Les pelleteux de nuages et les idéalistes désincarnés du genre Jean-Pierre Charbonneau oublient pourtant que ce mode de scrutin présente, en règle générale, un inconvénient majeur et, dans le cas précis du Québec, un danger mortel.
Attaque personnel (argumentum ad hominem) à l’endroit de Jean-Pierre Charbonneau suivi d’un appel à la terreur (argumentum ad terrorem). Ça commence très mal une argumentation...
1- L’inconvénient majeur.
Il est vrai que la proportionnelle permet de refléter davantage l’opinion des électeurs que le scrutin majoritaire. Mais il s’agit bien plus du reflet de leurs divisions. La proportionnelle interdit, à toute fin pratique, l’élection d’un gouvernement majoritaire, donc responsable.
??? Un gouvernement majoritaire, donc responsable ? Ce n’est pas la définition du gouvernement responsable. Le gouvernement responsable est un gouvernement dans lequel l’exécutif doit répondre de ses actions devant les élus de la branche législative.
Elle laisse la porte ouverte à tous les jeux de coulisses des partis, et aux pires compromissions. L’objectif du pouvoir en place devient, dès lors, de se maintenir plutôt que de gouverner.
Voilà un bel argument fallacieux. Vous dîtes : « la porte est ouverte aux jeux de coulisses entre les parties, l’objectif du pouvoir en place devient, dès lors, de se maintenir en place plutôt que de gouverner. »
Or, premièrement, il est facile d’observer que les jeux de coulisses se font soit à l’intérieur des partis, par l’intermédiaire de certains membres, soit à l’extérieur des partis, par l’intermédiaire de certains membres, les mêmes ou d’autres. S’il y a une différence entre les deux jeux de coulisses, c’est que lorsqu’ils se font entre les partis, ils sont plus exposés au public et moins secrets. Si vraiment les jeux de coulisses sont un défaut inhérent de la logique partisanne, laquelle est à l’avantage du peuple ?
Or, deuxièmement, l’objectif d’un parti majoritaire une fois au pouvoir est tout autant de s’y maintenir qu’un parti minoritaire. La différence c’est qu’un parti majoritaire a carte blanche pendant 4 ou 5 ans, chose qui n’a aucune légitimité lorsque l’on sait la proportion réelle des gens qui ont 1) portés ledit parti au pouvoir et 2) la proportion de ceux qui le supportent encore au bout de quelques années d’arrogance.
Dans un système proportionnel décent, il n’est pas possible qu’une majorité d’élus issus du vote d’une minorité d’électeurs ravisse le pouvoir au peuple pendant 4 ou 5 ans. C’est précisément l’avantage. S’il y a gouvernement, celui-ci a forcément obtenu l’appui d’une majorité des élus ET des électeurs, d’où sa très grande stabilité. Le système force le changement des mentalités des élus, force les partis à se voir comme représentant une partie de la société et non comme l’ensemble de la société. Une fois au pouvoir, les partis ne passent pas 4 ou 5 ans à planifier la façon dont ils raviront le pouvoir au peuple une fois de plus, puisque la chose est d’une improbabilité beaucoup trop grande, tel que prévu par le système même.
2- Le danger mortel au Québec.
Depuis 1995, il semble qu’il soit interdit au Québec d’évoquer le « vote ethnique ». Pourtant il est bien là. Comment expliquer autrement la constante et massive élection majoritaire d’un libéral depuis des décennies dans ce qu’il est convenu d’appeler le « west island » ? Tant que ce vote massif restera bloqué, la proportionnelle accordera une prime énorme au parti choisi par cette minorité, et constituera un handicap pour tout parti issu d’une majorité de la majorité. Ce sera l’exercice constant du pouvoir par la minorité ethnique (ou linguistique ou de classe, appelez-la comme vous voudrez, le phénomène restera le même), sans possibilité d’alternance.
C’est une erreur. La situation que vous décrivez est la situation ACTUELLE. Cette situation existera toujours, mais ses effets seront naturellement MOINDRE dans un système proportionnel. Posons-nous la question : « Pour quel parti vote la majorité des anglophones et des allophones anglicisés du Québec ? » La réponse est qu’ils concentrent leurs votes sur le seul parti qui a le plus de chance de faire obstacle au PQ, parce que c’est une parti séparatiste capable de remporter la majorité des sièges et de former le gouvernement. Donc en votant tous du même bord, ils gonflent artificiellement le NOMBRE DE SIÈGES qui revient aux PLQ.
Mais demandons-nous maintenant : « Un tel comportement servirait-il à quelque chose dans un système où il ne serait PAS POSSIBLE de ravir la majorité des sièges avec une minorité des votes des électeurs ? » Non, bien sûr. AUCUN parti ne pourrait prétendre accéder au pouvoir seul, pas même le PLQ. La canalisation des votes sur un seul parti n’apporterait AUCUN SIÈGE DE PLUS, ceux-ci étant redistribué PROPORTIONNELLEMENT aux voix exprimées lors du scrutin.
Mais il y a mieux. On sait que le vote résultant de la campagne de peur contre la méchante majorité francophone que nous sommes se concentre à Montréal. Or, dans les circonscriptions qui élisent des candidats du PLQ à de très fortes majoritées, il y a quand même des votes pour le PQ et les autres partis. Or ceux-ci sont des votes perdus un peu comme le sont les votes pour Québec solidaire ou le Parti vert partout ailleurs. Les non-francophones représentent 15% des électeurs qui se prévalent de leur droit de vote. Ils devraient être responsables de l’élection de 15% des élus et pas plus. Ce n’est pas ce qui se produit, à cause du scrutin à la pluralité des voix. Dans un scrutin proportionnel, tous les votes compteraient.
À ce sujet, les thèses défendues par Pierre Serré dans Deux poids, deux mesures (2002) sont très convaincantes. Cet article plus récent (2004) donne un aperçu des désavantages du scrutin actuel si vous n’avez pas le livre :
http://www.vigile.net/ds-actu/docs4...
Or, qu’on y pense un peu, la véritable démocratie réside bien plus dans l’alternance des partis politiques au pouvoir, que dans le fait, pour le scrutin, de refléter parfaitement les humeurs électorales de l’instant du vote.
Attendez, je vais y penser un peu. Non, je n’arrive pas du tout à la même conclusion que vous. Pour cela, il faudrait que je pense que la démocratie véritable est ce que nous avons déjà. Or, si nous avions déjà la démocratie véritable, je ne serais pas indépendantiste...
Il faut dire que j’ai réfléchi chaque jour de ma vie à cette foutu question et en dépit de ces quelques minutes de réflexion supplémentaires que vous m’avez donné, je persiste à croire que l’essence de la démocratie c’est
1) la souveraineté du peuple exercée dans la constitution d’un État libre enchâssant les droits de la personne ;
2) à l’intérieur de ce cadre, la soumission des décisions politiques à la délibération de toutes les personnes qui seront tenues d’obéir aux lois qui ne violeront pas la constitution ;
3) la désignation des postes de responsabilité exécutive et judiciaire par de justes élections dans certains cas et par tirage au sort dans d’autres cas, dans tous les cas indépendamment du pouvoir législatif ;
4) le jugement des fonctionnaires devant un tribunal administratif à la fin de leur service ;
5) une politique d’éducation à la vie citoyenne qui inclue l’apprentissage de la morale, de la logique, des mathématiques, du discours argumentatif et des lois ;