La courte visite de Dieudonné au Québec aura été l’occasion pour les journalistes de prendre contact avec une des figures humoristico-politiques les plus colorées de notre époque. Dieu sait que le Québec aime les humoristes. Comme Molière en son temps, Dieudonné ne manque jamais de soulever la controverse en disant des vérités que d’aucuns ne trouveraient pas bonnes à dire. Grâce à son sens de la communication couplé à des valeurs républicaines avérées, nous devons beaucoup à Dieudonné. Premièrement de pouvoir faire passer des vérités lourdes (parfois moins lourdes), un peu comme un Yvon Deschamps encore vert osait le faire, en forçant notre sourire. C’est déjà beaucoup.
Deuxièmement, les élections européennes faisaient bailler. Aucun enjeu à l’horizon car, risiblement, ce parlement n’a pas de pouvoir. Autant utiliser ces élections pour quelque chose. Dieudonné y a vu. Le vote du 7 juin, ouf ! terne et sans éclat. Or, grâce à un Dieudonné inspiré, ces élections discrètes auront sorti du sommeil la presse bien pensante. Désormais ameutée et bon nombre d’électeurs avec, les voici sortis de la somnolence. En se lançant avec Alain Soral et de nombreux autres dans une campagne antisioniste qui ratisse de l’extrême gauche à l’extrême droite, Dieudonné aura sonné le tocsin . De réunir la France de gauche et celle de droite sous la bannière républicaine, je ne sais pas pour vous, mais pour moi c’est un tour de force qui ne se produit qu’une fois dans le siècle !!! Forcément, ça fait jaser... à gauche et à droite. Esprit révolutionnaire oblige ! Chambardement de la gauche et de la droite, comme cela arrive tous les deux siècles et demi... Ce renouveau républicain qui se fait insistant sur l’égalité, la liberté et la fraternité pourrait être la meilleure nouvelle qui arrive au nouvement indépendantiste québécois depuis des lunes.
Nous devons à Dieudonné la générosité. Celle d’avoir sorti de l’ombre, de l’ostracisme le plus outrancier un intellectuel universitaire banni comme un lépreux. Comme si sa parole était contagieuse, comme si la parole tuait comme une bombe au phosphore peut le faire. Faurisson était un exclu. Ce Noir, Dieudonné, aura permis par sa charité de sortir cet humain du placard et de rendre audible sa voix qui nie la traite de Noirs, quelqu’un qui nie Goré. Faurisson a des idées particulières, à chacun de se faire son opinion en le lisant dans le texte, ce qui est l’inverse de répéter ce que les uns et les autres disent de Faurisson. Car, plus vrai que jamais, personne ne peut savoir ce que dit vraiment Robert Faurisson sans lire Robert Faurisson dans le texte. C’est la triste conséquence du délit d’opinion (instauré par une loi de nos démocraties contemporaines) d’obliger le libre penseur (en fait le simple citoyen qui veut faire l’effort de penser) à aller vérifier aux sources, si il ne se satisfait pas du jugement de l’État en matière d’idées. Mais qui ne le ferait pas sans être le clone d’une victime de la propagande stalinienne, hitlérienne... ? Ceux qui ont tant à dire contre le stalinisme et les régimes totalitaires, la chance vous est désormais offerte de jouer la carte de la liberté !
Nous devons à Dieudonné de résister à la bienpensance qui nous accâble. En particulier, celle qui, ici au Québec, aura pu miner unanimement, sans l’entendre, la réputation d’un citoyen hautement respectable en le faisant condamner pour antisémitisme par une assemblée nationale qui, en agissant sottement de la sorte, n’avait plus rien de nationale mais agissant plutôt à la solde... de qui ??? Certainement pas dans le meilleur intérêt du Québec.
Nous devons à Dieudonné l’audace et le courage dont il fait preuve, une grandeur qui l’honore dans la modestie d’un véritable humanisme. Nous lui devons d’inspirer les gens ordinaires à s’élever au-delà de l’ordinaire, dans le calme et la sérénité que ses talents de communicateur lui donnent.
Tout un spectacle. Du rire à la réflexion et de la réflexion au rire. Pour adultes seulement, il faut le préciser. Face à la France de Sarkosy qui nous jette à terre, celle de Dieudonné pourrait être à la source d’un espoir considérable. Qui sait ?
Gilles Verrier


