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« Des citoyens de seconde classe »
Patrice Boileau
Chronique de Patrice Boileau
mercredi 11 avril 2007      435 visites      2 messages


L’ancien lieutenant-général des forces armées canadiennes, Roméo Dallaire, y est allé d’un commentaire très éclairant, la semaine dernière. Le militaire à la retraite avait peine à contenir sa colère, après avoir vu les siens humiliés une fois de plus par l’État canadien, à Vimy.

Celui qui a dirigé les troupes onusiennes en 1994 au Rwanda pour mettre un terme au génocide qui y sévissait, ne parvient pas à comprendre le comportement du gouvernement canadien envers la nation québécoise. L’occasion était pourtant belle pour qu’Ottawa démontre à la communauté internationale qu’il aime cohabiter avec le peuple francophone qui a failli le quitter en 1995.

D’autant plus que l’événement qui commémorait le 90e anniversaire de la bataille de Vimy se déroulait en France. Le monument érigé par l’État canadien pour honorer les soldats disparus lors de ce triste épisode de la Grande guerre, a malgré tout été conçu dans la plus grande ignorance des peuples francophones : les textes rédigés dans la langue de Molière sur l’ouvrage sont effectivement truffés de fautes d’orthographe…

Pour tenter de camoufler cette bourde monumentale ( !), Ottawa a mentionné que les auteurs des écrits sont des bénévoles… Quelle désinvolture envers la francophonie ! L’État canadien ne semble reculer devant rien lorsque vient le temps d’afficher sa nature profonde : il est un pays anglophone qui assimile tous ceux qui veulent y vivre.

Roméo Dallaire reconnaît cette réalité puisqu’il a affirmé accepter que les siens « passent en deuxième » au Canada. Minoritaires, les Québécois doivent admettre qu’ils seront naturellement négligés par le gouvernement national. Curieusement, l’ancien haut-gradé a cependant ajouté qu’il refusait d’être un « citoyen de seconde classe. » Quelqu’un peut-il aviser monsieur Dallaire que l’un ne va pas sans l’autre ? Une minorité ethnique est toujours ignorée, sinon tassée par le groupe majoritaire. Il serait étonnant d’ailleurs que l’illustre militaire ne le sache pas, lui qui connaît le traitement qui est réservé aux effectifs francophones dans l’armée canadienne depuis sa création. Ottawa n’a-t-il pas d’ailleurs décrété dernièrement qu’il assouplissait les règles en matière de bilinguisme à l’égard de ses militaires hauts-gradés anglophones ?

Les Québécois ne souffrent pas de leur faible poids démographique uniquement dans les forces armées canadiennes. Leur langue et leur culture sont systématiquement mises sous le boisseau dès qu’il est question de cohabiter avec les Canadiens : l’équipe olympique « nationale » bâillonne couramment les athlètes francophones du Québec. Combien de fois avons-nous vu des équipes composées majoritairement de francophones être sommées de s’expatrier du Québec parce que l’entraîneur est anglophone ? À Ottawa, l’appareil gouvernemental fédéral évolue sans surprise dans un cadre de vie où prédomine nettement la langue de la majorité. Ce sont là des faits archi-connus qui confirment ce que redoute Roméo Dallaire.

L’incident de Vimy fait ressortir de façon éclatante une dure réalité pour quiconque au Québec rêve encore d’une certaine égalité avec les Canadiens à l’intérieur de la fédération. Il se trouvera néanmoins toujours quelques Québécois pour excuser la bévue canadienne. Des personnes gênées de leur différence qui plonge souvent l’État canadien dans des situations... gênantes. Des complexés qui espèrent que leur langue et leur culture seront reléguées au plus vite au rang de folklore afin qu’elles cessent d’embêter le gouvernement canadien.

Voilà pourquoi il est important que les indépendantistes continuent d’envoyer aux Communes un fort contingent de députés bloquistes. Eux seuls peuvent surveiller adéquatement les agissements du gouvernement canadien et alerter, au besoin, leurs compatriotes du Québec. L’histoire démontre clairement que cela est impossible, lorsque des ministres québécois font partie d’un cabinet fédéral. C’est à ces occasions que le Québec a subi les pires assauts qui l’ont affaibli.

En attendant qu’à Québec se forme un véritable parti indépendantiste, les Québécois doivent maintenir leur appui au Bloc québécois qui œuvre à Ottawa. Des mauvaises langues diront que la présence de cette formation souverainiste au Parlement canadien l’empêche de fonctionner adéquatement, faute de ne pouvoir abriter un gouvernement majoritaire. Voilà une bien mince consolation, sachant que le Québec endure depuis trop longtemps les diktats de l’État fédéral. Le Canada est le théâtre d’une bataille sournoise où un peuple s’affaire à en faire disparaître un autre. Cette lente mise à mort ne peut passer sous silence : l’appareil étatique canadien doit en payer le prix tant et aussi longtemps que les Québécois en auront la force. Roméo Dallaire peut-il condamner cette résistance, lui qui sait assurément combien celle-ci est noble durant un combat ?

Une large majorité des francophones québécois ne veulent pas « être deuxième » au Canada, pas même en Amérique du Nord. Ce rang les empoisonne, comme l’attestent les trop nombreux affronts dont ils ont été victimes dans l’histoire. Le camouflet de Vimy ne fait que s’ajouter à cette longue liste. Trop longue diront certains, puisqu’elle ne suscite plus l’indignation au Québec ! L’apathie des Québécois sera-t-elle la même lorsque surgira la prochaine insulte ? Celle-ci sera de taille : c’est en 2008 à Québec qu’elle surviendra, lors de la cérémonie soulignant le 400e anniversaire de sa fondation, par Samuel de Champlain. Parions que le gouvernement canadien organisera alors une célébration bilingue qui louangera « la création du Canada. » On y dévoilera probablement un autre monument réalisé par des bénévoles canadiens…

Patrice Boileau

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Vos commentaires:
  • De la Patrie !
    11 avril 2007

    Salutation citoyennes et citoyens,

    En effet, Monsieur Boileau, la liste des gifles du gouvernement fédéral envers le Québec est trop longue. S’il y a une réaction d’indignation de la part du Québec, et bien, Ottawa s’en excuse jusqu’au prochain camouflet...

    Le gouvernement "canadian", bien sûr, voudra faire de la récupération politique lors des festivités du 400e anniversaire de Québec l’an prochain... Mais c’est au mouvement indépendantiste de s’activer en conséquence...

    Il me semble que trop est réduit aux états d’âme du PQ... La Patrie déborde du PQ...

    Gilles Brassard


  • « Des citoyens de seconde classe »
    12 avril 2007, par Luc Bertrand

    Bravo monsieur Boileau ! Le général Dallaire savait très bien à quoi s’attendre en s’enrôlant dans l’Armée canadian. Pour accéder au rang de général, il a très bien vu que ce n’est pas en objectant le droit des francophones d’être traités sur le même pied que les anglophones qu’il pouvait monter dans la hiérarchie militaire, sauf pour accepter de servir de potiche d’État-major sans pouvoir réel autre que de faire croire qu’il n’existe pas de discrimination dans l’Armée de leur majesté. Si lui est prêt à obéir aveuglément à sa souveraine pour tenter de réparer les bourdes du vrai chef de l’Armée canadian (George W. Bush), qu’il en assume seul les conséquences et nous fiche la paix avec sa fausse culpabilité.

    Concernant l’utilité du Bloc Québécois à Ottawa, je partage entièrement votre opinion. Si, entre le PQ et le BQ, il y a un parti de trop, ce n’est certainement pas le Bloc ! Si un Parti Québécois purgé de sa mission essentielle de faire l’indépendance du Québec n’a effectivement plus sa place sur l’échiquier provincial, ce n’est certainement pas le cas du Bloc dont la mission est double (veiller aux intérêts québécois tant que nous sommes en régime fédéral et défendre l’idée d’indépendance du Québec à la Chambre des Communes). En effet, le Bloc ratisse plus large que le Parti Québécois, puisque son vote inclut à la fois les indépendantistes et les nationalistes (qu’on les appelle "affirmationnistes" ou "autonomistes"). Si le Bloc délaissait la défense du Québec dans le contexte du fédéralisme, il se peinturerait dans le coin sans faire progresser la cause indépendantiste. La perte de cet électorat nationaliste augmenterait la présence de ministres québécois dans un cabinet fédéral, ce qui réduirait le rapport de force de la nation québécoise francophone face au pouvoir de la nation canadian.

    C’est en effet au Parti Québécois ou à d’autres partis indépendantistes à l’Assemblée nationale que revient le rôle de proposer aux Québécois(e)s de sortir du régime fédéral. La méthode et le moment opportuns lui appartiennent, tant que le processus respecte les principes démocratiques reconnus par le seul parlement contrôlé par le peuple québécois. Chose certaine, la présence de député(e)s souverainistes à Ottawa ne sera jamais superflue lorsque l’Assemblée nationale sera mandatée par la nation québécoise de rapatrier les pouvoirs actuellement détenus par le gouvernement fédéral, surtout si la députation québécoise lui assurait une double majorité (Assemblée nationale et sièges québécois à la Chambre des Communes).



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