Après tous les sacrifices auxquels nous avons dû consentir lors de la course au déficit zéro à la fin des années 1990, nous voilà de retour dans le rouge, grâce à la pitoyable gestion des finances publiques du gouvernement de Jean Charest. Tout cela après que le premier ministre et la ministre des Finances nous eurent promis, une main sur le cœur et l’autre sur la sacoche, lors de la dernière campagne électorale, qu’un retour au déficit était hors de question.
Un troisième gouvernement libéral serait un gouvernement entièrement dédié à l’économie, nous disait-on. Pas question de retourner en déficit ou encore de hausser la TVQ pour équilibrer le budget. Or, à peine trois mois après leur réélection, les Libéraux ont déjà brisé ces deux engagements, les plus importants qu’ils avaient pris pendant la campagne en ce qui a trait aux finances publiques québécoises.
Bien plus qu’une simple capitulation devant l’irresponsabilité d’un tel engagement, cette double parole brisée nous montre bien l’erreur commise par les Libéraux dans le budget de 2007. Rappelez-vous : le fédéral venait d’augmenter ses transferts de 950 millions $ dans le cadre du soi-disant règlement du déséquilibre fiscal, et le premier ministre les avait alors entièrement dédiés à des baisses d’impôt.
Quitte à manquer à l’humilité la plus élémentaire, je vous cite un extrait de ma réponse au discours d’ouverture du gouvernement Charest après l’élection de 2007 : « moi, je vous dis qu’on n’a pas les moyens de se les donner, ces baisses d’impôt, actuellement parce que les besoins sont trop grands. Puis je dis également que, ce faisant, en baissant les impôts, on hypothèque l’avenir. Si jamais, à l’avenir, dans quelques années d’ici, on se retrouve avec un ralentissement économique, qu’est-ce qu’on va faire ? Dans quelle situation allons-nous nous trouver ? »* Deux ans plus tard, nous y sommes. Nous sommes pris dans une récession sans aucune marge de manœuvre financière. Sans aucun coussin. Aucune réserve. La dèche.
Comble de la mauvaise gestion, le gouvernement Charest a refusé de récupérer les deux baisses de TPS décrétées par Ottawa en juillet 2006 et en janvier 2008. Si Québec avait augmenté la TVQ au moment où Ottawa baissait sa TPS, le Québec jouirait aujourd’hui de recettes fiscales supplémentaires de 2,4 milliards $ (chaque point de TPS génère 1,215 milliard $ de revenus au Québec). Une mesure à coût nul pour les contribuables québécois, puisque la hausse de l’une est annulée par la baisse de l’autre. Individuellement, nous n’aurions rien perdu mais, collectivement, nous serions beaucoup plus riches. En fait, si le PQ avait dirigé le Québec, c’est 3,3 milliards $ de recettes fiscales supplémentaires dont nous disposerions aujourd’hui. Car aux 2,4 milliards $ d’argent neuf générés par la TVQ, nous aurions ajouté les 950 millions $ de transferts fédéraux volatilisés en baisses d’impôt.
Avec ces 3,3 milliards $, nous aurions les moyens de combler une bonne partie du déficit de 3,9 milliards $ annoncé par Mme Jérôme-Forget pour l’année 2009-2010.
Mais ce qui est encore plus odieux, c’est que le PLQ ne dit toujours pas la vérité aux Québécois. Il refuse en effet de s’avancer sur les sacrifices qu’il faudra faire pour se sortir du rouge. Il annonce des hausses de tarifs, sans préciser lesquels. Mais nous ne sommes pas dupes. Nous savons ce qui se trame : le gouvernement met la table pour une augmentation substantielle de plusieurs tarifs : électricité, scolarité, péages. Le budget déposé le 19 mars 2009 prévoit qu’il manquera 3,7 milliards $ de revenus pour retrouver l’équilibre budgétaire dans 4 ans !!!
Le gouvernement s’engage à trouver l’argent pour combler ce manque à gagner. La moindre des choses serait qu’il rompe avec le mensonge et les cachotteries et qu’il dise aux Québécois comment il entend financer un tel déficit. Chose certaine, c’est dans nos poches que Jean Charest va piger. D’ailleurs, sera-t-il même là pour faire le sale boulot ou laissera-t-il à son successeur, homme ou femme, le soin de faire le travail ??? Pire encore, reviendra-t-il encore une fois au Parti Québécois de nettoyer le gâchis laissé par les Libéraux ? Rappelez-vous le déficit zéro des années 1990 rendu nécessaire par le trou de 6 milliards $ que nous avait laissé les Libéraux…
En bout de ligne, et c’est bien là le drame, nous hypothéquons encore plus nos grands services publics, notre capacité à les livrer et à les garder. En augmentant le déficit, nous augmentons la dette, et donc le service de la dette, c’est-à-dire les intérêts que nous devons payer chaque année pour rembourser l’hypothèque. Autant d’argent que nous n’aurons pas pour la santé, l’éducation, les familles, l’environnement et toutes nos autres priorités de société. Cette dette, nous la pelletons en avant, en disant aux générations futures : « bienvenue dans le Québec de l’avenir ». Un Québec aux pieds d’argile, fragilisé par son endettement chronique et sa difficulté à créer la richesse dont nous avons besoin pour augmenter notre capacité de payer, notre capacité de rembourser.
Nous ne sommes pas sortis du bois. Vivement l’indépendance pour que nous puissions décider, tous ensemble, de la stratégie qui nous permettra de nous sortir du trou dans lequel nous nous enfonçons. Ça presse.
Bernard Drainville, député de Marie-Victorin Le jeudi 2 avril 2009


