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Bien que le Québec soit une province faisant partie de la Confédération nationale, il est plus qu’une province, en ce sens qu’il est la patrie d’un peuple : il constitue très nettement une nation dans une nation. - Lester B. Pearson
             
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Démocraties en mode auto-destruction
Jean-Luc Gouin
Tribune libre de Vigile
jeudi 24 avril 2008      101 visites


Pieu d’ancrage : « Manipulation médiatique à Washington »
Le Devoir du 21 avril 2008

La « première » démocratie du monde n’est plus qu’une dictature « tempérée » - la gelée de pétrole enveloppant le poing - par le consommérisme à outrance. La main sur le coeur et vibrato dans la voix, des gouvernements canadiens Tartuffe à répétition trahissent ledit régime de même appellation (les Commandites, la propagande de tous les instants avec le concours... de médias comme Gesca, le discrédit idéologique à l’égard de la « minorité », le détournement économique insidieux et bien ciblé) dans le dessein de barrer la route à la libération politique de la nation québécoise (cent et une fois remise sur le métier selon des modalités pacifiques et indéniablement démocratiques, quant à elle).

Un gouvernement québécois (et le premier ministre Jean Charest au premier chef) qui depuis cinq ans éradique, « insignifie » ou « eunuquise » les leviers nationaux encore existants ou actifs, et qui de manière générale foule aux pieds notre propre identité (mépris d’un statut minimalement digne au sein d’une Confédération massivement anglo-saxonne dont le peuple du Québec fut expulsé sans retour et sans états d’âme il y a maintenant plus d’un quart de siècle, bilinguisation tous azimuts de l’État et de la vie sociale couplée à une extraordinaire indifférence à l’endroit de la langue française, collusion avec tous les Paul Desmarais de ce monde pour qui l’intérêt personnel ou corporatif phagocyte par définition l’intérêt collectif, asservissement empressé et on ne peut plus volontaire au Rest of Canada).

Liste non exhaustive. Bien entendu.

Mais dites-moi, esprits éclairés de ce notre temps, comment voulez-vous, dans son salon privé où il ne parvient plus à juguler sa colère, que le citoyen de ces présumées démocraties n’en arrive pas à conclure - homme qui souffre prend odeur de soufre - que « taper dans le tas » constitue la seule issue qui lui reste. Estimant « en toute logique » qu’il a forcément tout à gagner. Puisqu’il n’a plus rien à perdre.

Rien à perdre en effet. Car l’individu dépossédé de sa dignité citoyenne, parce que trahi par l’État même en qui il a investi sa confiance, n’est plus qu’un mangeur de pommes de terre réduit jusqu’en son âme même à l’épaisseur de son portefeuille. L’ennui, c’est que ce qui a valeur n’a pas de prix.

De George W. Bush à Jean Chrétien (Stephen Harper apprend vite lui aussi, il faut bien l’admettre), de Jacques Chirac (une sentence de dix ans de pénitencier lui pend au menton) à Nicolas Sarkozy, de Vladimir Poutine à Silvio Berlusconi et Jean Charest, les démocraties s’auto-détruisent. Et à n’en pas douter, toutes ces bonnes gens aux rênes de ce raffiné Système du mensonge feindront la surprise - voire l’indignation - lorsque tout leur explosera à la figure.

De St-Petersbourg à Paris, de Hambourg à San Francisco, de Fribourg à Trois-Pistoles, nous sommes tous des « Chinois populaires » égarés sur une place Tiananmen aux dimensions de la Planète. Et en attendant la charge finale qui, on le présume, saura viser juste, George Orwell se félicite déjà d’avoir vu juste.

Ainsi nos enfants clones, à qui nous auront fait troquer la puce à l’oreille pour la puce en cortex, lui seront reconnaissants en lui élevant un superbe Monumenteur de béton qui n’aura rien à voir, on s’en doute un peu, avec la carrière de Gaston Miron.

Monument que dans le newspeak ou novlangue, que nous leur aurons inculqué par amour de la servitude, ils surnommeront affectueusement (d’ailleurs moins par confusion des genres que par celle des notions de l’Histoire - tantôt sciemment « amnésiées », tantôt opportunément réorientées dans leur signification - par quelque Jocelyn Létourneau du futur) : « The Great George Double U ».

Mais réjouissons-nous tout de même. Avec Raymond.
Car nous, enfin ! nous serons morts mes frères.

Jean-Luc Gouin,

Québécois actuellement de séjour en Tunisie, ce 21 avril 2008








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