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Dilution francophone
Question : des 68 États et gouvernements membres de la Francophonie, combien ont le français comme langue officielle ? Réponse : 32.
Jean-Marc Salvet
Éditorial - Le Soleil
mercredi 21 novembre 2007


Question : des 68 États et gouvernements membres de la Francophonie, combien ont le français comme langue officielle ? Réponse : 32. Moins de la moitié ! Aujourd’hui, la France s’égare en plaidant pour un nouvel élargissement de l’Organisation internationale de la Francophonie à des pays non-francophones.

Le XIIe Sommet de la Francophonie sera l’événement qui fera le plus parler du 400e anniversaire de Québec à l’étranger lorsqu’il s’ouvrira, en octobre prochain.

Ce rendez-vous international sera une source de fierté pour certains, en même temps qu’il apparaîtra comme un inutile casse-tête pour d’autres. Pensons au périmètre de sécurité et aux difficultés de circulation.

Le gouvernement du Québec souhaite que ce Ssommet soit l’occasion d’un renouveau. Tous les pays francophones devraient le souhaiter, car la Francophonie vivote davantage qu’elle n’exerce de leadership depuis quelque temps.

Grâce au Québec, au Canada et à la France, elle a été en pointe dans la défense de la diversité culturelle. Très bien.

Mais depuis, elle se cherche. Elle s’interroge.

À preuve, ce débat qui n’en finit plus de finir sur son élargissement.

L’Organisation internationale de la Francophonie s’est trop dispersée. Elle est devenue une petite ONU. Nous avons déjà dénoncé cette frénésie.

Nous nous sommes demandés ce que la Bulgarie, la Pologne, l’Albanie, le Laos et d’autres pouvaient bien faire là — le Laos où sont réunis les ministres de la Francophonie pour préparer la rencontre de Québec.

Le secrétaire d’État français à la Francophonie, Jean-Marie Bockel, veut malheureusement en rajouter une couche. Il espère que des pays comme l’Angola, la Thaïlande et Israël, ainsi que d’autres États arabophones et hispanophones, se joindront au club francophone.

Si ce nouvel élargissement devait se concrétiser, il faudrait se demander ce que la Francophonie veut devenir. Il faudrait aussi tirer les conclusions qui s’imposent et changer son nom !

Le gouvernement du Québec a raison : avant d’élargir, il faut approfondir. Sans approfondissement, la dilution ira en augmentant.

Que cherche le gouvernement français ? À apparaître comme le leader politique d’un groupe toujours plus grand ?

Cette volonté d’élargissement est en tout cas étrange venant d’un pays estimant que l’Union européenne ne peut intégrer la Turquie parce qu’une grande partie de son territoire n’est pas en Europe ! La France dit craindre une nouvelle dilution de l’UE…

Mais peut-être faudra-t-il se résigner à ce que la Francophonie ne soit que le noyau dur de cette famille élargie. Il est vrai que les thèmes des Sommets ne sont plus proprement francophones et qu’il est difficile qu’ils le soient.

C’est ce que révèlent les trois thèmes (il faut désormais dire les « enjeux ») à l’étude pour le Sommet de Québec. La langue française devrait être l’un d’eux. Ce qui nous réjouit, même s’il est évident qu’il a été choisi pour donner le change à ceux qui s’inquiètent de la trop grande dispersion de la Francophonie.

Le second enjeu, celui de la « gouvernance et de la démocratie », paraît naturel pour une organisation comptant de nombreux pays pauvres.

Le troisième enjeu, lui, n’a rien à voir avec la Francophonie, mais il est souhaitable que l’ensemble francophone s’y penche : c’est celui de l’environnement.

Parions qu’il ne sera pas question de Kyoto, pour éviter de froisser le gouvernement Harper. Mais il faut au moins qu’on y parle de changements climatiques. Dès lors qu’on décide de discuter d’environnement, c’est un minimum.

Même si nous déplorons la dilution de l’Organisation internationale de la Francophonie, ces trois enjeux annoncent tout de même un Sommet intéressant.

Reste à voir s’il sera constructif.

- source


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