« Pour entrer en relation avec l’autre, il faut d’abord être soi-même. »
Boutros Boutros Ghali

Présumée tentative de corruption à Laval

Dénoncer ou garder le silence ?

« Ça peut t’aider, c’est dur, une campagne électorale », aurait dit le maire Gilles Vaillancourt à Vincent Auclair en lui tendant une enveloppe blanche

mercredi 17 novembre 2010

Québec — Bureau, tiroir, enveloppe : le scénario de la tentative de corruption semble simple et même expéditif. C’est celui que le député de Vimont, Vincent Auclair, décrivait hier matin en point de presse à l’Assemblée nationale. D’autant plus expéditif que celui qui était candidat libéral à l’élection partielle de 2002, au moment où il a fait l’objet de telles manœuvres, refuse même de prendre connaissance du contenu de l’enveloppe « blanche » que lui tend alors le maire de Laval, Gilles Vaillancourt, lors d’une rencontre à l’hôtel de ville : « Ça peut t’aider, c’est dur, une campagne électorale », lui aurait dit le maire.

Scénario connu, à vrai dire, au moins depuis la veille quand Radio-Canada a révélé, au terme d’une enquête d’un an, que dans des circonstances similaires, le candidat péquiste Serge Ménard à l’élection complémentaire de 1993 dans Laval-des-Rapides avait reçu une offre de même nature de la part du même maire. Offre chiffrée cette fois : 10 000 $, en petites coupures, ce qui enfreint la loi — le nom des donateurs d’une somme maximale de 3000 $, versée par chèque, doit figurer au registre des contributions électorales. La nervosité était palpable à l’entrée du caucus libéral précédant la période de questions.

Il y a des offres qu’on ne peut dénoncer, semble-t-il. Sur ce point aussi les témoignages de Ménard et d’Auclair sont similaires : en refusant l’enveloppe, ils se sont l’un et l’autre privés d’une preuve cruciale. Dénoncer, c’était aussi entrer dans une forme de combat singulier, sur le mode « parole contre parole », situation dans laquelle un néophyte craint spontanément de ne pouvoir faire le poids.

À l’entrée du caucus, le whip libéral Pierre Moreau n’a pas condamné son collègue Auclair. Ce dernier, contrairement à ce que prescrit son chef depuis des mois, n’a pourtant pas pris contact avec les enquêteurs de l’escouade Marteau avant hier matin. Quant au premier ministre Jean Charest, il a semblé prendre ses distances d’avec son député de Vimont : « Je lui laisse le soin d’expliquer pourquoi il n’en a pas parlé avant. »

Chose certaine, devant une telle tentative de financement illégal, la réaction de Guy Ouellette (Chomedey), ancien policier, aurait été claire : « J’aurais dénoncé sur le champ. » Joint par Le Devoir, un autre ancien député de la région de Laval, Joseph Facal, prône la prudence « à partir du moment où le maire nie ». Et lui, ancien député de Fabre, le puissant maire a-t-il essayé de le soudoyer ? Il éclate d’un rire sonore : « Je n’étais pas assez important, je n’ai pas eu droit aux mêmes égards ! »

Le danger n’en existait pas moins, s’agissant de celui qu’on qualifie parfois de « roi de Laval », s’il faut en croire Lise Bacon, ancienne ministre libérale et notamment responsable de la région de Laval au tournant des années 90. Le Devoir, en 2008, révélait qu’elle avait mis en garde la députée Michèle Courchesne, la trouvant trop proche du maire. Mme Courchesne a rétorqué hier que Mme Bacon erre et qu’elle n’est pas une proche de Vaillancourt.

Période de questions

En Chambre, l’opposition officielle a réclamé pour la énième fois une commission parlementaire sur l’industrie de la construction, requête réitérée à peu près dans les mêmes termes par le chef de l’Action démocratique du Québec, Gérard Deltell. Aux yeux de la chef du Parti québécois, Pauline Marois, le Québec traverse une « crise institutionnelle grave ».

Comme il était à prévoir, le gouvernement reste inflexible. Le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, a souligné à plus d’une reprise le défaut d’une enquête publique : accorder l’immunité à ceux qui témoignent devant elle. En revanche, la police possède le pouvoir d’étayer des accusations qui amènent les coupables « en prison ». Il annonce d’ailleurs l’addition de « quinze effectifs » [sic] au coût de 2,4 millions. Le gouvernement restera sourd à la demande de mise en tutelle de Laval (où le ministère des Affaires municipales mène déjà une « révision » administrative) que lui adresse l’opposition.

Pendant ce temps, à Ottawa, les conservateurs réclament la démission de Serge Ménard, maintenant député du Bloc québécois, qui a gardé le silence pendant 17 ans sur l’offre d’argent que le maire Vaillancourt lui aurait faite. « Une telle attitude irréfléchie le rend inapte à exercer ses fonctions de porte-parole [de son parti] en matière de justice », a affirmé aux Communes le député conservateur Steven Blaney. Une demande que le leader parlementaire du Bloc, Pierre Paquette, a qualifiée de « ridicule ».

De son côté, le premier ministre Jean Charest fait face à la même demande de démission : la pétition électronique qui l’exhorte à quitter son poste comptait hier, au moment d’écrire ces lignes, plus de 111 000 signataires.


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Enquête sur la corruption municipale - Affaire Gilles Vaillancourt

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