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Je vous préviens : voici ce qu’on appelle une chronique d’humeur. De très très mauvaise humeur.
Yvon est un gars ordinaire qui habite un bungalow ordinaire, à quelques pas du mien dans un quartier tranquille de Laval. Nos vies sont des hymnes au 450 : piscine hors terre, tondeuse et perpétuelle navette pour reconduire nos gars au soccer et nos puces à la danse. Ni riche ni pauvre, Yvon a travaillé fort pour ce qu’il a. Nous sommes ceux dont Pierre Falardeau se moque. Yvon, c’est mon genre de gars.
Yvon est évidemment convaincu que tous les puissants sont corrompus et que la société est un vaste complot pour arnaquer les honnêtes travailleurs comme lui. Depuis que je ne suis plus ministre, je suis redevenu fréquentable pour lui. On jase souvent au dépanneur. J’étais un des moins pires, me dit-il des fois.
Je lui dis souvent que les députés et les fonctionnaires sont, pour la plupart, honnêtes et compétents. Pour lui expliquer Olymel, nos hôpitaux débordés, nos routes défoncées, je lui parle du déséquilibre fiscal, de la crise démographique, de la mondialisation, de la dette. Yvon rigole. Du pelletage de nuage tout cela : pour lui, tout est affaire de mauvaise gestion et de gaspillage. Yvon dégaine vite : le métro de Laval, la Gaspésia, les écoles juives, le CHUM. Il remonte même jusqu’aux Jeux olympiques. Yvon a de la mémoire.
Le mépris du peuple
Je vous raconte cela parce que les révélations du Journal de Montréal sur les dépenses de la lieutenante-gouverneure du Québec ne laissent que très peu de place au doute. Nous sommes en face de ce qui a toutes les apparences d’un scandale, un vrai de vrai, financé depuis des années par vous, moi et Yvon. On paie à Mme Lise Thibault des parties de pêche, les journées de ski de sa famille, des repas tenus dans plus d’un restaurant en même temps, un train de vie princier. Québec lui verse une allocation pour se loger, mais elle se fait rembourser son loyer par Ottawa, en plus d’habiter chez son propre directeur de la sécurité.
Vous essaierez ensuite d’expliquer à Yvon que les détenteurs de charges publiques ne sont pas tous comme elle. Que l’immense majorité d’entre eux ne se moquent pas de lui, qu’ils n’ont pas oublié d’où ils viennent, qu’ils savent distinguer entre le travail et le plaisir, entre eux-mêmes et leurs proches. Le comble est que la dame ose se dire « blessée ». Et nous, madame ?
A-t-elle au moins honte ou est-elle à ce point déconnectée qu’elle se demande pourquoi cette tourmente pour de simples peccadilles ? Félicitons au passage ce brave fonctionnaire qui a eu l’élémentaire décence de refuser d’honorer la facture de la réparation de la voiturette de golf adaptée de Son Excellence quand elle était en Floride.
L’autre jour, on la voyait à la télévision faisant circuler un plateau de délicates mignardises à ses convives. Vous essaierez ensuite de faire croire à Yvon que la vie de son modeste député, c’est plutôt une succession ininterrompue de sandwichs en triangle, de spaghettis tièdes baignant dans l’eau, de poulet en caoutchouc et de filets de saumon insipides dont les coins retroussent parce qu’ils ont cuit trop longtemps.
Évidemment, la fonction elle-même de lieutenant-gouverneur, comme celle de gouverneur général, n’est que la conséquence résiduelle du maintien d’une monarchie jurassique et parasitaire. À Ottawa au moins, quand Michaëlle Jean décide, pour reprendre ses propres mots, de faire une folle d’elle, elle nous fait rire. Rien de comique ici.
Jean Charest vient d’ordonner une enquête. C’est la moindre des choses. Mais ce que nous savons, et qui n’a pas été nié, est déjà suffisant. S’il reste à cette dame une once de décence, elle aurait déjà annoncé qu’elle est en train de faire ses boîtes. Yvon a hâte de savoir combien le déménagement va lui coûter.

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