Il fallait lire dans La Presse d’hier l’éditorial d’André Pratte sur une page, et le billet d’Alain Dubuc en face à face sur l’autre.
Le premier se permettait de donner une leçon de fédéralisme aux premiers ministres Charest et McGuinty, allant même jusqu’à suggérer qu’ils le comprenaient mal ! Et d’inviter ces messieurs à faire preuve d’une plus grande hauteur de vue :
« Néanmoins, on souhaiterait que se trouvent au pays plus d’acteurs politiques capables d’articuler une vision cohérente et constante du fédéralisme canadien, une vision fondée sur des principes plutôt que sur les intérêts politiques à courte vue. »
En effet, tout le monde sait que le poste d’éditorialiste à La Presse investit illico le détenteur de cette charge d’une sagesse infinie et de la capacité de savoir bien mieux que les premiers ministres concernés le genre de fédéralisme qui convient à leurs administrés.
À moins que… Et bien à moins que le genre de fédéralisme que préconise André Pratte soit davantage celui qui convient aux intérêts de son maître, Paul Desmarais. Et lorsqu’on lit la phrase qui conclut son éditorial, l’hypothèse est confirmée :
« Cela permettrait aux Canadiens, en particulier aux Québécois, de mieux comprendre les vertus de cette formule qui n’est pas que querelles entre politiciens. » [Mes caractères gras]
L’approche est si peu subtile qu’elle en devient épaisse et vulgaire, en plus de témoigner d’un mépris profond pour l’auditoire qu’elle cherche à convaincre.
Et comme s’il était nécessaire d’en remettre, Alain Dubuc prend le relais. Regardez-le aller, ce serait brillant si la manœuvre n’était pas si grossièrement transparente :
« Un des grands défauts du fédéralisme canadien, ou de la façon dont on le pratique, c’est qu’il a souvent tendance à infantiliser les provinces et à transformer leurs premiers ministres en ados boudeurs.
On en a eu un exemple lundi, quand le premier ministre Jean Charest, en visite à Toronto, et son homologue ontarien Dalton McGuinty ont tenu une conférence de presse où ils ont accusé le gouvernement fédéral de vouloir pelleter ses problèmes financiers dans la cour des provinces.
C’est une très bonne chose que les provinces collaborent et travaillent ensemble. Le fédéralisme gagne en souplesse et en capacité d’innovation quand les idées viennent d’en bas, plutôt que d’être imposées par le gouvernement central. Mais pour cela, il faut dépasser la solution de facilité qui consiste pour les provinces à s’entendre pour casser du sucre sur le dos du fédéral.
Le Canada est actuellement confronté à plusieurs enjeux nouveaux, difficiles, comme les séquelles de la crise sur les finances publiques, la transformation de l’économie provoquée par le développement pétrolier ou encore le choc des valeurs engendré par l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement réellement conservateur.
Ces questions exigent certainement une réflexion, un débat public. Une « conversation », comme on dit dans les milieux intellectuels anglophones à la mode. Mais cette conversation, pour être utile, doit être adulte. »
Admirez le choix du vocabulaire : infantiliser, ados boudeurs, conversation adulte. Tout pour discréditer les premiers ministres et leur pratique du fédéralisme et illustrer la supériorité de la méthode « Papa a raison »* que maîtrise si bien notre duo de choc.
Cela dit, au-delà du caractère complètement risible de cette démarche simultanée de nos deux fumistes, il faut y voir le signe d’une certaine alarme qui semble les gagner à la perspective de la zone de turbulence majeure dans laquelle le fédéralisme canadien est désormais engagé.
Finie la belle et facile époque du « fédéralisme rentable » où il suffisait d’agiter la menace de la perte des paiements de péréquation ou d’une décote de la note de crédit du Québec (et même Lucien Bouchard a osé utiliser cet épouvantail) pour faire rentrer les Québécois dans le rang.
Voici l’ère du fédéralisme monarchique, militariste, va-t-en guerre, pro-américain à outrance, pro-sioniste à en lécher la carpette, pro-armes à feu, fascisant, anti-Kyoto, bitumineux « au boutte », totalement inculte, anti-gay, anti-avortement, anti-Québec, « mange-canayen », « cheap à mort » et « mean » à souhait !
Par ici les coups de pied au cul !
Vous avez dit « adulte », M. Dubuc. Dans votre vocabulaire personnel, le terme « adulte » aurait-il le même sens que « masochiste » ?
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* Du titre d’une série culte de la télévision américaine dans les années 1950 et 1960 qui sous couvert de divertissement distillait tant aux parents qu’aux enfants des principes élémentaires de psychologie imprégnés des valeurs du système américain.


