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Rhode-Saint-Génèse - Au premier abord, les panneaux de signalisation et les enseignes bilingues des magasins semblent suggérer que la cohabitation linguistique ne pose aucun problème à Rhode-Saint-Genèse.
La population de cette petite commune belge située au sud de Bruxelles, dans une région verdoyante à cheval entre la Flandre, néerlandophone, et la Wallonie, francophone, connaît néanmoins son lot de tiraillements.
La mairesse, Myriam Delacroix-Rolin, une francophone, affirme que la région flamande - dont relève la commune - ne cesse d’exercer des pressions pour restreindre les droits de la population francophone locale, pourtant majoritaire.
"Le but, c’est de nous décourager", estime la politicienne de 55 ans, qui s’irrite du fait que son administration ne peut plus envoyer d’emblée aux francophones des documents rédigés dans leur langue. Elle doit les envoyer en flamand, et ceux qui les veulent en français doivent en faire la demande.
Autre exemple : même si les deux tiers des membres du conseil municipal sont francophones, la seule langue autorisée aux séances du conseil est le flamand, et un inspecteur est régulièrement délégué pour garantir que c’est le cas, dit-elle.
Noémie Vandenborne, francophone de souche, relate qu’elle a été renvoyée d’un bureau d’assurance emploi il y a quelques semaines parce qu’elle ne parlait pas correctement le néerlandais. "On a la hargne quand un truc comme ça arrive", souligne cette femme de 37 ans, mère de deux jeunes enfants.
Trop critiques, ces francophones ? C’est en tout cas ce que croit Tanja Berghmans, une néerlandophone qui travaille dans une pâtisserie de la commune. "Si je vais vivre en Wallonie, je ne vais pas demander à être servie en néerlandais", souligne cette femme de 34 ans dans un français parfait. La commune, dit-elle, a toujours été néerlandophone et doit le rester.
Plus de décentralisation
L’évolution linguistique des communes situées en périphérie de Bruxelles, capitale francophone enclavée en région flamande, suscite beaucoup d’attention. Les partis flamands réclament un redécoupage électoral qui renforcerait le caractère flamand de la couronne bruxelloise, de plus en plus populaire auprès de familles francophones qui fuient les hauts loyers de la capitale. Ils en font d’ailleurs une condition sine qua non à toute entente de coalition.
Selon Jean Faniel, politologue à l’Université libre de Bruxelles, cet enjeu a pris une "importance démesurée" dans les discussions. La véritable source du blocage actuel est ailleurs, dit-il. Les élus flamands, motivés par leur désir d’émancipation culturelle et renforcés par la vigueur de leur économie, réclament une nouvelle décentralisation des pouvoirs dans des secteurs névralgiques, comme la justice et la santé. Les élus wallons, qui craignent à terme la dissolution pure et simple de l’État fédéral, se montrent réticents.
Les chrétiens-démocrates flamands, associés à un petit parti indépendantiste, le NVA, ont tenté en vain, après avoir remporté les élections, de former une coalition fonctionnelle avec leur pendant wallon, mais les négociations ont achoppé fin août. Un "explorateur" désigné par le roi Albert II tente depuis de rapprocher les parties.
L’impasse favorise la polarisation des esprits côté flamand, où le Vlams Belang, puissant parti d’extrême droite, réclame depuis des années "l’euthanasie de la Belgique". Un récent sondage indique que près de la moitié de la population néerlandophone serait désormais favorable à la séparation.
Mark Demesmaeker, député du NVA, juge que la scission des deux régions est inéluctable. "Nous sommes sur deux planètes distinctes. Nous ne nous connaissons plus", indique cet ancien journaliste de 49 ans, qui décrit la crise comme un "moment historique".
Son enthousiasme est loin de faire l’unanimité en Flandre. Encore moins en Wallonie et à Bruxelles, où plusieurs résidants ont placé des drapeaux belges devant leurs fenêtres pour souligner leur attachement au pays. Cette semaine, une pétition défendant l’unité nationale, signée par des personnalités connues des deux côtés de la frontière linguistique, a été mise en circulation.
Bruxelles au coeur du problème
Les journaux se lancent aussi dans la mêlée. L’un d’eux a offert à ses lecteurs, il y a quelques jours, un autocollant où l’on pouvait lire "Un pour tous, tous pour un !", invitant ses lecteurs à faire un geste pour "sauver la Belgique".
Selon Jean Faniel, plusieurs facteurs rendent improbable, du moins à court terme, l’éclatement du pays.
L’Union européenne, qui n’a aucune envie d’ouvrir la boîte de Pandore des mouvements autonomistes (catalan, basque, corse, etc.), n’est pas chaude à l’idée d’une Flandre indépendante.
La situation de Bruxelles, coeur économique et politique du pays, constitue un autre frein puissant. Les indépendantistes flamands souhaitent en faire le coeur de leur futur État mais reconnaissent que, en raison des 80% de francophones qui y vivent, un tel scénario est peu probable à court terme.
Mme Delacroix-Rolin est convaincue que les nationalistes flamands cherchent à accroître la présence néerlandophone dans la région bruxelloise afin d’asseoir leurs prétentions territoriales sur la capitale en cas de scission.
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Thibodeau, Marc

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