D’abord La Presse décide que le sujet traité par Pauline Marois lors de sa conférence de presse de dimanche, le 7 juin ne mérite pas la première page. Comme Michel C. Auger l’a affirmé à Pascale Nadeau : “Ce que dit Madame Marois ne s’adresse pas à vous : ça s’adresse aux militants du Parti québécois qui exigent sans cesse une feuille de route.” Pas brillant comme commentaire.
Vous allez sur le site internet du Parti québécois : vous avez le texte intégral de la déclaration de Pauline Marois accompagné d’une vidéo . Vous allez lire l’article de Denis Lessard.
Le titre de La Presse entre guillemets : “Faire avancer le Québec en attendant la souveraineté”, c’est exactement le contraire du titre du communiqué du Parti québécois : “Plan pour un Québec souverain : une rupture avec l’attentisme. Ça commence mal. Un faux titre. Toute la démarche vise à réaliser un plan d’action pour cesser d’attendre d’avoir gagné un référendum sur la souveraineté avant d’agir. Toute la démarche vise à agir pour aboutir à un référendum gagnant sur la souveraineté.
Sous-titre : “Le plan de match de Pauline Marois : ouvrir tous les fronts avec Ottawa.” Ça se défend.
“Québec” indique la provenance du texte de Lessard sur une conférence de presse tenue à Montréal, à la permanence du PQ. Sans commentaire.
Première phrase du texte de Denis Lessard : ”La souveraineté n’est pas pour demain. En attendant, le Parti québécois veut mobiliser les Québécois en ouvrant de nombreux fronts, en multipliant les revendications auprès du gouvernement fédéral.” “La souveraineté n’est pas pour demain” c’est mieux que l’attente du Grand Soir de l’article de la semaine passée mais si Denis Lessard était entré dans la perspective de l’intervention de Pauline Marois dont il est supposé rendre compte, il aurait écrit ; “Pour que la souveraineté se réalise enfin, le Parti québécois veut mobiliser les Québécois.” Vous voyez la différence. “La souveraineté n’est pas pour demain” est-ce de l’information ou n’est-ce pas plutôt le désir de Lessard- Pratte-La Presse-Power Corporation-Paul Desmarais !
On lit ensuite une description potable du contenu du communiqué remis aux journalistes, Pauline Marois cite les résultats d’un sondage interne disant que 70% des Québécois veulent faire un seul rapport d’impôt : Québec serait le seul percepteur de la totalité des impôts des Québécois. Une remarque empoisonnée suit : “Hier, le porte-parole Pascal Monette a refusé toutefois de fournir plus de détails sur ces sondages, sur la formulation des questions et même sur la maison qui les avait réalisés.” Habitué aux tripotages de CROP-La Presse, Lessard se méfie des sondages et sème le doute sur le sondage cité par Pauline Marois et par conséquent, il veut qu’on doute que 70% des Québécois veulent un seul rapport d’impôt.
Le plus vicieux porte sur les référendums sectoriels au pluriel comme si on pouvait faire un référendum comme on boit un verre d’eau ou comme on change de chemise. Pauline Marois a dit en réponse à une question d’un journaliste : “Notre but n’est pas de faire de référendums sectoriels. Notre objectif, c’est de faire un référendum, celui qui comptera, celui sur la souveraineté. Je garde l’agenda ouvert. Je veux pouvoir le tenir le plus rapidement possible, lorsque nous penserons que nous pouvons avoir l’appui de la population” Ces citations sont exactes et sont dans l’article de Denis Lessard.
Denis Lessard n’ayant pas obtenu la réponse souhaitée sur les référendums sectoriels mentionnés dans son article de la semaine passée qui a servi de base à Jean Charest pour qu’il puisse dire que les référendums sectoriels de Pauline Marois nuiront à l’économie du Québec, il quitte la conférence de presse de Pauline Marois et se rabat sur Gérald Larose et Pierre Dubuc. Leur a-t-il téléphoné ? D’où viennent les déclarations selon lesquelles “une liste de revendications doit être appuyé par des référendums sectoriels”. Entre guillemets, attribuée à Gérald Larose la phrase suivante : “Si on nous dit non on doit aller demander l’opinion du peuple”. De même pour Pierre Dubuc : entre guillemets : “Les discussions avec Ottawa, les gens vont réaliser que cela ne fonctionne pas. La conséquence logique sera la tenue de référendums sectoriels.”
Je m’inscris en faux contre cette idée de référendums sectoriels au pluriel ce qui montre qu’il y en a qui n’ont pas beaucoup réfléchi à la question. Comme le disait Jacques Parizeau samedi dernier (voir video sur Vigile.net), à 85 millions le référendum, on va y penser deux fois. Ce qui n’a pas été compris, c’est les conséquences de ce qu’a dit Pauline Marois. Elle a dit : nous allons nous faire élire sur ce plan d’action qui pourra être modifié et bonifié d’ici les prochaines élections. Une fois élu, nous aurons le mandat de le réaliser.(sous-entendu, pas besoin de demander la permission à chaque geste que nous poserons : les Québécois qui nous auront élus nous auront donné le mandat d’avoir un seul rapport d’impôt envoyé à Québec, d’adopter une constitution qui inclut une nouvelle Charte de la langue française, d’adopter une citoyenneté québécoise au coeur de laquelle le français sera dominant, de récupérer tous les pouvoirs en culture et communications etc etc). L’opinion du peuple, on l’aura eue lors de l’élection. Il faut se débarrasser de la référendite aigüe, il me semble que la formule est de Gérald Larose. Le Parlement de Québec avec un gouvernement du Parti québécois agira et réalisera le plan qui l’aura fait élire. C’est ça la gouvernance souverainiste et arrêtez de nous casser les pîeds avec vos maudits référendums sectoriels qui sont la marque d’esprits impuissants, prisonniers de l’étapisme, incapables de se libérer de l’idéologie pseudo-démocratique selon laquelle un gouvernement qui a reçu un mandat clair lors d’une élection ne peut pas gouverner parce qu’il a un autre gouvernement dans les jambes. Pour mettre fin à cette situation, il faut agir, le gouvernement de Québec doit agir et c’est ce que proposent Pauline Marois et son équipe.
L’insistance de Denis Lessard sur les référendums sectoriels au pluriel est suspecte. Quant à l’idée de Pierre Dubuc et Marc Laviolette (qui ne devrait pas être rattachée à l’idée “divisive” de référendums sectoriels) selon laquelle le référendum s’enclenchera quand suffisamment de gens le réclameront, une consultation “d’initiative populaire”, elle mérite d’être examinée parce qu’elle aurait comme conséquence l’implication de plus en plus grande des citoyens, ce que souhaite Pauline Marois quand elle dit : “Le Parti québécois veut mobiliser les Québécoises et les Québécois autour de son projet de pays et c’est ce qu’il fera.”
Le dernier paragraphe de l’article de Lessard se porte du côté d’Ottawa. Il cite Dimitri Soudas, l’attaché de presse de Steven Harper qui essaie de nous faire croire que “depuis 2006, le gouvernement Harper respecte les compétences québécoises et reconnaît les aspirations de la nation québécoise”.
Cette conclusion relève de la propagande fédéraliste qu’André Pratte approfondira dans son groupe l’Idée fédérale, un groupe de “penseurs” qualifiés de non-partisan (quelle farce !) qui lui donnera l’occasion de publier à volonté dans la section FORUM des articles de propagande anti-indépendantiste et c’est déjà commencé.
Pourrons-nous lire dans La Presse de demain le texte intégral du communiqué de Pauline Marois non filtré par Denis Lessard avec son titre : “Plan pour un Québec souverain : une rupture avec l’attentisme.” ?
Robert Barberis-Gervais, Longueuil, 8 août 2009
