On est maintenant habitué en régime capitaliste à l’alternance démocratique, à la consommation des leaders sur une grande échelle. Après deux ou trois mandats, on les « flushe » tout simplement. Mais le système survie à cette précarité des chefs qui l’incarnent et il s’installe comme un choix permanent des populations obnubilées.
Le régime est assez souple et solide après six cents ans d’expérimentations diverses, passant de la cohabitation avec l’aristocratie au bonapartisme puis au suffrage universel pour aboutir au XX ième siècle au totalitarisme. Après tous ces siècles d’apprentissage, la bourgeoisie peut se permettre l’alternance et l’usure des chefs.
On peut rêver qu’il en soit autrement pour le socialisme, mais ce n’est pas encore une « leçon de l’histoire » pour le nouveau régime exigeant la transformation de tout un mode de production où les moyens eux-mêmes de cette production sont appelés à être placés sous contrôle démocratique.
Les chefs socialistes ou de gauche seront sans doute réélus mais il serait opportun que naissent dans le processus une tradition de pluralisme dans le socialisme lui-même permettant l’alternance démocratique entre partis ou leaders de ce nouveau mode de production et de gouvernement.
Et si le socialisme devenait populaire, comme le capitalisme l’est, au point où les partis socialistes, communistes ou sociaux démocrates pourraient se payer le luxe de l’alternance entre eux.
Finalement comment envisager un régime socialiste où des élus auraient à répondre des résultats en termes de prospérité de leur plan pour le développement des forces productives ? Comment associer au socialisme cette prospérité garantissant des droits nouveaux ou une extension des libertés à d’autres couches d’opprimé-e-s ?
Le socialisme devenant populaire, à cause des campagnes d’éducation démocratiques qui feraient reculer l’obscurantisme capitaliste, comme celui-ci a réussi à remettre en cause l’obscurantisme et les préjugés moyenâgeux, on peut envisager une certaine pérennité.
L’impérialisme, le capitalisme mondialisé, alimente de toute sorte d’idées arriérées les masses populaires. Pourrait-on penser à un socialisme qui gagnerait l’adhésion libre des gens sans se heurter aux sombres et terribles contre-révolutions ?
Le marxisme a prouvé sa valeur pour cette tâche. Mais il faut s’attendre à ce que d’autres courants d’opinion se créent qui ne soient pas intégralement marxistes et qui débusquent les formes de totalitarismes qu’ont pris différents socialismes nationaux sous l’influence idéologique du stalinisme.
Est-il possible que grâce aux élections le passage pacifique au socialisme se fasse par une alternance démocratique entre différentes formes de socialisme, plus ou moins utopiques ou plus ou moins scientifiques ?
L’alternance demeurerait et les régimes socialistes ayant épuisé leur capital politique passeraient la main à d’autres formes de socialisme plus tolérables pour les gens qui y verraient respeté le rythme avec lequel ils sont prêts ou capables de voir s’installer une société socialiste prospère, productive et respectant tous leurs droits, les étendant même, et où leur contrôle leur donnerait la confiance que leurs dirigeants n’abuseraient pas de leur pouvoir sans être sanctionnés par elles-mêmes.
Voilà ce que j’entends par l’alternance démocratique socialiste.
Les chefs ou les partis ne deviendraient durables qu’après avoir subi une confrontation des programmes et le jugement électoral de la sagesse populaire éclairée par l’éducation politique.
Il me semble qu’il y a là une perspective politique garantissant au socialisme un régime durable, mais risquant toujours l’éviction si le pouvoir populaire le sanctionne par le choix d’un autre type de socialisme plus adapté à ses goûts ou ses humeurs politiques du moment.
Ce qui assurerait aussi la formation de partis ou l’élaboration de programme contribuant au progrès constants des sociétés civiles qui verraient dans l’alternance la possibilité de se défaire des gouvernements encombrants.
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Rénover quoi M. Sarkozy ?
Deux cents ans de remise en cause radicale
Que reste-il du capitalisme que l’on renfloue à coup de milliards pigés dans les fonds publics après sa confrontation sous forme totalitaire avec le socialisme ?
Bien peu de chose. Ce qui rendrait Marx fier de son combat.
Ce capitalisme épuisé vole au secours d’un socialisme émergeant de la pauvreté en Chine qui achète des pans entiers de son économie devenue keynésienne avec un penchant nouveau pour le partage de la richesse et pourvu d’un État dont les budgets sont majoritairement consacrés à la santé et à l’éducation plutôt qu’à ses armées. Ce qui était un objectif socialiste tel que conçu au début du XX ième siècle : une société prospère qui devait assurer à ses citoyens bien-être, travail moins pénible et accès à une consommation de grande ampleur.
À la blague on dit dans certains milieux : « Une chance que le capitalisme a eu le socialisme pour le sauver ». Reste cependant sa « condamnation à entretenir ses esclaves » salariés ou coloniaux comme jamais ces classes n’ont été prises en charge par leurs exploiteurs dans toute l’histoire.
Le capitalisme mondial, que l’on nomme communément l’impérialisme depuis Lénine, est maintenant encerclé d’une masse critique de peuples qui n’acceptent plus leur sujétion et qui possèdent des armées pour l’affirmer : un véritable casse-tête pour ses stratèges militaires qui ne songent plus qu’à une véritable lutte contre les insurrections plutôt qu’aux guerres totales qu’ils ont initiées au XXième siècle.
Mais là se pointe les disciples de Keynes conséquents avec la Taxe Tobin qui revient à l’entretien des néocolonies plutôt qu’à leur occupation militaire.
Le capitalisme triomphant que Marx a affronté aux côtés des ouvriers révolutionnaires semble bien mal en point lui qui s’épuise en dépenses militaires inefficaces en Afghanistan contre la volonté de ses populations jeunes ou vieillissantes. On est loin des conquêtes coloniales tambours battants, en tirant dans le tas, comme en Afrique, en Amérique du Sud, en Inde ou en Chine où l’on sortait à peine du Moyen Age.
Qu’est-ce qui reste du capitalisme que Sarkosy se propose de « refonder » ? Le bilan n’est pas reluisant. Même écrasé, le socialisme, s’étant lui aussi perverti en totalitarisme, laisse une histoire de lutte aux côtés des ouvriers du monde et des peuples colonisés. Son bilan n’est pas complet, les historiens hésitant à en faire un sujet d’étude. Mais un philosophe de l’histoire italien, Domenico Losurdo, appelle les communistes à redresser la tête, à renouer avec leur glorieux passé et à reprendre en fervents lutteurs le combat inachevé d’un système qui n’a eu jusqu’à date que deux cents ans d’apprentissages historiques.
C’est à lire pour ceux qui soupçonnent encore le marxisme d’une étonnante capacité de rebondir.
