Pour bien comprendre l’ampleur de la démission collective des actuels dirigeants du Parti québécois face à son option fondamentale, il faut faire preuve de rigueur et lire attentivement le chapitre 1 de son programme intitulé " Réaliser la souveraineté politique du Québec " voté démocratiquement par les militantes et militants de ce parti en juin 2005. Il faut faire remarquer aussi, au départ, que le programme dans son entier s’appelle " Un projet de pays ", ce qui nous permet de mieux comprendre l’esprit qui y régnait lors du Congrès de juin 2005.
Dans la section 1.1 intitulée " Enjeu – Proposer un projet de pays ", on y lit ceci :
L’objectif premier du Parti québécois est de réaliser la souveraineté du Québec afin de faire de celui-ci un pays prospère et solidaire. Pour rallier une majorité de la population à cet objectif, le Parti québécois doit proposer un projet de pays concret et emballant. Les engagements électoraux du Parti québécois seront définis en fonction de ce projet de pays social-démocrate et s’appuieront, entre autres, sur les données du cadre financier d’un Québec souverain.
(Je souligne)
Vous avez bien lu. Mais, où est donc passé " le projet de pays, concret et emballant " social démocrate et intégré dans un cadre financier d’un Québec souverain qui devait être au cœur des engagements électoraux du Parti québécois ? La réponse est simple : dans les poubelles derrière la permanence nationale du parti, sur la rue Papineau à Montréal, là où l’ont jeté André Boisclair et son équipe.
On continue. La section 1.2 intitulée " Priorités d’action " contient les actions que devait mener le Parti québécois avant les élections de 2007, c’est-à-dire durant la période comprise entre juin 2005 et mars 2007. J’en résume les grands lignes :
1.2.1 – Présenter les raisons fondamentales et essentielles pour le pays
A - Faire valoir les raisons fondamentales pour le pays.
B - Mettre l’accent sur les raisons essentielles pour le pays
Où, quand et comment, avant et pendant la campagne électorale, les décideurs actuels du Parti québécois ont-ils présenté à la population du Québec, les raisons fondamentales et essentielles pour le pays ?
1.2.2. Coopérer avec l’ensemble du mouvement indépendantiste pour mettre en œuvre le projet de pays.
Où, quand et comment les décideurs actuels du Parti québécois ont-t-il coopéré avec l’ensemble du mouvement indépendantiste pour mettre en œuvre le projet de pays ?
1.2.3 Avant son élection, assurer une démarche démocratique vers la souveraineté
A – Entreprendre un exercice d’éducation et de formation populaires, entre autres, en :
* diffusant auprès des citoyennes et citoyens des documents relatifs au processus d’accession à la souveraineté dans la langue officielle et dans d’autres langues.
B – Formuler des politiques nationales sur la base du cadre financier d’un Québec souverain.
" La formulation de politiques nationales pour le pays, dépassant la seule gouverne provinciale, s’avère essentielle pour rendre concret le projet de pays et permettre d’énoncer des engagements électoraux pour le pays. Ce projet de pays sera l’enjeu de la prochaine élection ".
Le Parti québécois considère nécessaire de formuler un projet de pays basé sur la déclaration de principes et sur une série de politiques nationales visant à concrétiser le présent programme de pays sur la base du cadre financier d’un Québec souverain. Cette formulation devra être complétée dans les meilleurs délais afin qu’elle puisse faire l’objet d’une large diffusion et d’une promotion active avant la prochaine élection.
* Élaborer des politiques nationales sur l’éducation, la santé, la solidarité, la culture, la population, la famille, le territoire, la sécurité sociale (assurance-emploi, pensions, sécurité de la vieillesse et anciens combattants), les relations extérieures et la sécurité internationale.
* Donner effet aux principes du développement humain et du développement durable dans la conception des politiques nationales destinées à concrétiser le programme de pays ;
* Inviter les citoyennes et les citoyens du Québec à présenter leurs vues sur le contenu des politiques nationales pour le pays ;
* Utiliser les moyens appropriés pour diffuser l’information.
C – S’engager dans un exercice de promotion de la souveraineté et de fierté nationale auprès de la population, entre autres :
* par la mise à jour de certaines études existantes et à la préparation de nouvelles études sur l’accession du Québec au statut de pays et notamment celles visant à actualiser le cadre financier d’un Québec souverain ainsi que celles relatives au partage de l’actif et du passif.
* Préparer un projet de constitution initiale du Québec en prenant appui sur la loi 99 et des projets de lois fondamentales, notamment des lois sur la citoyenneté nationale, le tribunal suprême du Québec ainsi que sur les symboles nationaux ;
* Préparer un projet de document de transition vers le pays dans lequel seront abordés tous les aspects de la transition.
Où, quand et comment les décideurs actuels du Parti québécois ont-ils présenté à la population du Québec tous ces documents pour faire la défense et l’illustration du " projet de pays " ? Où, quand et comment les décideurs actuels ont-ils mis le projet de pays " social démocrate et intégré dans un cadre financier d’un Québec souverain " au cœur de leurs engagements électoraux ?
Poser toutes ces questions, c’est y répondre. Tout ce qu’on a eu droit, à part le mantra désespéré du référendum répété in extremis par André Boisclair pour récupérer le vote souverainiste et indépendantiste, c’est une " feuille de route " " provinciale " contentant 7 grands chantiers " provinciaux " (éducation, environnement, économie, santé, réguons, solidarité et administration publique) dans un cadre financier " provincial " à saveur électoraliste avec une mentalité " provinciale ". Le projet de pays ? Quel projet ? Quel pays ? Connais pas !
En clair et en bref, il y a eu détournement de parti, démission collective des décideurs actuels de ce parti et mépris " souverain " envers les militantes et militants de la base. La défense et l’illustration du projet de pays a pris le bord de la poubelle et l’équipe d’André Boisclair s’est moquée de la volonté clairement exprimée lors du XVè Congrès de juin 2005. La démocratie au sein de ce parti a été sérieusement rudoyée !
En langage savant, on appelle cela un comportement velléitaire, c’est à dire un comportement de personnes qui n’ont que des intentions fugitives et qui sont incapables de réaliser une action.
Ne cherchez pas plus longtemps pourquoi une bonne partie des souverainistes et indépendantistes sont, soit carrément restés chez eux, ou ont donné leurs votes à l’ADQ, à Québec solidaire et au Parti vert. N’eut été de la démission collective des actuels décideurs du Parti québécois, ce parti serait probablement au pouvoir actuellement et préparerait le terrain pour la dernière étape cruciale du projet de pays.
Au lieu d’admettre leurs torts, les dirigeants actuels s’apprêtent à donner le coup de grâce au " projet de pays " comme si c’était une maladie honteuse. Quelle infamie et quelle tristesse ! De deux choses l’une : ou ce parti retrouve son âme ou il rend …l’âme.

