[1] Le plus grand défaut des souverainistes traditionnels du PQ, du Bloc et même du Conseil de la souveraineté, c’est leur attitude passive, défensive, attentiste, provincialiste et électoraliste. Le PQMarois n’a jamais été si loin dans la démission :
mise au rencart de l’objectif premier qui est celui "de réaliser la souveraineté" ;
mise au rencart du "projet de pays" concret et emballant et son remplacement par la souveraineté fantasme, virtuelle, blabla et abstraite ;
suspension de l’échéancier référendaire sans le remplacer par une autre formule d’accession à l’indépendance.
[2] Cette stratégie est non seulement démobilisatrice, mais elle est inefficace et vouée à l’échec. Le peuple n’en a rien à cirer de la "nécessaire souveraineté" intellectuelle et abstraite et ce ne sont pas un débat ou un manifeste sur la souveraineté qui vont changer les choses. Les citoyens québécois, comme tous les autres peuples, vivent dans la réalité et ils veulent du concret et du solide. En plus, l’histoire du Parti québécois nous a appris que la "bonne gouvernance provinciale" ne suffit pas et que la "promotion de la souveraineté" est le plus grand mythe de ce parti. Tant que les leaders souverainistes n’auront pas le courage de proposer à l’électorat un projet de pays concret et emballant, le mouvement souverainiste va battre de l’aile et continuer de s’épuiser inutilement.
[3] La crise pétrolière tombe à point, car elle fait prendre conscience à tout le monde que le Québec doit agir en posant maintenant les jalons de son indépendance pétrolière, comme l’a démontré l’ex-premier ministre Bernard Landry, il y a 2 semaines. Il s’agit là d’un projet de pays concret et emballant, d’une stratégie d’État d’envergure aussi importante que la nationalisation de l’électricité en 1962 - par une élection à double majorité - et le virage technologiques des années 1980-1990.
[4] Mais il y a plus. La crise pétrolière est en train de créer des brèches importantes dans le ROC (Rest of Canada). Les provinces de l’Ouest (principalement l’Alberta) et Terre-Neuve s’entichissent et mettent en place subtilement les bases de leur État-Nation, pendant que les provinces de l’Est s’appauvrissent. L’Ontario veut sauver son industrie de l’automobile et montre des signes d’impatience à l’endroit de la péréquation qui est censée être le ciment social, économique et politique du fédéralisme canadien. Les Ontariens commencent à se sentir plus Ontariens que Canadiens. Pour le Québec, il y a là une occasion en or, de faire d’une pierre 2 coups : se débarrasser du pétrole et sortir du Canada pétrolier. Créer un État optimal en ramenant tous les centres de décision chez lui au lieu de les partager avec un gouvernement extérieur. Comme la petite Norvège et tous les autres pays de l’Europe du Nord (Suède, Danemark, Finlande, Islande et même Irlande) qui sont des exemples de réussite sociale et économique.
[5] Cette stratégie d’État d’envergure est à mille lieux de la souveraineté fantasme, virtuelle et abstraite du PQMarois, du BlocDuceppe et du mouvement souverainiste traditionnel. Elle touche et touchera toutes les classes sociales et tous les milieux, entrepreneurs et créateurs, salariés et détenteurs de rente et citoyens précaires. Quand le baril de pétrole augmente, le "prix du pain" augmente. Quand le "prix du pain" augmente, il génère des perturbations sociales qui dans l’histoire, débouchent sur des révolutions.
[6] Le mouvement souverainiste est donc à la croisée des chemins. Où il continue de se réfugier dans la souveraineté abstraite et de poursuivre l’objectif de la "bonne gouvernance provinciale" - même sous l’appelation de "gouvernance dite souverainiste", ou il revient au "projet de pays" concret et emballant proposé par le XVè Congrès du PQ. Du souverainisme abstrait à l’indépendance concrète, il n’y a pas un instant d’hésitation.
[7] Pour ce faire, il faut au mouvement souverainiste/indépendantiste, un "champion", c’est-à-dire une personne compétente et d’expérience qui agira à la fois comme visionnaire, habile stratège et brillant tacticien et qui n’aura pas peur de le faire dans le cadre d’un nouveau paradigme. L’ex-premier ministre Bernard Landry est la personne toute désignée pour remplir ce rôle, que ce soit à la tête d’une nouvelle formation politique ou d’un mouvement. La balle est dans son camp. Allons-nous manquer une autre fois, notre rendez-vous avec l’histoire ?
Pierre Cloutier

