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Deux ego pour la Wallonie
José Fontaine
Chronique de José Fontaine
samedi 24 janvier 2009      499 visites


Lors de la précédente grande crise financière dans les années 1930, les banques flamandes avaient été mises en difficulté. Elles s’étaient ensuite regroupées sous la houlette du Cardinal Van Roey, prélat belge et flamand. Les historiens datent de cet épisode la montée en puissance d’une bourgeoisie nationale flamande.

Une bourgeoisie flamande, pas de bourgeoisie wallonne

S’il y a une bourgeoisie flamande, c’est-à-dire une classe dirigeante avec des objectifs nationaux flamands inscrivant ses objectifs dans un horizon national flamande, il n’y a pas de bourgeoisie wallonne au sens d’une classe sociale cohérente inscrivant sa stratégie dans un horizon national belge.

La Wallonie est la première région du monde qui ait connu la révolution industrielle après l’Angleterre. Ce fait assez peu connu dans le monde francophone, est par contre bien connu di monde anglais et anglo-saxon en général. S’il n’y avait pas quelques historiens consciencieux en Belgique et en Wallonie, celle-ci n’existerait tout simplement pas dans la mémoire historique. Cela m’a frappé en contribuant aux articles Wallonia ou History of Wallonia sur la Wikipedia anglophone. Mais laissons-là de côté les amertumes que l’on peut éprouver sur une France qui ignore ses cousins...

Les historiens wallons ont montré qu’en 1857, à la faveur même de la rapidité de la croissance économique, engendrant faillites et rachats de la puissante industrie wallonne en pleine expansion, celle-ci a été rachetée par la haute banque bruxelloise et comme de nombreuses analyses l’ont montré, la Wallonie a perdu la maîtrise de sa prospérité. Dirigée à partir de cette date de l’extérieur de la Wallonie par une classe dirigeante inscrivant sa stratégie dans un horizon belge puis international, en aucun cas wallon (sauf rarissimes exceptions). L’une des difficultés de la Wallonie vient de là. Les Wallons sont d’une certaine façon sans leadership économique. Beaucoup de leurs leaders politiques continent à s’inscrire au fond dans un cadre social, culturel, national et économique belge et européen, pas wallon. Il y a une sorte de déréliction wallonne.

Une banque francophone à sauver, une banque flamande

Avec la crise financière, il y avait des banques francophones à sauver pas vraiment de banque wallonne. Et il y avait aussi une banque flamande à sauver. Cette Banque, la Krediet Bank a reçu des prêts à hauteur de 3 milliards d’€ du gouvernement fédéral en octobre. Comme la KB continue à avoir des difficultés, des membres de celle-ci ont pris langue avec le gouvernement fédéral, mais, finalement, c’est le gouvernement flamand qui consenti un nouveau prêt de 2 milliards ce jeudi. Pourquoi le salut est-il venu du côté flamand ? Peut-être pas nécessairement parce que le gouvernement fédéral belge était réticent. Mais parce que (voir mes précédentes chroniques), il est en proie à de nombreuses tensions, pas nécessairement ni d’abord entre Flamands et Wallons (encore que ceci n’arrange rien), mais à causes des élections propres où chacun a intérêt à se mettre à l’avant. sans doute aussi parce que l’actuel Premier ministre, Van Rompuy, contrairement au précédent (Yves Leterme), a une grande expérience en matière financière et budgétaire ce qui crée une concurrence au ministre des fiances Didier Reynders. Or les élections régionales en Wallonie approchant, Didier Reynders désire soigner son image et celle de son parti pour devenir le premier parti en Wallonie. Et il n’y a pas à proprement parler de banque wallonne à sauver.

Un débat sur la Wallonie, oui mais...

La Wallonie est cependant l’enjeu principal - c’est clair - des combats (normaux entre partis politiques) pour le pouvoir côté francophone belge. Je souhaiterais que ces combats se fassent aussi en se positionnant sur la Wallonie, sur une question de fond, sur la question de fond qui importe finalement et qui s’impose puisque c’est de la Wallonie dont il est question. J’espère que la vivacité de la rivalité puisse un jour produire cela. Mais pour le moment, la lutte (tout en créant le mic-mac au gouvernement belge comme l’écrit Le Soir aujourd’hui), me semble surtout opposer deux camps dont l’un brandit le drapeau bleu (les libéraux), l’autre le drapeau rouge (les socialistes d’Elio Di Rupo). Mais les couleurs de ces drapeaux sont à ce point délavées qu’on pourrait hélas (à la limite, certes), les remplacer par des fanions ou des numéros tirés au sort. Et l’opinion peut même avoir le sentiment qu’on choisira surtout entre deux chefs et l’ego de chacun d’eux.

José Fontaine




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