Ils, les politiciens, ont besoin d’intéresser voire séduire l’électorat. De leur côté, les médias au credo de cote d’écoute cherchent rien qu’à émouvoir l’auditeur ou le lecteur dont l’attention s’avère hélas plus éveillée en présence du feu, de la fumée ou de mauvaises senteurs. Ainsi, sommes-nous constamment ramenés dans le giratoire en face d’une falaise imaginairement hostile, tout autant en périodes électorales qu’en temps ordinaires. « Est-ce que les politiciens peuvent faire des promesses électorales qu’ils ne sauront réaliser ? » Avec cette question, des magiciens de l’opinion ont meublé plusieurs carreaux de leur espace médiatique, et ont fait baver plus d’un dans des forums citoyens cette semaine. La question serait-elle pertinente ? Je crois, autant qu’elle peut être troublante.
Poser la question est plus inquiétant que la promesse elle-même. Ici, des formateurs publics rejettent l’ambition des projets d’intérêt public en période électorale. Or, gouverner, c’est avant tout rêver et faire rêver. Ce n’est pas mettre la table ! Imaginer que les politiciens peuvent tout livrer, c’est ignorer qu’ils peuvent aussi livrer beaucoup plus que ce qui est prévisible si de bons vents soufflent du bon bord. On ne peut pas juger un rêve, il faut juger de la capacité et la souplesse d’ajustement du tir aux abords et sorties de tournants. Les grands pas sont tous venus des imaginations que les « réalistes » qualifiaient d’utopiques, folles, voire débiles. Les exemples sont nombreux, hélas les gens s’habituent vite dans le confort et oublient facilement l’origine des étoiles.
Du cadre financier surréaliste ou plutôt optimiste de Mme Jérôme-Forget.
Le média sème le doute en s’appuyant sur son enquête journalistique auprès des entreprises considérées par les planificateurs gouvernementaux. Sans vouloir mettre en doute à mon tour la validité du test du Journal de Montréal, je note que les projets d’investissement sont normalement de nature stratégique, que l’intérêt de les dévoiler avant l’extrême maturité n’est pas du tout évident. Les scientifiques ne me contrediront pas, ce qui est du domaine de la stratégie vitale ou de succès de l’entreprise n’est jamais connu avant la mise en chantier.
Alors, les réponses qu’a recueillies le journal ne signifieraient pas ce qu’il semble en déduire. Et dans ce contexte, j’accorderai plus de crédibilité aux fonctionnaires du Trésor. D’ailleurs, gouverner ne serait synonyme de cuire le gâteau ni de moissonner. C’est plutôt cultiver l’inspiration et l’ambition, nourrir l’action. Des projets d’avenir peuvent être au stade embryonnaire et donc non garantis, mais le planificateur sera bien fondé de les encourager entre autres en les inscrivant sur son écran radar. Après tout, ce qui compte pour colmater une fissure n’est pas vraiment ce qui est coulé dans le béton, plutôt la volonté, la disposition et la détermination à couler du béton. Ma foi est que la gestion de cette crise économique nécessitera un leadership déconstipé, alerte, ambitieux et très actif. Aucun économiste sérieux ne pourra encore défendre des idées rationalistes qui prêcheraient l’hibernation sociétale soi-disant pour voir passer la crise. La dernière des attitudes à prendre, c’est de céder le contrôle au pessimisme teinté d’un réalisme béat.
Mais alors, comment se fait-il que des médias « sérieux », tous je crois sans exception, disons plutôt des plus gros qui savent m’envahir jusque dans le recès de mon intimité, ont embarqué dans cette polémique à saveur sensationnaliste ? Il me semble qu’au Québec nous avons un problème de gestion de la ressource médiatique en rapport avec les défis d’utilité et d’efficacité publiques. Le problème, les médias critiquent (négativement) mais n’accepteront aucune invitation à l’autocritique sérieuse, objective, non complaisante. C’est ainsi qu’ils nous servent sans cesse des plats constipants de défaillances en série dignes d’une société en déchéance. Ca presse que les médias s’élèvent au dessus de la mêlée, et fassent montre de la profondeur dans leurs productions.
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

