Dans le Devoir de samedi le 20 février, Denise Bombardier a publié un texte sur son ancien amant Lucien Bouchard dont elle explique le parcours politique, la relation avec le Parti québécois et somme toute la psychologie. Celle qu’on appelait jadis B-55 en faisant un mauvais jeu de mots avec son nom, évidemment inspirée par son sujet fait une analyse où elle brasse des concepts qui mériteraient d’être repris un à un et nuancés sinon rectifiés. comme la tolérance ou l’ouverture d’esprit.
Je ne donnerai qu’un exemple qui m’a touché et que je commenterai. Elle écrit :
"En fait, Lucien Bouchard vient de plomber le débat. Accuser ses anciens amis d’intolérance et d’aveuglement antireligieux, accabler le PQ en le déclarant l’héritier naturel de l’ADQ populiste et démagogique, c’est jeter l’anathème sur tous ceux qui refusent les conclusions bien-pensantes et fort discutables de la commission Bouchard-Taylor. C’est insinuer que la pensée souverainiste, voire nationaliste, contiendrait en elle-même l’intolérance, la fermeture d’esprit et la peur de l’étranger. On peut s’étonner du silence passé de M. Bouchard à l’endroit de l’ADQ lorsque ce parti était dirigé par Mario Dumont, dont il fut une sorte de mentor. Ce dernier n’exprima-t-il pas une forme de frilosité identitaire québécoise dont Hérouxville fut l’expression caricaturale."
Selon Denise Bombardier qui sacrifie à une mode, Hérouxville serait "l’expression caricaturale d’une forme de frilosité identitaire". Qu’est-ce que c’est que ce concept flou et vague de "frilosité" ? Qu’est-ce que c’est que la frilosité identitaire ? Et comment Hérouxville peut-il en être l’expression et en plus l’expression caricaturale ?
On peut avoir l’opinion qu’on veut sur André Drouin. Il raisonne comme un ingénieur pas comme une romancière. Quand il dit que ce sont les divinités qui doivent s’accommoder au mode de vie des Québécois et non pas le contraire et que par conséquent les accommodements que les divinités essaient de nous imposer ne sont pas raisonnables, il a une façon de s’exprimer qui frappe dans le mille. Par exemple, il pense que l’égalité homme-femme doit passer avant des demandes d’exception qui sont plus culturelles que vraiment religieuses.
Dans le mode de vie rédigé par André Drouin et adopté par le conseil municipal d’Hérouxville et par d’autres conseils municipaux, il n’y a absolument rien de caricatural. C’est la description juste et pittoresque des principales coutumes et façons de vivre des Québécois. Avec cette idée toute simple que ces façons de vivre sont valables et dignes de respect. Je me demande parfois si les contempteurs d’Hérouxville ont lu le texte lui-même. Parfois, j’en doute. C’est une expression amusante et remplie d’un humour décapant de notre identité. Il n’y a absolument rien de frileux là-dedans et absolument rien de caricatural.
On s’est servi du passage sur la lapidation des femmes pour tenter de ridiculiser le mode de vie. A Hérouxville, on a peur que les musulmans qui immigreraient lapident les femmes ah ah ah qu’ils sont arriérés ces villageois. C’est un contre-sens flagrant. Dans cette partie du texte qui fut ensuite biffée, André Drouin s’est permis une attaque voltairienne bien sentie contre les intégristes musulmans qui ont une façon de traiter les femmes qui n’ont pas été fidèles à leur mari qui n’est pas une invention du conseiller d’Hérouxville.
Quant au livre de Bernard Thompson aujourd’hui maire d’Hérouxville alors qu’André Drouin n’est plus conseiller, "Le syndrome Hérouxville ou les accommodements raisonnables", c’est un livre remarquable qui atteint son but : décrire l’engagement de personnes prêtes à soutenir avec courage et détermination les valeurs fondamentales de notre identité québécoise. C’est tout le contraire d’une frilosité caricaturale.
Quant à savoir si, par ses attaques gratuites, "Lucien Bouchard vient de plomber le débat", c’est lui accorder un pouvoir qu’il n’a pas. Il n’a même pas daigné d’excuser de s’être trompé en accusant Pauline Marois d’avoir traité son frère Gérard d’Elvis Gratton. Ça vous donne une idée du manque de classe de l’associé principal du bureau d’avocats de Toronto Davis, Ward, Philipps, Vineberg qui défend Coventree dans l’affaire des Papiers commerciaux. (voir le texte capital de Pierre Cloutier : "Le vrai visage de Lucien Bouchard"). Quand il s’agit des Juifs, Lucien Bouchard grimpe vite dans les rideaux. On l’a vu dans l’affaire Yves Michaud. On vient de le voir dans l’affaire de la modification du régime pédagogique pour "accommoder" six écoles juives qui vivent encore à l’époque du Talmud. Pour comprendre pourquoi, lisez le texte de Michel David, "Les sueurs de Lucien" où il explique les rapports du bleuet à l’argent. Ça donne une drôle de teinte à ses références démagogiques à la "générosité" de René Lévesque par rapport aux immigrants que Pauline Marois serait en train de trahir. Quand René Lévesque a compris que ses défaites dans Laurier étaient causées par le vote inconditionnel fédéraliste des ex-immigrants, je me demande s’il s’est senti si généreux que cela. Pierre Drouilly et Michel Lepage l’ont convaincu de changer de comté et de se présenter dans Taillon, un comté à 95% francophone où il fut élu, évidemment.
Dans son intervention intempestive, Lucien Bouchard a multiplié ce qu’on appelle en anglais "les cheap shots". Vous comprendrez que je sois resté glacial devant son plaidoyer pour la hausse des frais de scolarité universitaires, plaidoyer qu’il a osé qualifier, avec un humour noir inconscient, de convivial. La convivialité de Lucien Bouchard se nourrit du concept de simplicité volontaire qu’il a appliqué alors que, premier ministre, il vivait dans le bunker sur la Grande-Allée. Regardons plutôt du côté de "l’économie autrement" pour sortir de l’obsession du déficit qui a conduit un premier ministre du Québec à se faire dicter ses politiques par Standard and Poor’s. Avec les conséquences que l’on sait. Avant de prendre Lucien Bouchard comme guide et flambeau, nous demandons à réfléchir.
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 25 février 2010


