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Vieux veut dire accroché à des formules toutes faites, des idées toutes faites, des idéologies commodes, des clichés, des phrases toutes faites, des formules préparées d’avance, des formules propitiatoires, des idéologies, "de droite" ou de "gauche", bref, tout l’arsenal de la mort de l’esprit.
Par exemple : l’amour. S’il est un mot qui me répugne, c’est bien celui-là. On aime l’amour. On aime les toasts beurrées au syrop, on aime le sport, on aime les femmes, on aime les voyages. Vous ne savez pas qu’aimer l’amour est une monstruosité ? C’est associer l’amour avec un retour sur soi, en faire un piège vers soi et pour soi. Et pourtant, l’amour vrai ne cherche pas son avantage. Il est gratuit ou ce n’est pas de l’amour.
Les orientaux n’usent pas de ce mot. Aimer quelqu’un consiste à faire Acte de Présence à ceux qu’on aime. On ne dit pas je t’aime. On dit simplement : "Je suis là". Ce qui veut dire : Être là et avec.
Tous les actes se définissent en fonction de la Présence. On ne mange pas parce qu’on aime ce qu’on mange mais parce qu’on est avec quelqu’un avec qui on mange. Que la nourriture servie soit bonne, tant mieux.
La vie est relationnelle. La vie n’est pas relative comme nous le disons.
Voici quelques clichés à la mode, qui sont autant de pièges pour l’esprit qui s’y laisse prendre.
"Boisclair a rendu les armes"
"On est en démocratie".
"Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir"
"Churchill a promis des larmes et du sang"
"On est prêts pour la guerre"
"Chassez le naturel, il revient au galop"
"C’est avec de l’argent qu’on fait de l’argent"
"Il faut laisser du temps au temps"
"Il reste beaucoup de chemin à parcourir"
"Nous avons perdu une bataille, nous n’avons pas perdu la guerre"
"Nous sommes dans le pétrin (pour ne pas dire dans la merde) jusqu’au cou"
"Il faut ménager la chèvre et le chou"
"Qui trop embrasse mal étreint"
"On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs"
"Le vent à tourné"
"La télévision se taille la part du lion et laisse les miettes aux autres"
"Remettons-nous dans le droit chemin"
"L’indice d’écoute a plongé"
"La cote a remonté"
"La loi du marché"
"Tirer son épingle du jeu" (Il m’arrive de le dire)
"Les conditions gagnantes" (sans spécifier autrement)
"Les vraies affaires".
"L’étau se resserre"
"Prendre le beurre et l’argent du beurre".
Ces clichés contiennent sans doute des éléments de vérité, des fragments,mais ils ne permettent pas d’apprécier objectivement ni avec rigueur les contextes et les situations qui se présentent MAINTENANT et qui sollicitent présence et agir.
Les clichés sont dangereux parce qu’ils proposent une réponse toute faite au détriment du discernement qui exige de ne jamais tirer de conclusions fixes. La vie est mouvement : elle n’est pas fixe comme une image.
IL y a pire que les clichés. Il y a l’idéologie et les systèmes philosophiques tout faits d’avances, le "prêt à penser", pour employer un autre cliché. Rien n’est décidé d’avance. Le mur qui est là devant moi n’a pas décidé d’avance que je vais me fracturer le crâne dessus. La falaise devant moi n’a pas décidé d’avance que je vais y grimper et me tuer dans une chute. L’eau qui est là devant moi n’a pas décidé d’avance ce que je vais faire. La forêt qui est là n’a rien décidé d’avance. Elle est le produit de la rencontre d’un nombre élevé et complexe d’éléments dont je peux identifier la trame sans tout savoir pour autant. Le couple qui se rencontre décide rarement d’avance que de leurs relations naîtra un enfant. La décision vient ensuite et l’acte sexuel ne garantit rien non plus.
Jean Paul Sartre a fait remarquer qu’un homosexuel n’est pas un homosexuel comme une chaise est une chaise et une table est une table. C’est le jugement qu’on porte qui crée les fixations. De même pour un "communiste" un "socialiste", un "capitaliste", ou un "séparatiste". Donc, qu’on s’abstienne de juger, qu’on se la ferme et qu’on se serve de son esprit de discernement, lequel se passe de jugements.
Formé et entraîné pour la guerre, j’ai appris très tôt que ce ne sont pas les conflits d’intérêts qui provoquent les guerres et les massacres mais les jugements simplistes, réductifs, à base d’idées fixes, qui aggravent les conflits et provoquent les confrontations armées. Si l’humanité avait appris à se taire autant qu’à parler, il n’y aurait jamais eu de guerre.
Fermez-vous-la et on aura la paix. Taisez-vous. Abstenez-vous de juger, ce qui n’est pas la même chose qu’apprécier une situation ou un contexte, l’appréciation étant opérative et tournée vers l’action.
Ne cherchez pas à avoir raison. Mieux vaut avoir la paix qu’avoir raison. Gagner pour gagner ? - À tout prix ?
Laissez faire et la victoire viendra en son temps. Ce n’est pas une invitation à ne rien faire, loin de là, mais à agir avec pertinence. Autrement, c’est de l’agitation, ce n’est pas de l’agir.
Les idées sont vieilles lorsqu’elles accrochent l’esprit et on est vieux lorsqu’on s’accroche à des clichés, des idéologies, des idées pour les idées, des formules toutes faites, alors que le temps avance et que la situation a déjà changé.
Si j’insiste sur la Loi 99, ce n’est pas parce que c’est une "bonne idée", mais parce que c’est un fait accompli, un FAIT, PAS UNE IDÉE NI UNE IDÉOLOGIE NI UN SYSTÈME. La stratégie politique part des faits et des principes, non des clichés et des idées. Les faits et les principes sont jeunes et poussent à avancer alors que les idées et les idéologies sont vieilles et créent des fixations.
Il n’y a jamais eu dans le monde autant de meurtres qu’au vingtième Siècle, tous au nom de sacrosaintes idéologies, à "gauche" ce qui est ridicule, "à droite", encore plus ridicule, "au centre" à interpréter comme vous voudrez.
De retour à l’université à 65 ans, j’assiste au cours d’un prof qui m’a assommé de termes en "isme", dont le "positivisme", le "néo-structuralisme", le "fordisme" et bien entendu le "déterminisme" de mes thèses sur la géopolitique.
Que ce prof s’acharne à "détonner" par rapport à mes thèses ne me fait ni chaud ni froid. Au moins, qu’il le fasse avec des arguments qui conviennent, des arguments concrets, des arguments principes, qui m’obligent à rajeunir des textes qui n’ont pas été élaborées pour créer des idées fixes.
À la place, il m’a fait vieillir (entendez m’a fixé, cloué au poteau) et a fait vieillir les étudiants de sa classe. Pour m’impressionner, il a cherché à m’introduire à ses savants calculs d’entropie, comme si je ne connaissais pas l’entropie. J’aurais pu lui donner un cours pendant des mois sur le sujet mais il semblait tellement sûr de lui (ou si peu sûr de lui) que je l’ai laissé tranquille, ne voulant pas provoquer chez ce pauvre jeune homme de dépression inutile.
J’avais 30 ans de plus que lui. Qui était vieux ? Celui qui ne cesse d’avancer ou celui qui se piège dans des idées fixes ?
Personne ne peut "détonner" de mes idées, monsieur, pour la simple raison que je n’ai pas d’idées, seulement une connaissance des faits et des principes qui sous-tendent les faits. Et les principes ne sont pas des idées, seulement les éléments intangibles de la réalité et du réel. Le principe est concret et intangible. Il n’est pas abstrait comme une idée.
L’existence est relation en acte et en puissance. Prenez par exemple l’acte de voir. Je vois parce que j’ai des yeux pour voir ? Les yeux seuls et toute la faculté de voir ne font pas l’acte de voir. Je vois parce que j’ai la faculté de voir, qu’un monde visible m’entoure et que des jeux de lumières infinis me permettent d’entrer en relation avec l’univers qui m’entoure. Supprimez un seul de ces éléments et l’acte de voir disparaît par le fait même. Ces trois éléments : ma faculté de voir, le monde visible et les jeux de lumière, trois infinis multiples, ne font qu’un seul acte de voir. ET CET ACTE EST TOUJOURS JEUNE, PARCE QU’IL SE PRODUIT DANS L’INSTANT. Il n’est pas fixe.
Donc, l’existence, qui est relation en acte et en puissance, est à la fois Trine et Une. Ce n’est pas une "bonne ni une mauvaise idée" seulement la constatation d’un fait d’existence très simple qui est une merveille de chaque instant, merveille que j’apprécie moi-même non pas malgré mon âge ( je pourrais vous servir de grand père) mais à cause de mon âge, alors que j’ai appris à apprécier ce qui est, non ce qu’on dit et ce qu’on raconte sur ce qui est.
Les idées pour les idées, les mots pour les mots et les phrases pour les phrases, voilà ce que Freud appelait le mal de la civilisation. C’est la nature même de la névrose obsessionnelle, la Zwangsneurose, Aucune maladie organique du cerveau, pas de virus, ni bacilles, ni autres microbes ni cancer, rien. Seulement des idées, des idées, des phrases toutes faites, des sentences pour les sentences, des formule propitiatoires, des slogans, bref tout l’appareil terrible de la mort de l’esprit, l’esprit qui voit d’abord, qui pense ensuite. L’esprit mort est celui qui pense sans rien voir.
Lorsque je vous entend discuter entre vous et sortir des clichés et des formules toutes faites, des phrases faites d’avance, plutôt que commenter sur la situation nouvelle qui se présente et sur les contextes qui en changent la signification, la portée, le sens et la dynamique, je vois que vous êtes vieux, plus vieux que moi qui vit un seul instant à la fois, l’instant qui m’est donné maintenant et qui ne reviendra pas. J’avance. Je ne recule pas.
J’ai vu ce matin que Mario Dumont avance. Cela se voit par son discours. Il a de l’expérience maintenant, donc il a eu le temps de rajeunir son discours, fondé sur des faits. C’est lui qui va gagner et c’est lui qui va conduire le Québec vers la souveraineté, avec Pauline Marois. Jean Charest ne sera plus là. Je le pense mais vous avez le droit et le devoir de me dire que je me trompe, à partir des arguments principes, non des idées pour les idées.
Croyez-moi, monsieur, il faut avoir vécu et avoir acquis beaucoup d’expérience pour être jeune. À la naissance, on hérite d’un cosmos qui remonte plus de 15 milliards d’années en arrière. C’est par notre rajeunissement que nous renouvellerons la surface de la terre et ce rajeunissement exige du vécu, de l’expérience et de la présence d’esprit. Ce qui doit arriver après la naissance, c’est la naissance de l’Esprit, la seconde naissance.
L’Évangile, par une seule question, apporte une cure psychanalytique à cette mort de l’esprit : "Ce que tu dis, dis-tu celà de toi-même ou est-ce que d’autres te l’ont dit ?"
En d’autres termes, est-ce que tu as commencé par VOIR avant de commencer à parler pour parler ? As-tu commencé par ENTENDRE avant de commencer à juger pour juger ?
As-tu commencé par SENTIR avant de commencer à sauter sur les conclusions ?
"N’aies pas peur, approches, TOUCHES-MOI, dit la "mauvaise fille" au garçon peureux et plein de préjugés contre les femmes. Malheureusement, il est rare que le garçon "pogné" quitte ses préjugés hérités du dragon maternel (Selon Guy Corneau), pour ne plus juger les femmes, qu’il persiste à voir à travers son esprit tordu plutôt qu’à voir en termes relationnels et par conséquent réels. "Les prostituées vont entrer dans la vie éternelle avant les autres", dit l’Évangile. Pourquoi ? Parce que, étant de "mauvaises femmes", elles ne jugent personne et ne jugeant personne, elles ne détruisent personne.
Cela s’applique autant à la politique, que la vie économique, sociale et religieuse, cette denière ayant pour objet la relation avec l’Incréé, l’Innommable, l’Insaissable, l’Être-qui-Est, par opposition aux êtres-qui-ont et qui ne sont pas, parce qu’ils ne peuvent être sans avoir.
Tout cela est primitif, fondamental, ontologique, non pas logique. C’est l’esprit de la géopolitique, primitive et fondamentale, relationnelle, come l’acte de VOIR, ENTENDRE ET SENTIR. Les arguments principes sont relationnels, non pas relatifs ni rationnels, ce qui les réduiraient aux contenus des discours. La réalité et le réel échappent aux discours. Il faut avoir l’humilité d’admettre que nos mots ont souvent peu de rapports avec la réalité, radicale, et le réel, relationnel.
Est vieux qui n’avance plus. C’est très simple.
Daccord pour l`"Amour", et le "Bonheur " aussi : des mots frauduleux parce qu`indéfinissables ! Et que sans définition, implicite ou explicite, il n`y a pas de dialogue sérieux. Ça nous manque beaucoup, par les temps qui courent : faut croire que ça fait peur !
Quant à l`"idéologie", ma définition (post 68...) : "L`abdication de l`intelligence" !
Ma devise ("home made") : "Sans tutelle de Raison, Coeur ne vaut, et souvent même pervers". Et ça sonne aussi pas mal , pour "le fun", en latin : "Nisi Ratio Tutrix, Anima non valet, etiamque saepe improba".
Et pour ce qui est de la "critique", on peut constater que le mot "krisis" n`a pas changé..."d`un iota" , littéralement, en 2400 ans : je l`utilise régulièrement comme plan proposé aux personnes mal prises , en recourant à ses 4 sens (résumés du texte du dictionnaire Bailly de 1951) :1-Remise en question,2- Procès, 3-Jugement, 4-Décision. Assez complet merci comme démarche, ne trouvez vous pas ?
Pour ce qui est d`être "vieux" : l`est "Celui ou celle qui n`a pas de projet".
Philosophie, latin, grec, "et cetera" : quel plaisir de pouvoir ( sans pour autant en être spécialiste : tout juste familier ! )avoir accès et recours à ces ressources ! Sans arrogance , mais en plaignant seulement ceux que ma génération a trouvé brillant d`en priver. Car, entre autre, pour ce qui est des soi disant "langues mortes ", elles sont la mine de l`étymologie grâce à laquelle on arrive très rapidement à éteindre bien des faux débats !
En toute estime !
Georges-Étienne Cartier (66 ans) , à Beaurepaire, le 14 mai 2007

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