Des élections volées ?

lundi 27 février 2012

Les conservateurs de Stephen Harper ont-ils « volé » leur majorité aux élections fédérales de mai dernier ? C’est ce que laissent entendre l’opposition dans la foulée de révélations voulant qu’au moins trois douzaines de circonscriptions aient été la cible d’appels frauduleux lors de la campagne électorale.

Le chef libéral Bob Rae conclut que ces tactiques ont eu un impact certain sur la performance de sa formation. Il n’exclut pas de s’adresser aux tribunaux pour réclamer des élections complémentaires dans une trentaine de circonscriptions.

Dans l’état actuel du débat politique, suggérer que le gouvernement en place a usurpé son mandat est sans doute de bonne guerre. À la lumière des informations qui s’accumulent sur les tactiques qui auraient eu cours lors du dernier scrutin, un observateur objectif serait plus enclin à conclure à l’existence d’une fraude électorale concertée qu’à celle d’initiatives isolées. Pour autant, les résultats du 2 mai dernier ne supportent pas la thèse qui voudrait que la victoire majoritaire des conservateurs tienne à un détournement de démocratie.

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Voici les principaux faits. Dans un premier temps, une enquête du Ottawa Citizen a révélé que des appels robotisés frauduleux destinés à orienter des électeurs vers des bureaux de scrutin inexistants avaient été faits par une compagnie dont les services ont été retenus à plusieurs reprises par le Parti conservateur dans au moins sept circonscriptions. Élections Canada a ouvert une enquête.

Une autre tranche des recherches du quotidien démontre que des comtés libéraux ont été la cible d’un autre genre d’appels frauduleux. Dans ce cas-ci, des gens s’identifiant comme des bénévoles du parti téléphonaient à des électeurs tard la nuit ou très tôt le matin, histoire de les importuner.

Au cours du week-end, des candidats néodémocrates ont affirmé avoir subi le même stratagème et un député conservateur a ajouté son nom à la liste des victimes présumées. À cette rare exception près, cependant, la majorité des plaignants sont des candidats d’opposition battus par les conservateurs le 2 mai dernier. Ces derniers nient toute participation à l’une ou l’autre de ces opérations.

La plupart des circonscriptions en litige sont en Ontario — le terreau de la majorité de Stephen Harper. Le Québec est absent de la liste, ce qui ajoute de l’eau au moulin de l’opposition. Au cours de la dernière campagne, le Québec présentait peu d’intérêt pour la formation de Stephen Harper.

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Par définition, le genre d’opérations dont il est question ici se déroule sous le radar de la campagne. Le caractère forcément clandestin de la manoeuvre limite son rayon d’action. Son potentiel de déplacement du vote se calculerait en centaines plutôt qu’en milliers de voix.

Dans les circonscriptions où auraient été diffusés les faux renseignements quant au site des bureaux de scrutin, la participation a généralement été inférieure à la moyenne. Par contre, la répartition du votes ne suggère pas que les appels frauduleux, robotisés ou pas, ont eu un impact décisif sur les résultats.

Le comté de Guelph, qui est au centre de l’enquête d’Élections Canada, a été remporté par les libéraux avec une confortable majorité. Seulement une demie-douzaine des circonscriptions en litige ont été remportées par moins de 5%.

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Ce n’est pas parce que la dernière élection n’a pas été volée que la vie démocratique du Canada n’est pas en péril. On est ici devant une spirale qui tire rapidement les moeurs électorales vers le bas.

Alors qu’il était chef de l’opposition, Stephen Harper avait accusé les libéraux de Jean Chrétien d’avoir fait la promotion d’une culture politique qui avait favorisé l’éclosion du scandale des commandites.

On peut aujourd’hui lui faire le même reproche. Sous M. Harper, tous les coups, dans les limites de la légalité, sont devenus de plus en plus permis pour écraser l’adversaire. Pensez à l’instauration en continu de campagnes publicitaires agressivement négatives.

Cette mentalité fait école. Quand le NPD a perdu une députée au PLC, en janvier, le parti a engagé une compagnie pour faire des appels robotisés aux électeurs de Saint-Maurice-Champlain. On leur demandait s’ils étaient mécontents du changement d’allégeance de Lise St-Denis, et s’ils répondaient par l’affirmative, ils étaient redirigés, à leur insu, au bureau de comté de la députée.

Le NPD a affirmé être à l’aise avec une tactique qui frôle le harcèlement. Encore ce week-end, sur Twitter, Brad Lavigne, le secrétaire principal du chef de l’opposition officielle, insistait pour rappeler qu’en soi, la pratique des appels robotisés était légale. Sauf que la légalité n’est pas nécessairement soeur de la moralité politique. Les partis qui aujourd’hui lancent des pierres aux conservateurs s’affairent également à construire leurs propres maisons de verre.

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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.


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