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Des chômeurs diplômés
La Presse
août 2007


Catherine Handfield - L’État les voulait, il les a eus. La politique d’immigration québécoise des années 90 visait les francophones qualifiés. Quelque 60 000 Arabes sont arrivés au cours de cette décennie. Mais 20 ans plus tard, le portrait est peu reluisant, particulièrement chez les musulmans.

Dans cette communauté, le taux de chômage est trois fois plus élevé que la moyenne québécoise, selon les recherches du spécialiste des religions de l’UQAM, Frédéric Castel, qui s’appuie sur le recensement de 2001. Près de 25% des musulmans de 25 à 44 ans sont chômeurs, comparativement à 8% pour le reste de la population.

Pourtant, les musulmans du même groupe d’âge sont près de deux fois plus nombreux que les autres Québécois à posséder un diplôme universitaire : 37% en ont un comparativement à 20% pour la moyenne provinciale, selon les chiffres du chercheur.

Bien que difficilement quantifiable, la discrimination à l’embauche envers les musulmans est indéniable, selon Rachad Antonius, professeur de sociologie à l’UQAM. « L’actualité internationale a diabolisé tout ce qui est musulman, dit-il. Et plusieurs en paient le prix. »

L’islamologue de l’UQAM Jean-René Milot croit pour sa part que la communauté est victime de la réputation de la très faible minorité fondamentaliste. « Avec tout ce qu’il entend, l’employeur préfère ne prendre aucun risque », croit-il.

Au problème de discrimination s’ajoute celui de la reconnaissance des diplômes. « La principale cause du chômage tient au fait qu’il est très difficile de faire reconnaître les diplômes étrangers au Québec », estime M. Castel.

Les ordres professionnels du Québec ont reçu 17 500 demandes entre 1997 et 2003, mais seulement 9000 décisions ont été rendues, selon les données du Conseil interprofessionnel du Québec.

« Plus de la moitié sont toujours en attente », note Marie-Thérèse Chicha, professeure de relations industrielles à l’Université de Montréal. Dans les 9000 décisions rendues, 3300 diplômes ont été reconnus, 4000 l’ont été partiellement et 1600 ne l’ont pas été du tout.

Même avec un diplôme valide en poche, les immigrés doivent se dénicher un stage, souvent conditionnel à l’accès au milieu du travail. « C’est très difficile pour eux d’en trouver un, poursuit Mme Chicha. Cette responsabilité incombe directement aux employeurs. »

Une exclusion qui a son lot de conséquences, selon M. Milot. « D’une part, l’ensemble de la société québécoise se prive de compétences dont elle a besoin, dit-il. D’autre part, on laisse de côté un pan de la population. Le risque, c’est que ces gens finissent par former leur propre société. Et c’est là que ça devient problématique. »

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