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On disait : “nos cousins les Français”. Cela voulait dire que les Canadiens-français étaient différents des Français mais qu’ils étaient de la même famille puisque les Canadiens-français (comme le disent Bouchard-Taylor) de souche, de par leur généalogie, ont des ancêtres du vieux pays de France. Il y avait eu le régime français et la Nouvelle-France de 1608 à 1759. Nous étions des cousins mais séparés par un océan et par des siècles d’histoire, chacun de son côté.
Puis, les Français de France, après le “Vive le Québec libre” du Général De Gaulle ont peu à peu appris à dire “les Québécois” pour désigner leurs cousins d’Amérique qui parlent français presque comme eux. Les chanteurs et chanteuses québécois ont envahi la France et quelques humoristes et quelques-uns de nos écrivains. Les Français ont compris que les Québécois voulaient devenir un pays et qu’ils étaient engagés dans une lutte pour l’indépendance et que la plus forte de leurs motivations pour se donner un Etat complet avec tous les pouvoirs d’un gouvernement moderne était d’assurer la vigueur et le développement de la culture québécoise dont l’élément principal est la langue française.
Les Français étaient touchés par cette lutte et sympathiques à ce combat pour la langue française en Amérique. En conséquence, le gouvernement français ne pouvait être indifférent mais ne voulait pas s’ingérer parce que le Canada est un pays et un pays ami. Ce serait aux Québécois de décider de leur avenir mais une fois la décision prise, la France reconnaîtrait immédiatement le nouveau pays souverain du Québec. En attendant, la France entretient avec le Québec des relations privilégiées et bi-latérales. Deux référendums ont été perdus par les souverainistes et gagnés par les fédéralistes. Et le Parti québécois qui est censé être l’instrument politique vers le nouveau pays est le deuxième parti d’opposition à Québec. Et le Bloc québécois a 49 députés à Ottawa.
Dans ce contexte, le Président de la France fait une visite-éclair au Québec. Je ne suis pas retourné au texte même de ses interventions que j’ai enregistrées sur cassette vidéo.
Volontairement, comme tout le monde, je me fie à mes premières impressions et à mes souvenirs. Je ne vais quand même pas analyser ses paroles comme s’il était Montaigne, Molière ou Mme de La Fayette.
Nicolas Sarkozy fait un discours en présence du premier ministre du Canada fraîchement élu. Il n’est quand même pas pour redire : Vive le Québec libre. Il est préoccupé par la crise financière mondiale (c’est sa priorité). La situation interne du Canada n’est pas sa priorité, c’est évident. Le journaliste Pierre Duchesne lui pose une question sur ce qu’il appelle une visite-éclair avec une pointe critique dans le mot “éclair”. Piqué au vif, Sarkozy souligne que dans visite-éclair, il y a le mot visite. Il dit : “Vous avez sans doute remarqué qu’il y a actuellement une crise financière mondiale et que je dois m’en occuper. J’ai quand même tenu à venir.” Puis il ajoute, toujours dans le contexte d’une crise financière sans précédent, que le monde n’a pas besoin d’une autre division, que tous doivent s’unir pour coopérer à la solution de l’énorme problème financier mondial y compris le Canada qui est un ami et à qui il demande de jouer un rôle positif en collaboration avec les autres nations qui seront bientôt convoquées à un G20. A la fin, il remercie presque le journaliste de lui avoir posé la question qui au premier abord l’a irrité. C’est que Sarkozy est fier de sa réponse qu’il juge brillante. J’ai constaté le même phénomène dans une conférence de presse donnée par Sarkozy en France et disponible sur le Net alors qu’un journaliste l’avait presque traité de dictateur.
Donc pas de division parce que tous les pays doivent s’unir pour faire face à la crise. En l’écoutant, on pouvait facilement conclure qu’il acceptait le Canada tel qu’il était et que, conséquemment, ceux qui veulent le changer (ou le diviser) comme sans aucun doute veulent le faire les souverainistes, sont mal avisés en ces temps troublés où, de toute urgence, le capitalisme mondial chancelle, le capitalisme de Paul Desmarais, le grand ami canadien qui a expliqué le Canada à Nicolas Sarkozy et qui a des intérêts considérables dans Total gaz-pétrole-filière nucléaire comme l’a expliqué Josée Legault dans sa dernière chronique sur les rapports entre l’argent et la politique en relation avec le livre de Robin Philpot : Derrière l’Etat Desmarais : P O W E R
Puis a suivi le grand discours devant l’Assemblée nationale où le Président de la France a parlé comme si le Québec était souverain dixit Louise Beaudoin et Claude Charron grandement émus de cette relation fraternelle proclamée par Nicolas Sarkozy entre “le peuple français et le peuple québécois”, un peuple mature, moderne et progressiste. Discours suivi d’une entente d’Etat à Etat sur la mobilité de la main-d’oeuvre signée en grandes pompes par Québec et Paris et par des représentants (des deux Etats) de toutes les professions, ingénieurs, architectes, médecins, dentistes. arpenteurs-géomètres, comptables-agréés, avocats, sages-femmes, pharmaciens, métiers de la construction, travailleurs sociaux. Avec à venir les infirmières. Je crois que de telles ententes existent pour les enseignants.
C’est dans ce discours que pour ma part j’ai trouvé valorisant que Sarkozy a appelé les Québécois ses frères. De cousin à frère, il me semble qu’il y a un progrès qui n’a pas été suffisamment souligné. Après cet éloge bien senti du peuple québécois, si on demandait à Nicolas Sarkozy s’il ne croit pas que ce peuple a toutes les qualités et toutes les capacités de se gouverner lui-même, que pensez-vous que l’homme d’Etat répondrait même s’il est l’ami de Paul Desmarais. Il répondrait en grand démocrate qu’il est : “Ce n’est pas à moi d’en décider. C’est au peuple québécois de décider : il en est parfaitement capable et la France respectera sa décision.”
Par ses deux discours, Sarkozy a voulu satisfaire à la fois Jacques Parizeau et Paul Desmarais, mission impossible n’est-ce pas ! Mais il semble qu’il ait satisfait à la fois Jean Charest et Pauline Marois. Quant à Louise Beaudoin et Jean-François Lisée qui s’y connaissent dans ce genre de questions internationales, je respecte leurs analyses ainsi que celle, cela va sans dire, de Jacques Parizeau dont l’aspect stratégique se laisse deviner. Personne ne peut nier que la puissance économique de Paul Desmarais et ses projets de développement ainsi que ses relations privilégiées avec Nicolas Sarkozy ont une influence sur la politique étrangère de la France.
Quant au souhait de Nicolas Sarkozy d’aller voir les chutes de Niagara ou les montagnes Rocheuses en touriste comme de nombreux de ses compatriotes, je souhaite qu’il ait assez de temps un jour pour réaliser son rêve, accompagné cette fois-là de sa belle et talentueuse épouse, l’Italienne Carla Bruni.
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 26 octobre 2008
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