Dieudonné - Bouffon de cour

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jeudi 14 juin 2007

Mélissa Proulx - L’irréductible Dieudonné traverse à nouveau l’océan, cette fois pour présenter son "Best of", un spectacle inédit qu’il offre aux Québécois sur un plateau brûlant. Entretien.

Sur l’affiche de son plus récent spectacle solo, "Best of", Dieudonné - Dieudo pour les sympathisants - arbore la fameuse crête de Mister T, le héros de son adolescence. Décidément, l’humoriste français a un goût pour tout ce qui est dans le feu de l’action.

En effet, le controversé personnage a eu son lot de polémiques : après un sketch où il apparaissait en Juif orthodoxe sur un plateau de télé en 2003, il a été largement critiqué sur la place publique, taxé d’antisémitisme et poursuivi en justice. En 2006 et 2007, il a sympathisé avec Jean-Marie Le Pen, ses proches et les idées du Front National. Définitivement, pour plusieurs, l’homme ne fait plus du tout rire. "Mon camarade Claude Nougaro, chanteur et poète français qui nous a quitté il y a quelques années, me disait "Dieudonné, tu resteras esclave de ta liberté". Et c’est vrai, je me sens enchaîné à cette liberté d’expression. Pour moi, il faut tout dire et c’est salutaire pour le débat et pour le progrès de l’homme dans la société", tranche l’homme de 41 ans, étonnamment posé au bout du fil.

Avec ses numéros sur le port du voile, les politiques internes israéliennes, les Juifs, les événements du 11 septembre et les animaux en voie de disparation, Dieudonné aime toucher là où ça fait mal. "J’ai une aventure humoristique qui correspond au pays où j’ai grandi, la France. Je m’inscris dans une vieille tradition du bouffon à la cour, qui énonçait par le rire les questions assez lourdes et graves et qui ouvraient les débats", se défend-il simplement.

S’il est convaincu qu’il faille en rire, il n’en reste pas moins qu’une majorité intellectuelle et médiatique française lui a inéluctablement tourné le dos, qualifiant ses sketches de mauvais goût, voire de diffamatoires. "Je me suis heurté au monde marchand, au monde de l’argent, de l’apparence, de la puissance, des paillettes et des strass, du showbusiness... Et bon, je ne vais pas cracher dans la soupe, je suis toujours à la frontière des deux mondes. Cette frontière qui divise le monde des stars et du peuple ne m’intéresse pas. L’inspiration pour moi n’est que populaire ; je ne trouve aucune inspiration dans le monde de la haute bourgeoisie artistique."

Celui qui aborde les sujets politiques sur scène s’est aussi frotté à l’exercice électoral en formant le parti Les Utopistes, qui regroupe des artistes de la région de Dreux, récoltant 8 % des suffrages en 1997. Son aventure s’est poursuivie jusqu’en 2002 aux élections présidentielles, où il n’a pas su récolter les signatures nécessaires à poser une candidature valide. Politique et humour, même bataille ? "Non. Je suis profondément un artiste de scène qui se passionne pour la philosophie, la politique, la sociologie. Je n’aurai jamais de postes à responsabilité, mais je resterai responsable de l’opposition ; je critiquerai et défendrai mon droit à la critique. Mais je ne serai jamais du côté du pouvoir, je préfère la liberté de l’artiste."

Ayant mis un point final à la carrière politique, Dieudonné ferme également un chapitre avec son "Best of". Il a ainsi pigé dans les 10 années de carrière solo pour sélectionner les sketchs les plus marquants, dont celui du port du voile - faisant selon lui écho aux questions actuelles du Québec sur les "accommodements raisonnables" - ainsi que La Fine équipe du 11, où il personnifie Mollah Jean-Christophe lors du briefing technique post-attentats du 11 septembre. "J’ai envie de conclure cette période pour me mettre à l’écriture, notamment de reportages humanitaires, dont celui des Pygmées", annonce Dieudonné, faisant allusion au documentaire sur les Pygmées du Cameroun qu’il a réalisé et qu’il compte présenter au Québec. J’aimerais créer des rencontres étonnantes entre les peuples : des Aborigènes, des Inuits, mais aussi des New-Yorkais, des Montréalais", conclut-il à propos de ce nouveau projet.

Du 20 au 22 juin

Au National

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C.V.

Né d’une mère bretonne et d’un père camerounais, Dieudonné a grandi dans une banlieue parisienne où il exercera plusieurs métiers reliés au domaine de la vente avant de joindre le monde du spectacle. D’abord seul, il forme un duo avec Élie Semoun en 1991, qui l’emmènera à triompher au Palais des Glaces en 1996. Le tandem est connu pour traiter du racisme et de l’exclusion ; l’un jouant le Noir, l’autre le Juif. Le "bouffon humaniste" retourne à une carrière solo en 1997, après avoir acquis son théâtre - La Main d’or (1990) -, mis sur pied la société Bonnie Production (1993) et la maison Merlin Éditions (1995). En parallèle des spectacles solo qui se succèdent, Dieudonné débute une carrière cinématographique dans le film Didier d’Alain Chabat (1996). Suivront des rôles dans plusieurs comédies dont Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre (2002). Il forme son parti politique à Dreux en 1997 et connaît quelques soubresauts pour finalement se présenter aux présidentielles en 2002, sans récolter les signatures nécessaires à son inscription. "Best of", qui suit Dépôt de Bilan (2006), est son septième spectacle solo.

Légende photo : Dieudonné : "Je ne serai jamais du côté du pouvoir, je préfère la liberté de l’artiste."

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