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« [L’indépendance] est le contraire politique de l’autonomie, même si, sur un plan historique, on peut la considérer comme son prolongement. Il n’y a rien de commun entre un séparatiste et un autonomiste : l’un veut la sécession du Québec, l’autre veut sa participation, plus ou moins intégrée, à la Confédération. »   Hubert Aquin
             
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Deux premiers ministres en goguette
Lise Payette
Le Journal de Montréal
lundi 10 juillet 2006


Jean Charest s’en mord encore les doigts. S’il avait tourné sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler, il n’aurait jamais dit ce qu’il a dit. Il a profité de sa présence devant les caméras de la télévision française pour confirmer ce qu’une majorité de Québécois sait depuis longtemps, que le Québec a les moyens de ses ambitions et qu’il a les moyens de réaliser sa souveraineté.

On peut se demander quelle mouche l’a piqué, lui qui a fait toute sa carrière politique en affirmant le contraire. À moins que les journalistes français ne lui aient donné une petite dose de sérum de vérité avant l’entrevue, sa déclaration n’a pas fini de faire couler l’encre.

Ce qui amènerait à penser que c’est quand il dit le contraire qu’il ment. Et que s’il nous confiait à nous le fond de sa pensée, nous aurions un premier ministre souverainiste et néanmoins libéral, ce qui ouvrirait une option intéressante dans le débat qui s’éternise chez nous. Nous aurions trois partis souverainistes à la prochaine élection. Intéressant, non ?

Il est quand même étonnant de constater que c’est quand ils sont à l’étranger que nos premiers ministres se livrent à coeur ouvert. Comme s’ils ne nous considéraient pas assez intelligents pour entendre la vérité. Face à ceux qui doivent les élire, ils préfèrent raconter n’importe quoi, même les mensonges les plus éhontés, la main sur le coeur et sans sourciller. Ils arrivent même parfois à dire une chose et son contraire dans la même phrase avec toute l’effronterie dont ils sont capables.

Harper en spectacle

Stephen Harper était à l’affiche à Washington pendant que Charest livrait son message à Paris. Il était en vedette dans une adaptation de La Visite du Roi mage.

17 milliards. C’est le prix des cadeaux que le Roi mage a livrés au président américain. Plus un règlement du dossier du bois d’oeuvre dont personne ne veut de ce côté-ci de la frontière, plus l’abandon de l’entente de Kyoto, plus la présence des soldats canadiens en Afghanistan jusqu’en 2009 si tout va bien, et bien plus si ça va mal.

Le Canada aura maintenant une armée bien équipée, avec avions, hélicoptères, bateaux, camions et bombes, prête enfin à faire les guerres des Américains.

Le menton rentré, l’air soumis, le premier ministre canadien a savouré son moment de gloire, renforcé par la façon affectueuse de George W. de l’appeler par son petit nom. Stephen par-ci, Steve par-là. À 20 milliards, il l’aurait appelé dear.

Il reste à voir comment Stephen Harper va réagir aux déclarations de son grand ami fédéraliste, Jean Charest.

Une petite gêne

En regardant les dernières sorties de ces deux premiers ministres, je me suis dit que ce n’était pas étonnant que le Canada et le Québec soient des terres si fertiles pour le multiculturalisme. Un événement sportif aura suffi à faire revivre chez les Québécois, comme chez certains Canadiens, la fierté d’être d’origine française, portugaise, italienne, espagnole, brésilienne, allemande, argentine ou anglaise, et toutes les autres.

Les drapeaux venus d’ailleurs sont descendus dans nos rues. Ils ont rallié les gagnants comme les perdants autour d’un ballon. C’était assez troublant. Le comportement de nos premiers ministres n’aura pas fait vibrer nos fibres patriotiques autant qu’un ballon de soccer. Pas de drapeau québécois pour fêter le revirement de Jean Charest et pas de drapeau canadien pour soutenir Stephen Harper.

Au lieu de dépenser des milliards pour les jouets de l’armée, on aurait peut-être dû investir dans l’achat de ballons.




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