La présidente du Parti québécois, Mme Monique Richard, a proposé hier un amendement au Conseil National pour remplacer l’expression "conversation nationale sur la souveraineté" par "débat sur la souveraineté". Ce n’est pas la trouvaille du siècle, mais bon, c’est mieux que l’insipide "conversation nationale" qui ressemblait plus à une discussion de salon ou de taverne, impromptue et imprévue, plutôt qu’à une véritable consultation citoyenne bien préparée et encadrée.
Quoi qu’il en soit, ce n’est pas en changeant les termes qu’on va changer le fond. La véritable question qu’il convient de se poser à ce sujet est de savoir où, quand et comment aura lieu ce "débat sur la souveraineté".
Rappelons quelques faits de base : il n’y a jamais eu au cours des 8 dernières périodes électorales depuis 1974 (1974, 1981, 1985, 1989, 1994, 1998, 2003 et 2007) aucune "conversation nationale sur la souveraineté" et encore moins de "débat sur l’indépendance nationale". Comme le mentionne Gilbert Paquette dans son livre intitulé "La nécessaire alliance", Les Intouchables, Montréal, 2008, p. 22, lors de la dernière élection en 2007, le chef du Parti québécois d’alors, André Boisclair a même refusé, contrairement au programme et aux statuts, de faire porter l’élection sur le "projet de pays" voté lors du Congrès de juin 2005 et de demander un mandat pour le réaliser sous prétexte "qu’il n’était pas en campagne référendaire". On se rappelle toutes et tous son insipide "feuille de route" provinciale moins exigeante que celle du Parti libéral et préparée en toute hâte à la dernière minute. Tous les députés actuels du Parti québécois ont été complices de cela en participant à la liquidation du "projet de pays" lors du Conseil National de Laval tenu avant l’élection de 2007. Il faut le dire pour que ces derniers s’en souviennent, car la mémoire, comme on dit, est une faculté qui oublie, particulìèrement en politique ! Voir à ce sujet tous mes écrits sur Vigile.
D’autre part, la "promotion de la souveraineté" a toujours été le mythe le plus puissant au Parti québécois, Rappelons-nous le célèbre slogan "sortir, parler, convaincre" dont se sont gargarisé les élites décrochées du parti pendant de nombreuses années et qui ne voulait strictement rien dire, sauf de belles paroles creuses. Rappelons-nous également la fameuse "école sur la souveraineté" mise sur pied et dirigée par le député de Saint-Hyacinthe, Léandre Dion, qui a été un échec patent, dû en partie à un manque flagrant de volonté politique.
Enfin, alors qu’il aurait été indiqué depuis longtemps de faire, au sein du parti et dans la population, des débats sur les modes d’accession à la souveraineté à travers le monde, rien n’a été fait dans les instances locales, régionales et nationales pour informer et former les militants à ce sujet. La simple lecture du chapitre 3 du livre de Gilbert Paquette sur les modes d’accession à l’indépendance des nations au cours des derniers siècles est plus instructive que 35 ans de militantisme au sein du Parti québécois. On comprend aisément pourquoi en lisant le livre de Gilbert Paquette : beaucoup de pays ont accédé à l’indépendance par la négociation, la déclaration unilatérale d’indépendance et sans nécessairement tenir un référendum, ce qui contrevenait au dogme officiel du parti. Alors pourquoi tenir des débats sur quelque chose qui est coulé dans le ciment ? Décidément, l’étapisme de Claude Morin aura fait beaucoup de dommages, dont les plus importants ont été la démobilisation et le découragement de dizaines de militants indépendantistes sincères et dévoués.
La meilleure façon de faire un débat sérieux sur l’indépendance nationale c’est de le faire pendant les campagnes électorales. C’est le moment privilégié où les citoyens sont en mode "écoute" et où ils sont en mesure de faire entendre leurs voix en donnant un mandat à un parti politique par leurs votes. Si la nouvelle direction du Parti québécois est vraiment sérieuse, elle devrait normalement faire porter la prochaine élection sur le "projet de pays" voté lors du XVè Congrès de juin 2005. Il importe peu à la rigueur que le tout soit suivi d’un référendum immédiat. Ce qui importe c’est d’avoir un mandat précis pour agir comme un gouvernement national au lieu d’être un simple petit gouvernement provincial comme l’a toujours été le Parti québécois depuis l’étapisme de Claude Morin.
Qui vivra verra, comme dit l’adage, mais, en attendant, si le passé est garant de l’avenir, il n’y a pas de quoi être trop optimiste ! J’ai crainte qu’en congédiant le référendisme, on en profite en même temps pour mettre aux poubelles une deuxième fois le "projet de pays" et qu’on continue à faire de ce grand parti un petit parti provincial inodore, incolore et sans saveur. Un genre d’Union nationale à l’ancienne servie à la moderne.
Pierre Cloutier

