Le Hir !
    Non seulement il convient de dénoncer comme vous le faites ces fédéralistes moralisateurs, mais il m’apparaît essentiel pour l’avenir de notre Cause de les obliger à sortir de leur tanière et à nous faire part de LEUR vision de l’avenir du Québec, pour peu qu’ils en aient une...
    Car mon impression est que ces gens-là surfent depuis trop longtemps sur la vague anti-séparatiste sans jamais nous proposer de solutions véritables aux problèmes actuels.
    Ils dissimulent leur silence sous le prétexte que la population québécoise est "tannée" d’entendre parler des relations fédérales-provinciales depuis l’échec du référendum de 1995.
    La vérité, c’est que chaque fois qu’ils font mine de proposer des solutions, ils se font aussitôt rabrouer par leurs homologues "Canadian". (André Pratte l’a appris à ses dépens il y a quelques années...)
    Coincée désormais entre l’arbre et l’écorce, "l’idée fédéraliste", comme certains l’appellent, ressemble de plus en plus à une peau de chagrin qui se rétrécit à mesure que les conservateurs, qui règnent en maîtres à Ottawa, nous imposent chaque jour un peu plus LEUR vision à eux d’un Canada dans lequel le Québec n’a plus un mot à dire.
    À mon avis, c’est d’états généraux sur l’AVENIR (plutôt que sur la souveraineté) du Québec dont nous avons désespérément besoin : la peur changerait alors de camp !
    Les fédéralistes s’y ridiculiseraient obligatoirement à cause de l’inanité de leurs idées...
    Je ne peux que vous encourager à continuer de démonter publiquement les arguments des adversaires de l’indépendance, afin que la population du Québec se rende bien compte que le seul choix qu’il nous reste à brève échéance, c’est de nous mettre à plat ventre ou de nous tenir debout.
    Bravo pour vos efforts en vue de nous donner enfin un pays !
    Cordialement,

    Normand PAIEMENT

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