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Deux innocents à Ottawa
La conduite irréprochable de Jean Chrétien et de Jean Pelletier
Robert Barberis-Gervais
Tribune libre de Vigile
dimanche 29 juin 2008      162 visites      1 message


Dans une libre opinion publiée dans La Presse du dimanche 28 juin, Me Peter K. Doody, un des avocats de l’ancien premier ministre du Canada Jean Chrétien commente le jugement du juge Teitelbaum. Il écrit : MM. Chrétien et Pelletier s’adressent aux tribunaux depuis deux ans et demi dans l’espoir d’obtenir réparation pour les conclusions injustes et erronées concernant leur rôle et leur responsabilité dans l’affaire des commandites. Tout en affirmant que les deux hommes n’avaient pas personnellement commis d’actes répréhensibles, le commissaire Gomery avait conclu qu’ils devaient être tenus responsables de la mauvaise gestion du programme des commandites parce que le premier ministre aurait demandé à M. Pelletier de diriger ce programme à partir du Bureau du premier ministre.

Le tribunal a écarté ces conclusions factuelles sans fondement, ordonnant que "les conclusions qui figurent dans le rapport ... et qui ont trait au demandeur(s) (MM. Chrétien et Pelletier) soient infirmées".

MM. Chrétien et Pelletier ont été complètement innocentés. Leur réputation n’a pas été souillée par le blâme d’une commission d’enquête. M. le juge Teitelbaum a conclu qu’ils devaient être innocentés à cause des commentaires injustes, accusateurs et non étayés, formulés par M. Gomery et son porte-parole durant les audiences et après, de même qu’en raison de la "préoccupation à l’égard des médias" manifestée par le commissaire.”

Voici la conclusion que l’avocat de Jean Chrétien tire du jugement Teitelbaum.

“Les individus entraînés dans la tourmente d’une enquête publique sont à la merci du commissaire. Une réputation, qui est pour plusieurs leur attribut le plus précieux, risque d’être entachée à vie par une conclusion de blâme. Parfois, pour tirer pleinement profit d’une enquête publique, il faudra identifier des coupables. Mais personne ne devrait avoir à payer ce prix quand sa conduite - comme celle de MM. Chrétien et Pelletier - a été irréprochable”.

Dans ce que Me Doody appelle “l’affaire des commandites” et qui est un véritable scandale, la conduite de Jean Chrétien et Jean Pelletier aurait été irréprochable. Et le coupable, c’est le juge Gomery...parce qu’ il a trop parlé en dehors du tribunal, ce qu’il a lui-même admis car il était difficile de se taire devant le culot de ces “innocents” et leur application du principe machiavélique que “la fin justifie les moyens”.

Je rappelle que l’homme au coeur du scandale des commandites, le haut-fonctionnaire Chuck Guitté a affirmé que le programme des commandites avait une direction politique provenant du Bureau du Premier ministre. Un des hommes-clés, Jacques Corriveau, un ami intime de Jean Chrétien et d’Aline qui aimait l’écouter jouer du piano est l’objet d’une enquête approfondie de la GRC qui traîne en longueur parce que de nombreux documents et comptes de banque ont disparu. On s’en souvient, M. Corriveau est un homme prudent qui a d’énormes problèmes de mémoire.

On a lu les résultats de l’enquête du juge Grenier sur le scandale d’Option Canada : le juge Grenier a pratiquement noyé le poisson. Lisez le livre de Robin Philpot et de Normand Lester et vous en saurez plus sur ce qui s’est réellement passé Quant au juge Gomery, pour une fois qu’un juge identifie des coupables politiques, il fallait un autre juge, le juge Teitelbaum, pour venir tenter d’annuler ses conclusions.

Vous croyez ça vous que Jean Chrétien et Jean Pelletier ont eu une conduite irréprochable dans la conception et l’administration du programme des commandites. Vous croyez ça vous qu’ils sont innocents. Si l’avocat de Jean Chrétien le dit, ce doit être vrai.

Si vous avez le temps cet été, lisez sur le scandale du Watergate et sur l’implication du président Richard Nixon. Vous verrez comment il est difficile de prendre la main dans le sac celui qui est à la tête de l’Etat, qui donne la direction à prendre et qui, ensuite, disparaît derrière des intermédiaires qui eux, évidemment, sont coupables. Richard Nixon était innocent. Il a essayé de faire croire que les plombiers n’avaient aucun lien avec la Maison-Blanche. Comme Nixon, Jean Chrétien a dit que la police faisait son travail et que, lui, occupé à sauver le Canada menacé par les séparatistes avait le temps de jouer au golf avec Bill Clinton qui, au mont Tremblant, fit l’éloge du fédéralisme pour faire plaisir à son ami Chrétien. Malheureusement, la justice n’a pas souvent la chance de pouvoir s’appuyer sur des enregistrements (des “tapes”) des conversations du chef d’un Etat.

A tout le monde en parle, Jean Chrétien a eu le culot de venir tenter de justifier les manoeuvres, les tactiques et les stratégies qu’il a utilisées pendant toute sa carrière pour neutraliser le mouvement indépendantiste québécois. Pour sauver le Canada, tout était permis. Si vous l’avez trouvé comique, vous êtes masochiste.

Irréprochable ? Totalement irréprochable ? Innocent ? Totalement innocent ? Arrêtez, n’en jetez plus, la cour (de justice) est pleine. J’espère que le gouvernement Harper ira en appel de ce jugement "politique".

Robert Barberis-Gervais, Marie-Victorin, 29 juin 2008

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —


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Vos commentaires:
  • Deux innocents à Ottawa
    30 juin 2008

    J’attire votre attention sur l’article de Jean-Claude Leclerc dans Le Devoir du 30 juin 2008 : L’enquête sur les commandites a-t-elle erré ?(ici même sur Vigile.net dans Actualité) avec lequel je suis en accord complètement.

    Je ne résiste pas à la tentation de vous citer les passages suivants que vous replacerez dans leur contexte.

    1- Mais un premier ministre, qui décide lui-même d’un programme spécial, en signe à l’occasion le financement et en fait une affaire d’urgence nationale, ne serait responsable de rien, même quand les gens qui l’appliquent violent toutes les règles d’une gestion honnête et compétente ? Les tribunaux chercheront longtemps avant de trouver le principe constitutionnel qui met un chef de gouvernement à l’abri de la reddition de comptes dans le cas d’une négligence aussi lamentable. S’il en était besoin, la ruine du Parti libéral au Québec comme le discrédit accru qui y frappe le système fédéral montrent l’ampleur d’une telle défaillance.

    2- Mais ce programme innovait aussi. Il a servi à détourner des fonds fédéraux vers le Parti libéral, comme la commission d’enquête en a trouvé des indices probants. Et l’opération aura peut-être aussi financé d’autres projets plus ténébreux, si vraiment les millions qui manquent encore à l’appel n’ont pas été virés aux Bahamas. En tout cas, confier la survie du Canada à une telle bande d’escrocs en dit long sur l’éthique alors en vigueur à Ottawa.

    3- Mais les magistrats feraient bien de se méfier des apartés auxquels trop de médias les invitent de nos jours. Dans le cas d’un Jean Chrétien, le danger de dérapage était pourtant évident. Des journaux ou des stations de radio ou de télé qui n’auraient rien fait pour débusquer les profiteurs des commandites n’allaient pas rater l’occasion de provoquer un affrontement entre l’ex-premier ministre et le juge Gomery. Le genre est bien connu dans les milieux de presse.

    Un poulailler a beau puer à cent lieues à la ronde, pas un reporter ne s’en approche. Mais une bataille de coqs éclate-t-elle autour dudit poulailler, toute une meute journalistique se précipite. Peu de médias, en effet, veulent aller au fond des choses. Une certaine politique trouve avantage à ces diversions d’un jour. Mais l’intérêt public y est rarement servi.

    4- Le juge Gomery a fait un travail exceptionnel. Le Parti libéral du Canada serait bien inspiré de réitérer son appui au rapport qu’il a signé.

    C’est du grand Jean-Claude Leclerc qui a gardé son style bernanosien. Il m’enlève les mots de la bouche quand il voit à Ottawa, une bande d’escrocs sans éthique (excusez le pléonasme) et un poulailler qui pue.

    Par rapport aux médias, une exception : Daniel Leblanc, le journaliste du Globe and Mail de Toronto : voir son livre : Nom de code : Machouette publié chez Libre expression.

    Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 30 juin 2008


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