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"Il y a dans la vie d’un peuple des instants où son destin semble hésiter : rares moments de détresse et de grandeur où le fléau de la balance oscille. Qu’une volonté charge l’un des plateaux et le fléau s’incline, même imperceptiblement, vers la vie ou vers la mort..."
Jacques Soustelle, in Histoire de la libération, par Robert Aron, Paris, Fayard, 1959, p. 248.
             
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Devenir Québécois
Une nation comme la nôtre vaut-elle la peine d’être continuée ?
John Metcalfe
Tribune libre de Vigile
jeudi 7 février 2008      231 visites


Le dernier forum de la commission Taylor-Bouchard est bien à l’image du Québec qui se gave de mots pour éviter de faire face à ses responsabilités et pour éviter de chercher à sortir de son destin de subordonné accroché au Canada-Anglais.

Ne voyait-on pas ce soir même au dernier forum de la commission Taylor-Bouchard l’exemple de ce curieux naufrage ?

Au lieu de parler de l’identité québécoise et de la nécessité de l’imposer aux immigrants, on a tenu de longs, vides, convenus et niais propos sur l’égalité qui ne pose toutefois aucun problème. Ce thème de l’égalité déjà acquise s’est tout simplement substitué à la question initiale qui portait sur les moyens de québéciser les immigrants.

Devenir Québécois ne semble pas si facile que devenir Canadien où la nationalité est accordée à tout un chacun sans qu’il soit nécessaire de faire le moindre effort pour renoncer à son passeport et à sa culture d’origine. Il suffit de vouloir devenir « Américain » d’un côté de la frontière ou l’autre, peu importe, - tout en restant ce qu’on est, ce qui est à la portée d’à peu près n’importe qui.

Devenir Québécois est plus difficile. Non que les Québécois soient racistes, bien au contraire. Ils semblent avoir hérité du vieux modèle amérindien, où les nations décimées par les guerres et les épidémies se renflouaient en adoptant leurs prisonniers, au lieu de les envoyer au poteau de torture. Il suffisait d’une femme qui en veuille pour fils ou pour mari.

C’est de cette façon que le peuple canadien français s’est enrichi au XIXe et au XXe siècle, de divers patronymes irlandais et allemand, italien, etc. et qu’il existe aujourd’hui nombre de petits québécois, jaunes, rouges ou noirs, « tous aimés, tous beaux ». Un Québécois, issu de Canadien-Français, ou de Canadienne-Française, ou « pure laine », ça ne se reconnaît pas à l’œil, mais à l’oreille, et il y faut avoir été plongé dedans quand on était petit.

Derrière le patronyme ou le faciès de ces Québécois un peu caille, se cache souvent une mère canadienne française, mais pas nécessairement, et le résultat n’est de toute façon pas garanti.

Il n’est pas facile de devenir Québécois, parce qu’en plus d’être tombé dedans, il faut s’y reconnaître. Qui est Québécois ? Tout le monde qui veut et qui veut s’intégrer au Québec par la connaissance de sa langue, de sa culture, de son histoire. Or, il s’en trouve même qui en sont, qui ne sont pas tombés dedans quand ils étaient petits, qui ont développé un sentiment d’appartenance et qui ont tissé des liens affectifs avec le Québec.

La culture se définit non pas par quelque distinction originaire mais par sa puissance d’intégration. Les Français ne descendent pas tous des Gaulois. Dans les solidarités nationales comptent le choix des personnes, l’acceptation ou l’élection d’une identité. Pourquoi la « culture de convergence » ne privilégierait-elle pas les Canadiens français au détriment des autres groupes ethniques ?

En effet, il y a une centaine de dites « communautés culturelles » sur l’île de Montréal ; laquelle est mieux en mesure d’offrir une culture de convergence où puissent se fondre tranquillement et mine de rien les enfants d’immigrants, pour se découvrir ensuite, ou se choisir, aussi Québécois que les autres. Encore faudrait-il que cette culture vaille de se reproduire. Une nation comme la nôtre vaut-elle la peine d’être continuée ?

Le politique est structuré par un principe d’opposition : nous/eux dans un contexte civilisé et selon l’éthique communicationnelle : nous/vous. (« Nous les fédéralistes/eux (vous) les séparatistes ; nous les souverainistes /eux (vous) les férérastes »). Pour trouver un « nous » politique totalisant, il faut remonter jusqu’aux principes abstraits de la démocratie : nous sommes pour l’égalité et la liberté – sans préjuger de ce que chacun y met comme contenu – et nous refusons de laisser arbitrer nos conflits par les armes. En deça de quoi, il n’y a plus d’identité politique commune (aux adversaires, s’entend).

La nation est historique, ce qui inclut à la fois le culturel et le politique. La nation est une réalité, ni ethnique, ni civique, mais historique à laquelle les descendants d’immigrants seraient destinés à s’identifier. Si la nation se meurt faute de conscience de soi et par anémie démographique, mieux vaudrait la débrancher au plus vite, pour s’occuper plutôt de la « société distincte ».

Une nation comme la nôtre vaut-elle la peine d’être continuée ?

Je soumets, je mets sur la table une contre-réforme : l’assimilation, comme destin normal et nécessaire de la majorité des enfants et petits-enfants d’immigrants. Ceux-ci n’ont pas tous des raisons précises de vouloir transmettre à leur descendance une identité singulière ; plusieurs pourraient être satisfaits de voir leurs enfants s’enquébécoiser, si c’était la norme.

C’est pensable, certes, mais possible ? À écouter le dernier forum de la commission Taylor-Bouchard, on ne peut qu’être pessimiste.










Numéro Mai 2008


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