@ Simon Saint-Pierre
Vous dites :
« Donc, je me permet en tant que citoyen d’un pays duquel je crois bien connaître l’histoire, à persister de soutenir mon point de vue que nous ne sommes pas du tout opprimés au sein de la fédération canadienne, mais plutôt ceux qui sont les plus privilégiés en raison de notre statut de peuple fondateur qui nous assurera toujours une surreprésentation au sein des institutions nationales. »
Oui, vous reprenez la thèse qui a toujours été prônée par les fédéralistes... Le Canada est le « plusse meilleur pays au monde »... il n’opprime pas le peuple du Québec. Seuls les peuples opprimés on le droit de s’affranchir des États qui les oppriment.
Si l’on est pas opprimé... on n’a pas le droit légal, voire moral, de briser le Canada... Ce n’est pas de l’oppression, ce n’est que du chantage... Il n’est pas nécessaire d’être « opprimé » pour vouloir être « maitre chez soi »... On peut le désirer pour toute autre raison... Or, aucune raison ne serait assez bonne pour les fédéralistes canadianisateurs... Et, quand ces mauvaises raisons parviennent à convaincre la majorité des Québécois, le Canada n’hésite pas à violer ses propres règles immigratoires pour influencer le vote. Il n’hésite pas à ne pas respecter les lois du Québec qui limitaient les dépenses des camps du OUI et du NON, à dépenser outrageusement bien au delà du camp du OUI, à deux jours de l’échéance, pour que se déploie le chantage émotif de « l’Amour infini » du Québec. Ce Canada qui n’a jamais hésité à brandir la menace de toutes représailles économiques ( coup de la Brinks - 1970 - boycott économiques ), politiques ( partitionnisme - refus de négocier ), culturelles et émotives ( les canadiens vont être fâchés fâchés... )
Ce n’est pas de l’oppression... c’est du chantage émotif savamment couplées à d’innombrables, constantes et avérées menaces directes et indirectes de représailles ?
NON, bien sûr que non... il n’est pas opprimé... Le Québec est libre de son destin... il peut choisir la souveraineté de l’État... il n’y aura aucun problème de former un partenariat entre deux États souverains... Voilà ce qui ne serait pas de l’oppression. Mais il n’en a jamais été question... Pourquoi ? Parce que depuis la Conquête, le Québec est partie de ce que POSSÈDE le Canada, avatar étatique d’un Empire autocratique de droit divin, qui n’émane pas du peuple démocratique et souverain... Le Québec est à lui... c’est sa possession, son objet... On a même dit qu’il n’y avait pas eu Conquête, mais bien Cession... Ce qui confirme que dans l’esprit canadien, le peuple souverain du Québec est bel et bien un objet qui a été cédé par son propriétaire, le Souverain de France, Louis XV, à la Couronne d’Angleterre... « Just too bad ». Cela a été, cela doit être, de toute éternité... Comme si un peuple pouvait être un objet, comme si un peuple pouvait être en tant qu’un objet, la propriété de son Souverain, comme si un peuple tout entier pouvait être objet de Cession... de la seule volonté de ce Souverain.
Voilà ce qui opprime le peuple souverain du Québec... une conception qui le fait être objet de propriété d’un autre peuple souverain... qui a commencé par le vouer à l’assimilation, « peuple sans histoire et culture » qu’il était selon les chantres et responsables de l’Empire que représentait officiellement Lord Durham... qui l’a ensuite colonisé économiquement, politiquement, culturellement jusqu’à la Révolution tranquille, et qui ne l’a jamais consulté pour qu’il approuve nommément et démocratiquement l’Acte qui fonde, constitue et gouverne ces États qui se sont succédés depuis l’Empire... même celui à la Constitution rapatriée de 1982... Ça non plus ce n’est pas de l’oppression... quelques juges en décident, à l’encontre de l’Assemblée nationale du Québec, en inventant, comme l’a outrageusement fait Pierre Elliott Trudeau, une virtuelle réunion qui n’a jamais eu lieu, où toutes et tous les député(e)s du Québec en une même Chambre auraient voté en sa faveur... le Bloc québécois n’existant pas à cette époque... les fédéralistes fédéraux auraient emporté le vote... Il n’a pas cependant été question de faire une démocratique translation au fédéral du votre souverainiste du Québec... comme cela se passe maintenant avec le Bloc québécois... Cela non plus, ce n’est bien évidemment pas de l’oppression, ce n’est qu’une déformation éhontée de la volonté démocratique du peuple... via une invention virtuelle qui n’a aucune espèce de prise avec la réalité ni légalité ni légitimité constitutionnelle.
En fait... Quel est le problème... ? Qu’est-ce qui serait si dramatique si le Québec accédait à la souveraineté de l’État... ? Rien du tout... Sauf... le fait qu’il n’appartiendrait plus au Canada, comme son objet... dont par ailleurs, après des siècles de misères, il prendrait maintenant grand soin... pourvu qu’il lui appartienne... sinon, il préfère briser son jouet, plutôt que de le partager avec le monde... ce n’est pas de l’oppression ça non plus... ce n’est que le jeu d’un pays propriétaire d’un peuple et qui est prêt à toutes les bassesses, tous les chantages, à proférer toutes les menaces de représailles qu’il peut mettre en branle, afin ce conserver son jouet... Oui... il n’est absolument pas question d’oppression... il est question de possession...
Le Québec veut se posséder soi-même, le Canada veut se posséder non sans nous posséder... une obsession... possessive... qui est en fait de l’oppression pure et simple... Une oppression singulière qui il est vrai, est toute autre que toutes les autres... ce qui n’en fait pas pour autant un lieu de liberté... tant et aussi longtemps que les malversations commanditaires, le chantage et la menace ne seront pas que du passé... On en est loin... beaucoup s’en faut...
Luc A.