On le sait, l’homme fait parler de lui dans les journaux, on le voit à la télévision, il est l’auteur d’un essai sur le « Nous ». Il est sur toutes les tribunes, il connaît son heure de gloire. Toutefois, cette sur-médiatisation semble déplaire à certains péquistes. Lisée fait pourtant partie de la garde rapprochée de Pauline Marois. Alors, il est où le problème ?
Le problème, le voilà. Quand on n’a pas grand-chose à dire, on chiâle. Lisée prend trop de place, il fait de l’ombre aux vedettes du parti, madame Marois en tête. La nature a horreur du vide, on le sait. Lisée ne fait que prendre la place que d’autres n’osent pas prendre. La commission Bouchard-Taylor, les récentes données de Statistiques Canada sur l’état de la langue française au Canada et au Québec et les projets de loi 195-196 auraient dû permettre au PQ de se propulser au devant de la scène. Le PQ semble vouloir se ressaisir, mais il aurait pu en faire davantage. Habile et pertinent, Lisée aura réussi a attirer les projecteurs vers lui. Plutôt que de faire bloc, certains péquistes ont préféré critiquer son audace et lui reprocher d’agir en solitaire. On le voudrait plombier, discret, debout derrière, dans l’ombre. À mon avis, ce n’est pas lui qu’il faut brasser, mais le PQ.
On le désavoue presque alors qu’il vient de faire un coup fumant. Le sondage omnibus qu’il a commandé s’avère dévastateur pour nos bien-pensants, nos collaborateurs fédéralistes et la gauche dogmatique. Les résultats de ce sondage devraient pourtant séduire les stratèges du PQ, mais cela ne semble pas être le cas. Le PQ prédomine au sein du mouvement souverainiste, mais il n’est pas seul à se battre en ce bas monde pour faire la cause du Québec. Lisée, à ce que je sache, n’est pas un permanent du parti. On le consulte, on fait appel à ses idées, point. Cela ne lui enlève pas le droit de militer et de débattre. Si le PQ espère dépasser les 40% dans les intentions de vote, il devra changer d’attitude envers les militants de la société civile.
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Revenons au sondage. Alors que le projet de constitution du PQ obtenait l’appui de 52% des Québécois en octobre dernier, ce taux est maintenant passé à 63%. Ce pourcentage chute à 37% chez les non-francophones, ce qui est un score meilleur qu’il n’y paraît. Quant à la nécessité de connaître suffisamment le français pour devenir citoyen du Québec, 72% des sondés se disent en faveur. Même les non-francophones approuvent l’idée à 54%.
Le sondage recèle aussi son coup de théâtre : 65% des Québécois sont d’avis que les canadians qui déménagent au Québec devraient avoir une connaissance suffisante du français pour obtenir la citoyenneté québécoise. Cette proportion est de 47% chez les non-francophones. Je l’avoue, la nouvelle m’a sidéré. Dans une chronique précédente, j’ai fait part de mon désaccord sur cet aspect du projet Marois. Je ne m’attendais vraiment pas à un tel revirement. Quand on sait que le sondage a été réalisé avant le dévoilement des données de Statistiques Canada sur la langue parlée, ces résultats sont pour le moins remarquables.
Au-delà de ces chiffres, le sondage fait aussi état de données sociologiques intéressantes. Par exemple, on y apprend que les groupes les plus favorables aux idées de Lisée (notamment celle, controversée, de la langue d’enseignement au CEGEP) sont le plus souvent les travailleurs manuels, les gens gagnants moins de 60 000$ et les personnes ayant une scolarité de niveau secondaire. Bref, la classe ouvrière, le « monde ordinaire » pour paraphraser Mario Dumont. Quant à ceux qui s’y opposent le plus, on retrouve les gens de la région de Québec (toujours plus de « contre » à Québec qu’à Montréal !), ceux qui gagnent plus de 80 000$ par année et les personnes ayant un diplôme universitaire. Surprenant !
De tels résultats devraient réjouir l’ADQ, mais il semble que Dumont n’ait pas jugé bon d’en profiter. L’homme aurait-il moins de flair ? Quant au PQ, il n’aura pas su capitaliser. On préfère plutôt critiquer le militant Lisée. Hallucinant. Quant aux commissaires Bouchard-Taylor, c’est sûrement avec mépris qu’ils ont accueilli les résultats du sondage. Comme les gens les plus favorables à une constitution et une citoyenneté québécoise proviennent surtout des classes populaires, cela ne veut rien dire : Bouchard l’a dit, l’opinion des liseux du Journal de Montréal (et de Québec) et des regardeux de TVA ne compte pas. Après ça on viendra se plaindre que les intellectuels ne sont pas aimés au Québec. Je commence à comprendre pourquoi. Une chance qu’il existe des Lisée, des Bock-Côté et des Beauchemin, sinon ce serait presque le désert. La question nationale ne concerne pas seulement les élites et il est encourageant de voir des intellectuels accompagner la nation sur la question identitaire.
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Vous commencez à me connaître et vous savez que j’aime bien piquer Québec solidaire à l’occasion. Je dois vous avouer que le sondage omnibus commandé par Lisée m’a procuré une joie certaine. Vous me voyez venir ? Pas tout à fait ? Je vous donne un indice : ce qui va suivre s’inspire du paragraphe précédent. Je sens que vous commencez à comprendre…
Michel David, chroniqueur au Devoir, disait récemment que Françoise David avait pris une mauvaise décision en choisissant de se lancer en politique. Selon lui, cela avait eu comme conséquence de réduire son influence auprès des décideurs. Dans sa réplique publiée dans le Devoir du 13 décembre, alors qu’elle tentait maladroitement de contredire le journaliste, elle y allait de cette question et commentaire :
« Loin d’être éteintes, ma voix et celle de Québec solidaire se font entendre. Qui d’autre que Québec solidaire – parti souverainiste ! – a vigoureusement dénoncé l’opportunisme de certains politiciens faisant des immigrants les boucs émissaires des malaises identitaires de la majorité ? »
Sérieusement, je me demande sur quelle planète elle vit. Sa lecture se limite-t-elle au Monde Diplomatique ? Son téléviseur ne capte-t-il que TV5 ? Pourtant, ils sont nombreux ceux qui ont critiqué l’opportunisme douteux de Mario Dumont concernant la question identitaire. Pas plus tard qu’hier, Michel David du Devoir dénonçait avec brio les propos démagogiques de Dumont sur le nouveau programme d’éthique et de culture religieuse. Et que dire d’André Boisclair, lui qui ne s’est jamais privé de critiquer Dumont, au point que cela aura contribué à sa chute ! La palme d’or revient toutefois à Pierre Arcand, député du PLQ de Mont-Royal, qui avait dit de Mario Dumont qu’il était le Le Pen du Québec. Non, madame David, vous n’êtes pas la seule à dénoncer « vigoureusement » les manœuvres de Dumont.
Enfin, quant à l’opportunisme présumé du PQ à propos des projets de loi 195 et 196, je suis d’avis que Pauline Marois se devait de les déposer. L’opportunisme en politique n’est pas péché quand il s’agit de faire avancer des éléments de programme qu’on juge fondamentaux. La question de la citoyenneté québécoise ne date pas d’hier au PQ. Daniel Turp travaille en ce sens depuis longtemps et il n’est pas le seul. Québec solidaire considère que ces projets créeraient deux catégories de citoyens. Quiconque a lu les projets de loi sait que c’est faux. N’en déplaise à QS, le PQ a su avancer ses pions et le résultat lui a été plutôt profitable jusqu’à présent.
Enfin, les militants de QS auraient intérêt, à mon avis, à méditer sur les résultats du sondage portant sur les idées de Lisée. Ils verraient que le québécois moyen, celui qui trime dur, est à mille lieux de leur point de vue sur les projets de citoyenneté et de constitution. La position de QS est celle des bien-pensants universitaires, celle de certains professionnels et « experts », celle d’une bonne partie des gens de la région de Québec, là où les valeurs de droite dominent. Pire encore : QS donne l’impression d’être du côté des fédéralistes libéraux et des multiculturalistes moralisateurs. Parti des classes populaires, QS ? En tout cas, concernant l’identité québécoise, quelques ajustements seraient de mise …

